Au Bangladesh, les ouvrières du textile se révoltent

© Nur Photo / ZUMAPRESS / Ahmed Salahuddin

À Dacca, capitale du Bangladesh, à partir du 5 janvier 2019 et pendant une dizaine de jours, des milliers de travailleuses de l’industrie textile ont arrêté leurs activités et se sont rassemblées dans les rues pour protester contre leurs conditions de travail harassantes et demander des augmentations de salaire.

Shefali Begum, une manifestante, explique au Guardian qu’elles réclament une rémunération de minimum 16.000 takas par mois, soit environ 167 euros. Elles sont actuellement rémunérées environ deux fois moins que ce qu’elles revendiquent alors que le coût de la vie, et en particulier du logement, a beaucoup augmenté ces dernières années.

Une cinquantaine d’usines ont donc dû fermer, faute de main-d’œuvre. À plusieurs reprises, les manifestantes ont été violemment dispersées par la police, qui a fait usage de matraques, de balles en caoutchouc, de gaz lacrymogènes et de canons à eau ; au moins l’une d’entre elles est décédée, nous informe le site du Guardian.

Le gouvernement était sur les dents : l’économie du Bangladesh est à 80 % dépendante du travail sous-payé de ces dizaines de milliers de femmes qui cousent des vêtements – vendus en Occident chez H&M, Primark, Zara, Uniqlo ou encore Aldi – dans des conditions de sécurité désastreuses. L’effondrement de l’usine Rana Plaza le 24 avril 2013, faisait plus de 1.150 mort·es et 2.500 blessé·es : une catastrophe qui symbolise la violence de l’industrie de la mode. Depuis, certaines marques se sont engagées à améliorer le traitement des ouvrières de leurs intermédiaires, mais le travail du textile pour les femmes du Bangladesh reste un métier à très haut risque.

Des syndicats des ouvrier·ères du textile se sont développés au fil des ans dans toute l’Asie, comme par exemple, en Inde, le GLU (Garment Labour Union, Union des Travailleurs/euses du Textile), au comité exécutif exclusivement féminin, dont nous avons récemment rencontré la fondatrice, Rukmini Vaderapura Puttaswamy (axelle n° 213). Au Bangladesh aussi, les syndicats ont joué un rôle majeur dans la structuration de la mobilisation des travailleuses et dans la négociation avec les autorités.

Le 13 janvier, après avoir rencontré les responsables des travailleurs/euses et les responsables des usines, le gouvernement du Bangladesh a finalement annoncé une augmentation de salaire pour les ouvrier·ères des usines de taille moyenne, qui pourrait passer à 8.000 takas par mois, soit environ 83 euros. Les syndicats n’ont pas tous accepté cette proposition, l’estimant insuffisante.

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