13 livres à table pour l’été

Par N°210 / p. 36-37 • Juin 2018

Pour tous les budgets, pour tous les goûts : un assortiment de 13 bouquins – un chiffre porte-bonheur ? – à empiler à côté de sa chaise longue.

CC Richard Walker

Le magique

Un grimoire étrange et plein d’humour, regorgeant de ruses féministes destiné aux « mauvaises femmes apatrides ». Des réponses rituelles à des questions politiques sur l’engagement, la sexualité, le quotidien. Camille Ducellier s’ancre dans des situations concrètes, comme : « Vous venez de réaliser que le Dieu catholique et votre petite amie ont le même signe et le même ascendant, ce qui représente une probabilité extrêmement rare et c’est une nouvelle alarmante » (avant de nous apprendre à faire acte d’apostasie) ou « Le discrédit croissant du féminisme vous fait mal à l’oreille droite et au chakra de la base du cou tous les jours entre 20h et 20h35 ». Elle ouvre des chemins complexes, farfelus et malins, qui piquent notre curiosité. Ça fait réfléchir, ça fait rire et ça donne carrément envie de tester le voyage astral.

Camille Ducellier, Le guide pratique du féminisme divinatoire, Cambourakis 2018, 117 p., 14 eur.

L’instructif

Pourquoi ne pas mettre les congés à profit pour se documenter, les pieds dans l’eau, sur l’organe sexuel féminin ? Fonctionnement, sexualité, contraception, avortement, petits soucis divers et variés, le tout dans une langue accessible et réjouissante : vive l’été.

Nina Brochmann et Ellen Stokken Dahl, Les Joies d’en bas, Actes Sud 2018, 448 p., 22,50 eur.

Le succès

En version de poche, ce roman d’apprentissage au succès mondial, à la fois totalement ancré – à Téhéran – et totalement universel. Kimiâ, héroïne et narratrice, nous embarque : être une femme lesbienne dans la capitale iranienne ; être la cliente d’un gynécologue fameux et oser parler de « vâdjan » (vagin) « la bouche pleine de pâtisseries à la pistache et au safran » ; s’engager pour une forme de liberté alors qu’autour de soi, tout se referme…

Négar Djavadi, Désorientale, Liana Levi 2018, 352 p., 11 eur.

Le poétique

Cet été sera peut-être l’occasion de découvrir l’immense poétesse Marina Tsvetaeva dans ce texte sublime. Au fil de sa Lettre à l’Amazone (sous-titre du livre), Marina Tsvetaeva plonge sa plume dans l’amour entre deux femmes, jusqu’à la « brèche dans cette entité parfaite » : le désir d’enfant. De cette situation, et de ces profondeurs, elle déploie les sentiments propres – sinon particuliers – à tous·tes les humain·es. Une œuvre inoubliable, aux résonances actuelles.

Marina Tsvetaeva, Mon frère féminin, Le Livre de Poche 2018, 64 p., 5 eur.

Le bilingue

Allez hop, on fourbit son anglais avec ces nouvelles bilingues (français et anglais) de l’autrice nigériane Chimamanda Ngozi Adichie, l’une des voix majeures de la littérature dans ce récent 21e siècle et, ce qui ne gâche rien, féministe et drôlement fière de l’être. Dans ces textes à picorer (to pick, in english), Mrs Dalloway se réincarne en Melania Trump ; des femmes nigérianes sont embarquées dans le rêve de l’émigration… Yes, we read !

Chimamanda Ngozi Adichie, Les Arrangements et autres histoires, Folio 2018, 256 p., 8,30 eur.

Le biographique

Héroïne du 19e siècle, enfant miséreuse puis femme de lettres, femme mondaine, femme révolutionnaire, mais femme aimante et femme victime de violences conjugales, femme romanesque, fulgurante et contestée – évidemment ! –, Flora Tristan est surtout connue pour ses engagements de la France à l’Amérique latine. Elle fut aussi – et peut-être plus simplement – une femme qui tenta de s’affranchir, en choisissant son destin et les traces qu’elle voulait laisser. Ce qui intrigue, à juste titre, une biographe aussi talentueuse qu’Évelyne Bloch-Dano

Évelyne Bloch-Dano, Flora Tristan, Le Livre de Poche 2018, 448 p., 7,70 eur.

