Trame, famille, patries : allons voir Final Cut, une pièce-enquête de Myriam Saduis

Dans le cadre du Festival Mouvement d’identité au Théâtre Océan Nord, Myriam Saduis met en scène, dans la pièce Final Cut, son histoire familiale tourmentée entre France et Tunisie. La pièce dessine, scène par scène, comme des calques que l’on superpose, des cartographies de territoires, géopolitiques, sociaux et personnels.

© Marie-Françoise Plissart

Allez-y ! Allez voir Final Cut, éprouver, écouter les trajectoires entrecroisées pistées par Myriam Saduis, ou Sadâaoui, au commencement : mère franco-italienne, père tunisien, un amour devenu impossible au temps des violence coloniales et de la guerre d’indépendance de la Tunisie des années 1950. La narratrice-enquêtrice traque les vérités reconstituées après coup, les allers-retours, les allégeances nationales, le mystère de la séparation et celui du bannissement du père « éjecté du territoire familial », que la mère finira par réussir à faire expulser de celui de France.

À propos de ses parents : « C’est comme si, géographiquement, politiquement, il n’y avait plus de territoire possible pour eux. L’amour est apatride, mais la création d’un foyer fait surgir des frontières… » Italie, France, Tunisie, les loyautés d’appartenance entraînent des déchirements. Final Cut montre comment des décisions de géopolitique impactent les parcours individuels, qui se fracassent de façon inexorable.

Souvenirs, documents officiels, déclarations de politique coloniale, loi injuste, photos – ou négatifs – retrouvées, lettres lues ou jamais envoyées fabriquent une matière tour à tour proche et lointaine, pleine de résonances avec ce qui se passe aujourd’hui, très vivante, d’où émerge le récit familial avec ses tiroirs secrets et ses rebondissements. Un récit raconté et joué par une comédienne et metteuse en scène puissante, forte et fragile, rejointe dans la seconde partie par le comédien Pierre Verplancken. Myriam Saduis a mis en mots, en scène, a transformé le drame, réappropriation par le travail théâtral. La fille à qui on a enlevé son père tient les rênes de l’émotion, partage généreusement, rit aussi avec le public et déploie une pudeur infinie et des moyens subtils pour évoquer les souffrances, la colère, la folie.

La mise en scène, minimale, inventive, ingénieuse, se débrouille avec des bouts de rien – un bureau plein de ressources, une ou deux chaises, un écran. L’oreille est sollicitée par un joli travail sur le son, par des ruptures de tons, intime/officiel, des alternances, voix/chant. Le recours à des références littéraires, Marguerite Duras ou la pièce de théâtre La Mouette de Tchekhov, si on ne les maîtrise pas, n’empêche pas la compréhension de la pièce, et ajoute des pistes à suivre. À l’image du jeu de lumière, des espaces du récit s’éclairent ici puis là, à gauche puis à droite : ils finissent par dresser un tableau global, flou, n’épuisant pas totalement le mystère.

« Final Cut », les 7, 8 et 9 décembre au Théâtre Océan Nord, 63, rue Vandeweyer  à Schaerbeek. 

Avec Myriam Saduis et Pierre Verplancken
 Conception et écriture Myriam Saduis
 Collaboration à la mise en scène Isabelle Pousseur
 Conseillers artistiques Magali Pinglaut et Jean-Baptiste Delcourt
 Lumières Nicolas Marty
 Constructions Virginie Strub Images vidéo Joachim Thôme
 Création sonore Jean-Luc Plouvier (avec des extraits musicaux de Michel Legrand, Mick Jagger / Keith Richards, Amir ElSaffar)
 Ingénieur son et régie vidéo Florent Arsac Dramaturge Valérie Battaglia
 Costumes Leila Boukhalfa – Maquillage et perruque Katja Piepenstock
 Mouvement Nancy Naous Production Théâtre Océan Nord 
Coproduction Défilé, la Coop asbl, FWB CAPT Service du Théâtre
 Diffusion Sabine Dacalor
 Soutiens Fédération Wallonie-Bruxelles, Shelterprod, Taxshelter.be, ING, Tax-Shelter du gouvernement fédéral belge

Share Button