Avortement : la Flandre décide ?

Mercredi 15 juillet 2020. Devant les bureaux bruxellois de la N-VA, le groupe féministe flamand ROSA proteste contre le refus de ce parti politique de voter la loi dépénalisant l’avortement et allongeant l’extension du délai de 12 à 18 semaines. © Ophélie Delarouzée / Belga

31 août 2020. Quatre fois présentée, quatre fois reportée – dernier report en date, le 15 juillet dernier –, la proposition de loi dépénalisant l’avortement s’est heurtée à la volonté manifeste de certains partis flamands (Vlaams Belang, N-VA et CD&V) de retarder un vote qui avait pourtant une majorité au Parlement. En soumettant des amendements pour avis au Conseil d’État, ils ont réussi à renvoyer le « brûlot » à la rentrée. Bart De Wever en a même fait un sujet de gouvernement : si le projet passait, il ne fallait plus compter sur son parti pour une prochaine coalition. Forte majorité côté francophone (à la seule exception du cdH), forte opposition côté flamand : on pourrait penser que le sujet est extrêmement clivant, pas seulement entre partis mais aussi dans la population entre le sud et le nord du pays. (Irène Kaufer)

La Flandre réactionnaire ? Pas toute. Le Vrouwenraad, équivalent flamand du CFFB (Conseil des femmes francophones de Belgique), a publié sur le site de DeWereldMorgen un texte de défense du projet de loi dans toutes ses dimensions, y compris le point le plus controversé, l’allongement du délai de 12 à 18 semaines. C’est que, pour les militantes du Vrouwenraad, le problème de l’opposition n’est pas le délai. « Le problème, c’est le fait qu’on veut toujours contrôler les femmes et leur attribuer à elles seules toutes les responsabilités : la contraception, l’éducation des enfants, leurs carrières brisées parce qu’elles sont femmes et mères. Le problème, c’est la structure sexiste persistante de la société, qui ne veut pas assouplir la loi, qui veut dominer les femmes, surtout les plus vulnérables d’entre elles. »

Les militantes du Vrouwenraad en appellent aux parlementaires de tous les partis : « Nous respectons votre opinion, et même vos craintes, mais nous vous demandons de ne pas vous opposer à ce moment historique pour notre pays. Vous n’êtes pas convaincu·e ? Dans ce cas abstenez-vous, mais ne votez pas contre nous ! »

Le Vrouwenraad comprend en son sein, outre des associations ou des syndicats, les groupes femmes des principaux partis politiques, y compris donc celles du CD&V ou de la N-VA. Certes, ces groupes féminins n’ont pas pris position en faveur de la proposition de loi, mais leurs membres n’ont pas non plus claqué la porte du Vrouwenraad et n’en ont pas fait une « question de gouvernement ».

« Pas comme arracher une dent »

Sur le site de Vrouw en Maatschappij, qui regroupe les femmes du CD&V, les positions sont listées par ordre alphabétique : aucune trace du thème « abortus ». Côté N-VA, Bart De Wever a pris soin de faire cosigner sa tribune parue dans De Morgen (13 juin 2020) par une femme, Valerie Van Peel. Il l’a intitulée : « Avorter, ce n’est pas comme arracher une dent ». On peut le suivre sur un point : pour arracher une dent, un avis de dentiste est primordial, tandis que pour un avortement, c’est à la femme seule de décider.

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