En Belgique, le secteur de l’aide et des soins à domicile est composé d’une série de structures, dont des asbl et des CPAS, qui proposent différents services afin de permettre à des personnes qui ont moins d’autonomie ou des difficultés spécifiques de continuer à vivre dans leur habitation. Assistantes sociales, aides familiales, infirmières, services de télévigilance ou de distribution de repas assurent aux bénéficiaires confort et qualité de vie à leur domicile. Les aides-ménagères sociales font partie de cette chaîne de professionnel·les du soin.
Je suis parfois la seule personne qu’elles voient sur une semaine.
« Je travaille chez de nombreuses personnes très âgées, qui ont plus de 80 ans », relate Cindy, aide-ménagère au Service provincial d’aide aux familles (SPAF), dans la région de Namur. « Elles sont souvent très seules, et n’ont pas leur famille auprès d’elles. Je suis parfois la seule personne qu’elles voient sur une semaine. Je considère mes bénéficiaires comme mes grands-parents. Je suis tout à fait capable d’aller travailler exceptionnellement sur un de mes jours de congé si je sais que l’une d’entre elles a besoin de moi. Je récupère mes heures après ! Nous travaillons aussi chez des personnes en situation de handicap ou chez des mamans solos qui ont besoin de soutien. Face à ces situations, c’est parfois difficile de fermer la porte et de s’en aller », confie-t-elle. Cindy a rejoint la SPAF en 2021, car son métier de fleuriste ne lui offrait pas assez de contacts humains. À la SPAF, toutes les aides-ménagères sont des femmes.
Un rôle d’observation
À la différence des travailleuses des titres-services, les aides-ménagères sociales ne doivent pas laver tout le domicile, mais s’assurer que des bonnes conditions d’hygiène permettent aux patient·es d’y résider en toute sécurité. Elles s’occupent aussi des lessives et du changement des draps. « On ne peut pas leur demander de laver tout le rez-de-chaussée, de récurer l’argenterie ou de faire les vitres. Leurs tâches sont réglementées et elles peuvent refuser de faire certaines choses », précise Isabelle Vercouter, déléguée du personnel au sein de la Centrale de Service et Soins à Domicile (CSD) de Bruxelles. « Elles ont aussi un rôle d’observation. Elles vont prendre le temps de boire un café et de discuter avec les bénéficiaires, c’est très important ! Elles servent de relais entre les différents services. »
Les aides-ménagères sociales travaillent en effet en lien étroit avec les assistantes sociales et les aides familiales, avec lesquelles elles ont des réunions régulières, où elles peuvent alerter en cas de besoin. « Si on remarque par exemple qu’il y a de la maltraitance au sein d’un foyer ou qu’une personne va moins bien, on peut aussi appeler notre assistante sociale de référence et voir quoi mettre en place avec elle », explique Cindy.
« Parfois, continue-t-elle, cela signifie m’éloigner d’une situation si elle devient trop compliquée. C’est un métier dans lequel il faut savoir prendre du recul, et on est formées pour cela et bien encadrées. Il arrive qu’une personne malade soit agressive ou méchante, il faut comprendre que ce n’est pas par plaisir, c’est la maladie qui parle. Comme nous intervenons souvent chez des personnes âgées, il y a aussi des décès chez nos bénéficiaires, il faut savoir le gérer. J’ai eu beaucoup de peine lorsque ma première patiente est décédée car j’étais très attachée à elle. »
C’est aussi d’un décès dont se souvient Serena (prénom d’emprunt), aide-ménagère sociale depuis 29 ans à la CSD de Bruxelles : « Dans une famille que je suivais, le mari est tombé gravement malade et est décédé rapidement. J’ai vécu cela à leurs côtés, la femme avait mon âge. Cela m’a beaucoup marquée. C’est un métier dans lequel tu dois avoir de l’empathie, mais pas trop. Je me suis assez endurcie avec le temps. On en voit de toutes les couleurs. »
Le métier d’aide-ménagère sociale est apparu pour permettre aux aides familiales de se concentrer sur les besoins de la personne, et non plus de son domicile.
« Quand j’ai commencé à la CSD, il y a 42 ans, indique Isabelle Vercouter, les aides familiales se chargeaient de tout : de laver la personne, d’aller à la Poste, de faire les courses et d’entretenir le foyer. Il y a environ une vingtaine d’années, le métier d’aide-ménagère sociale est apparu pour permettre aux aides familiales de se concentrer sur les besoins de la personne, et non plus de son domicile. Dans la pratique, aujourd’hui encore, la frontière reste très mince entre les deux métiers. Il arrive que des aides-ménagères aillent vite faire une course si une bénéficiaire n’a plus de pain chez elle, par exemple. » Cindy, de son côté, observe : « Officiellement, je n’ai même pas le droit de cuire une pomme de terre si ma bénéficiaire a faim. »
Charge mentale et physique
Dans leurs propos, il ressort que le métier implique une certaine charge mentale, mais aussi physique. « Je me sens très utile au quotidien, mais ça use. Avec les années de nettoyage, j’ai des tendinites chroniques, et de l’arthrose au niveau du bassin, des hanches, de la nuque », énumère Serena. « Je tiendrai le temps que je tiendrai… J’ai 55 ans. Je ne peux partir à la retraite que dans huit ans », poursuit-elle.
Je me sens très utile au quotidien, mais ça use.
Les aides-ménagères sociales sont des employées du secteur non marchand (commission paritaire 318.01). En février 2026, le salaire horaire des aides-ménagères sociales a été indexé, passant à 15,77 euros ; il augmente avec l’ancienneté. Le prix payé par les bénéficiaires est quant à lui adapté à leurs revenus et il est plus bas que le coût réel du service (ce qui ne l’empêche pas d’être prohibitif pour les personnes les plus précaires), notamment grâce au financement public attribué aux structures agréées par les pouvoirs régionaux.
« Mais ce n’est pas un métier qui est assez valorisé par la société », déplore Isabelle Vercouter. Il s’agit pourtant d’un des métiers en passe de devenir indispensable, alors que la durée de séjour hospitalier raccourcit en Belgique, et est passée en moyenne de six à cinq jours entre 2008 et 2022. Avec le vieillissement de la population, le maintien des personnes vulnérables à domicile s’imposera également comme un enjeu dans le futur.
C’est notre combat de faire reconnaître ces réalités et l’importance de nos métiers.
En 2022, 22 % des Bruxellois·es de 65 ans et plus avaient déjà fait appel à un service d’aide et soins à domicile. « C’est notre combat de faire reconnaître ces réalités et de faire reconnaître l’importance de nos métiers, souligne Isabelle Vercouter. Les gens sortent très tôt de l’hôpital, ils rentrent dans un mauvais état, on a une augmentation des prises en charge lourdes… On a cependant remporté quelques victoires, les aides-ménagères sociales peuvent désormais bénéficier du statut d’employée, à la place d’ouvrière. On aimerait aussi avoir un allègement des fins de carrière, au vu de la pénibilité du métier qui n’est pas reconnue. D’un autre côté, c’est un métier enrichissant et humain. Chaque journée est différente. »
L’accord de gouvernement wallon, adopté en 2024, prévoit une concertation avec le fédéral pour réformer les soins à domicile. Une réforme que la Mutualité chrétienne et Solidaris appellent de leurs vœux, ainsi qu’un refinancement global du secteur pour éviter les risques de marchandisation.