L’apéritif lesbien de Madame Charvet

Madame Charvet – qui réserve son prénom à ses proches – a lancé à Bruxelles un concept d’apéro où les femmes lesbiennes se rencontrent dans un espace sécurisant. (par Camille Wernaers)

Les femmes lesbiennes vivent des discriminations multiples. Dans notre société patriarcale, elles subissent une combinaison d’homophobie et de sexisme regroupés sous le terme de « lesbophobie ». Elles sont particulièrement invisibilisées dans l’espace public. « Il y a une différence avec les gays, car il n’y a presque pas de place dans l’espace public pour une existence collective des lesbiennes débarrassée du poids de l’hétéropatriarcat, au moins momentanément », expliquent Arnaud Alessandrin et Yves Raibaud dans Géographie des homophobies.

 Apéro commando

C’est également le constat de Madame Charvet, qui a lancé un projet d’apéritif festif pour les lesbiennes. « Il n’existe pas de bar lesbien à Bruxelles. Il y a bien quelques initiatives notamment au sein d’asbl comme la Rainbow House, mais il n’y a pas de bar commercial, de bar normal ! C’est un souci, parce que nous devons gagner en visibilité et nous réapproprier cet espace public, festif et urbain. Quand on sort boire un coup en soirée, on constate qu’il y a plus d’hommes que de femmes dans les bars, précise-t-elle. Il n’y a pas de livreuse ou de fournisseuse de bière par exemple ! C’est un monde très macho. Les hommes ont par ailleurs plus d’argent que les femmes, ils ont donc plus de facilité à lancer un bar. Il y a beaucoup de clichés sur l’entrepreneuriat féminin. »

Le concept qu’elle a inventé en réaction est celui d’un apéro commando ou sauvage : une fois qu’elle a choisi une date (les apéros ont lieu le jeudi), elle prévient quelques jours avant tout le monde sur sa page Facebook. Le jour même, les femmes investissent le bar pour leur apéro lesbien. Le patron du bar n’est, quant à lui, pas prévenu… Effet de surprise garanti.

« Nous choisissons des bars de quartier où la bière n’est pas chère, pour que cela reste accessible. J’y vais avant avec mon épouse, et on repère les lieux, on regarde qui est derrière le bar, si on s’y sent bien », développe-t-elle. Les apéros créent une espace sécurisant dans lequel les femmes se retrouvent, discutent ou draguent. « Je préviens toujours que j’ai un sweatshirt à capuche bleu [comme sur le logo, ndlr]. Celles qui arrivent seules peuvent donc tout de suite venir vers moi et être introduites au groupe. L’ambiance est toujours très conviviale, on parle de militantisme, certaines réseautent pour le boulot », s’amuse-t-elle.

Effet de groupe

« Nous n’avons jamais eu de problème. Il y a bien eu quelques questions, et des hommes alcoolisés, mais ça ne dure jamais longtemps. Par contre, on se rend compte que les habitués quittent le bar quand on arrive. Tout cela est sûrement dû à l’effet de groupe », continue-t-elle.

Et quand on lui demande pourquoi elle a choisi son nom de famille pour le projet, Madame Charvet rigole. « Certaines personnes de ma famille ne sont pas très ouvertes sur tout ce qui touche à la sexualité. J’imaginais une de mes tantes taper le nom de la famille dans un moteur de recherche et tomber sur ces apéritifs… » Une image effectivement réjouissante ; en espérant que cet article aidera.

Pour contacter des associations qui luttent contre l’homophobie et la lesbophobie, des informations ici.

Share Button