Reportage au Brésil : au cœur de la « favela des femmes »

Par N°214 / p. 20-23 • Décembre 2018 | conectionconection Contenu complet (pdf)
reservé aux abonnées

Au Brésil, depuis août 2013, une favela fondée par des femmes fonctionne avec une règle absolue : l’interdiction des violences domestiques et sexuelles, sous peine d’exclusion. Ici, ce sont les femmes qui dirigent et occupent les postes clés.

Jérémy Pain (texte et photos) et Charles Perragin (texte)

Irene Maestro Guimaraes est l’une des grandes figures militantes d’Esperança. « Nous avons créé un endroit pour l’émancipation des femmes, en particulier celles qui viennent de milieux défavorisés. » © Jérémy Pain

Des hauteurs d’Osasco, on ne voit plus Sao Paulo. Seulement sa frange industrielle : de grandes plateformes bétonnées, des centres de distribution de matières premières d’où partent des semi-remorques chargés de soja ou de sucre. C’est pourtant ici qu’il y a cinq ans, une centaine de familles pauvres décide de s’installer illégalement sur un terrain vierge. Beaucoup quittent des squats, la rue ou des appartements misérables dans une ville où les loyers ont doublé en six ans ; d’autres fuient le nord-est du pays à la recherche d’un travail et d’une vie meilleure.

Face au prix des logements, occuper un terrain sans permis est devenu un procédé courant au Brésil. Des centaines de personnes se regroupent dans des favelas où cohabitent celles et ceux qui n’ont plus de quoi se loger et s’alimenter. Aujourd’hui, 11,4 millions de personnes vivent dans ce type d’habitat à travers le pays dans plus de 6.000 bidonvilles dont un quart se situe dans l’État de Sao Paulo.

Pourtant à Osasco, quand le village de fortune baptisé « Ocupaçao Esperança » (« occupation espoir ») voit le jour en août 2013, les nouveaux « favelados » et « faveladas » ne sont pas guidé·es par la seule question matérielle. Le groupe compte un bon nombre de mères célibataires qui, à l’époque, ont l’idée de fonder une véritable enclave contestataire en rupture totale avec la société jugée machiste, violente et individualiste. Si bien que cinq ans plus tard, à distance du flanc hideux qu’offre la ville industrielle, l’îlot, désormais composé de 500 familles, est encadré et dirigé uniquement par des femmes. Un cas unique au Brésil, au point que le lieu est désormais surnommé la « favela des femmes »…

Share Button
La suite de cet article est réservée aux abonné·es...
Déja abonné·e ?
Se connecter
Pas encore abonné·e ? Consultez les différentes formules !
S'abonner
Sans être abonné·e, vous pouvez également acheter (en version .pdf) l’exemplaire du magazine dont est issu cet article, afin de le lire entièrement et de découvrir d’autres contenus par la même occasion !
Acheter ce N° (2.50€)