Décryptage : mégère, les raisons de la colère

Par Hors-série N°215-216 / p. 80-82 • Janvier-février 2019 | conectionconection Contenu complet (pdf)
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La mégère, cette figure qui désigne une femme méchante et hargneuse, hante nos imaginaires. Au théâtre, au cinéma ou dans les contes… mais aussi dans nos rapports familiaux. Issue de la mythologie, elle a survécu jusqu’à aujourd’hui sans jamais trouver d’équivalent masculin. En voilà une bonne raison d’aller découvrir ce qui se cache derrière cet être tant détesté.

© Julie Joseph

Dans la mythologie grecque, la mégère fait partie des déesses infernales appelées les Érinyes, assimilées aux Furies chez les Romain·es. Aux côtés de Tisiphone (la vengeance), d’Alecto (l’implacable), Mégère représente la haine. Mais pourquoi sont-elles si énervées, ces divinités persécutrices ? Leur rôle est de punir les crimes de sang, particulièrement les fautes contre la famille, en poursuivant les auteur·es de leur vivant – elles les tourmentent jusqu’à la folie – et après leur mort. Elles exigent pour tout meurtre un châtiment, qu’elles exécutent de façon aveugle, sans reconnaître ni circonstances atténuantes ni autorité autre que la leur. Une fonction de justice – certes appliquée de façon particulièrement violente – qui, contrairement à leur image négative, n’a pas traversé l’histoire. Reste la caricature d’une femme vengeresse et malfaisante dont on a oublié les raisons de la colère.

Vipère ou insoumise

C’est la littérature qui a sorti la mégère de la mythologie pour en faire un archétype féminin négatif. La mégère concentre alors les défauts généralement attribués au sexe féminin, poussés à l’excès, tels que la jalousie ou encore le bavardage. Les écrits des poètes antiques regorgent de femmes aux traits de mégères, essentiellement malfaisantes par la parole : elles piquent par des mots acerbes et détruisent des réputations (selon la définition fournie par le Dictionnaire de la méchanceté).

« La mégère apprivoisée » (« The Taming of the shrew »), film de Franco Zeffirelli (USA/Italie, 1967), avec Elizabeth Taylor dans le rôle de Catharina.

La mégère est aussi celle qui refuse de rentrer dans le moule du patriarcat, à la façon de La Mégère apprivoisée, pièce de théâtre écrite par Shakespeare en 1594. Catharina, qui ne trouve pas de mari en raison de son caractère indomptable, y est « dressée » par Petruchio, prétendant intéressé par sa dot. La fin de la pièce se termine sur un pari entre hommes afin de savoir lequel dispose de la femme la plus soumise. Petruchio, qui a bien apprivoisé Catharina, mégère devenue sage, le remporte haut la main.

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