Justice pour Sanda Dia

CC Juhanson

C’est une affaire passée inaperçue côté francophone, mais qui a secoué la Flandre en fin d’été. Un scandale, vieux de presque deux ans, qui ressort parce que la Justice s’en est (enfin) emparée : la mort d’un jeune étudiant au cours d’une séance de « baptême » d’une cruauté inimaginable, et la mollesse de la réaction de l’université, alors même que les auteurs étaient parfaitement connus. (Irène Kaufer)

En décembre 2018, Sanda Dia est tout fier de commencer des études d’ingénieur civil à la KUL, la prestigieuse université de Leuven. Pour mieux s’intégrer, il accepte de passer par un baptême, avec deux autres camarades. Parmi les épreuves, les trois jeunes gens doivent ingurgiter un tas de saloperies comme un poisson rouge vivant, supporter des insultes et,  « clou de la cérémonie », se laisser immerger dans un puits rempli d’eau glacée qui servira aux autres de « toilettes ». Sanda Dia décédera à l’hôpital quelques jours plus tard des suites d’une hypothermie et de dégâts à certains organes.

Stupéfiante impunité

Les responsables de cette mort sont bien connus. Ils font partie du cercle étudiant « Reuzegom » et sont tous fils de « bonnes familles » de médecins, avocats, ingénieurs… Le fils de la gouverneure d’Anvers, sans être directement impliqué dans les événements, en fait également partie.

La réaction de l’université est aussi stupéfiante que les faits eux-mêmes : 18 participants directs seront seulement  « condamnés » à effectuer trente heures de travaux d’intérêt général, qui consisteront à s’occuper d' »enfants à problèmes » – car eux, évidemment, ne sont pas des jeunes « à problèmes ». Pas d’exclusion, même pas de suspension : pas question de gâcher leur avenir.

Cet été, le parquet de Hasselt a décidé de lancer des poursuites judiciaires : les médias font enfin place à l’affaire et des professeurs de la KUL s’indignent, un peu tardivement, de l’indulgence de leur université.

Enfin, un « détail », qui n’en est bien sûr pas un : Sanda Dia était un jeune homme noir, d’origine mauritanienne. Certains contestent une quelconque motivation raciste, puisque les deux camarades qui ont subi le baptême avec lui étaient blancs. Mais il se fait que c’est justement lui qui est mort, et on peut imaginer que la pression pour accepter le pire était forte sur lui, qui était « différent » de ses autres camarades. Où l’on constate encore l’arrogance de futures « élites » qui croient pouvoir tout se permettre dans une impunité totale. On imagine sans peine le sort réservé aux jeunes filles par ces charmantes confréries. Entre-temps, certains des bourreaux de Sanda Dia ont obtenu leur diplôme et commencent des carrières prometteuses, tandis que d’autres poursuivent tranquillement leurs études. La Justice pourrait enfin leur demander des comptes.

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