Nuriye Gülmen, femme en résistance

Nuriye Gülmen, photographiée le 22 janvier 2018, au 320e jour de la grève de la faim qu’elle a interrompue quatre jours plus tard, le 26 janvier. Elle ne pesait plus que 34 kilos. Elle demande à récupérer son poste de professeure de littérature comparée, dont elle a été démise dans le cadre des purges en Turquie. © Jérémie Berlioux

TURQUIE • Nuriye Gülmen est en résistance depuis plus de 440 jours. Sa revendication est simple : récupérer son emploi. Elle est devenue l’égérie de la gauche turque.

Cette professeure de littérature comparée, âgée de 35 ans, a perdu son travail voici plus d’un an, comme plus de 140.000 personnes en Turquie. Depuis le coup d’État manqué de juillet 2016, le gouvernement purge la fonction publique de toute opposition. Sont visé·es les adeptes du mouvement Gülen, accusé·es d’avoir fomenté la tentative de putsch, mais aussi des Kurdes et des militant·es de gauche. Ces personnes n’ont pas de possibilité de recours devant les tribunaux, n’ont pas accès au chômage ni à la retraite.

« Résister s’est immédiatement imposé à moi », explique Nuriye. Quelques jours après avoir été limogée, elle manifeste seule devant la statue des droits humains à Ankara, une pancarte à la main : « Je veux mon travail ». Elle est rapidement soutenue par des sympathisant·es et par d’autres victimes des purges, dont Esra et Semih Özakça, deux enseignant·es également démi·ses. Le gouvernement réprime violemment.

Le 9 mars 2017, après 120 jours de résistance pacifique, Nuriye et Semih entament une grève de la faim, n’absorbant plus que de l’eau et du sucre. En mai, les grévistes sont arrêté·es et accusé·es d’appartenir à une organisation terroriste marxiste-léniniste, le DHKP-C. Nuriye et Semih nient. Esra cesse également de s’alimenter. Leur procès a des relents kafkaïens. « C’est un procès politique », clame la défense qui démontre inlassablement, audience après audience, l’absence de preuves et les contradictions des témoignages à charge. Le 1er décembre, Nuriye est libérée mais reste condamnée à six ans de prison. Semih est acquitté.

Début janvier 2018, Nuriye ne pesait plus que 34 kilos et peinait à absorber le moindre liquide. Vendredi 26 janvier, après 324 jours sans manger, Nuriye, Semih et Esra ont décidé de mettre un terme à leur grève de la faim. « La résistance est venue défendre notre honneur. [Mais] cette lutte ne s’achèvera pas tant que nous n’aurons pas gagné. Nous continuerons une fois en meilleure santé », a déclaré Nuriye. (Jérémie Berlioux)

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