Le polar

En 1916, aux États-Unis, on ne rigolait pas trop avec la moralité des jeunes filles. Aussi, lorsque l’enquêtrice Constance Kopp est informée que des jeunes femmes ont été placées derrière les barreaux pour « dépravation », son sang ne fait qu’un tour. Sa sœur Fleurette s’en mêle. Et ce polar merveilleusement ficelé, troisième opus d’une série inspirée par la vie réelle des sœurs Kopp (Constance Kopp fut la première femme shérif adjointe dans son pays), ne nous lâchera pas avant la fin.

Amy Stewart, La Justicière et les filles perdues, 10-18 2018, 480 p., 8,40 eur.

Le pavé

Quand on aime, on ne compte pas les pages et on renonce à une valise légère. Dans ce roman à la fois passionnant et politique basé sur une fiction dramatique – et plus que réaliste –, la romancière américaine Jodi Picoult décrypte les mécanismes du racisme institutionnel aux États-Unis. À lire absolument…

Jodi Picoult, Mille petits riens, Actes Sud 2018, 580 p., 23,50 eur.

Le classique

La très grande Virginia Woolf n’a pas uniquement écrit des romans magnifiques et l’essai féministe fondateur Un lieu à soi. Elle a donné naissance à une œuvre foisonnante, multiple, et c’est un régal de découvrir cette sélection de nouvelles qui dépeignent, dans une langue sensuelle et poétique, l’intimité de femmes.

Virginia Woolf, Rêves de femmes, Folio 2018, 144 p., 2 eur.

Le terrible

Au cœur de ce livre à l’atmosphère lourde, une scène de violence familiale impensable. La narration, complexe, avance en zigzaguant, comme la mémoire tremblotante et fragmentée de Wade, survivant d’une cellule familiale désintégrée. L’odeur de forêt, entêtante, et le parfum des souvenirs s’exhalent des pages de ce premier – oui, premier ! – roman.

Emily Ruskovich, Idaho, Gallmeister 2018, 368 p., 23,50 eur.

L’historique

Les pieds dans l’herbe humide, on s’envole pour le Siècle d’or néerlandais. Catrijn, femme en fuite et artiste cherchant sa place dans un monde d’hommes, met au point dans une faïencerie de Delft le célèbre « bleu »…

Bleu de Delft, Simone van der Vlugt, Philippe Rey 2018, 300 p., 20 eur.

Le fruité

Depuis Rosa Candida, Audur Ava Ólafsdóttir nous ravit. La parution de son roman Le rouge vif de la rhubarbe en format de poche est vraiment l’occasion de la découvrir, en se laissant enchanter par l’unique et singulière Agustina dont l’autrice, par la magie de sa plume, nous révèle le monde intérieur.

Audur Ava Ólafsdóttir, Le rouge vif de la rhubarbe, Zulma 2018, 144 p., 8,50 eur.

L’hilarant

Aujourd’hui tout va changer : non, ce n’est pas une chanson de Michel Fugain. C’est un roman de l’Américaine Maria Semple qui inflige à son anti-héroïne, Eleanor Flood, autocentrée et attachante, une série de catastrophes qui vont la forcer à mettre le nez dans tout ce qu’elle essaie d’enterrer, à grand renfort de cours de yoga. « Tout » devait changer mais, bien sûr, rien ne se passe comme prévu et il faut être sacrément douée (et sacrément inspirée par sa propre fille, explique l’autrice !) pour faire de cet exercice de style une satire de notre « modèle » familial, de la société dominante et des relations mère-enfant.

Maria Semple, Aujourd’hui tout va changer, 10-18 2018, 312 p., 7,50 eur.

 

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