Les moissons funèbres

« Entre 2000 et 2004, cinq jeunes hommes noirs avec lesquels j’avais grandi sont morts de mort violente, apparemment sans lien les unes avec les autres. » C’est le point de départ de ce livre magnifique de Jesmyn Ward, une jeune voix de la littérature américaine avec laquelle il va falloir compter. Depuis qu’elle a quitté sa ville natale de DeLisle, dans le Mississippi, Jesmyn Ward a toujours eu du mal à y revenir. Pas uniquement parce que l’ouragan Katrina a rasé la plupart des maisons du bayou et décimé la région. Aussi parce que la liste de ses disparus, parmi lesquels son frère Joshua, la paralysait, la sidérait au point de la réduire au silence. Mais l’envie de comprendre a été la plus forte. Alors Jesmyn Ward a déroulé le récit à l’envers, jusqu’à se faire rencontrer à la fin de son roman l’avenir et le passé, serrant ce fil de mots tout au long de cette histoire qui n’a malheureusement rien d’une fiction. Elle balaye le passé de sa communauté, de son village, réunissant l’écheveau, reliant les défunts à leur héritage collectif, celui du racisme et des inégalités sociales, mais aussi de la solidarité et des liens entre les vivants et les morts qu’elle contribue à tisser dans le livre. (S.P.)

Les Moissons Funèbres
Jesmyn Ward
Éditions Globe 2016, 256 p., 22 eur.

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