Géorgie : des voix féminines contre l’obscurantisme et les préjugés

Par N°233 / p. 26-29 • Novembre 2020 | conectionconection Contenu complet (pdf)
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Au propre comme au figuré, les femmes de la vallée de Pankissi en Géorgie donnent de la voix pour lutter contre les préjugés qui touchent la communauté kiste et promouvoir leur vision d’un islam humaniste.

Raisa Margoshvili, au centre, dirige la cérémonie du zikr dans la petite salle attenant la mosquée de Duisi. © Julien Pebrel/MYOP

Principale localité de l’étroite et verdoyante vallée de la Pankissi, Duisi fait face aux hauts sommets de la chaîne du Caucase qui culminent dans cette zone à plus de 4.000 mètres d’altitude. La bourgade est située au nord de la grande plaine de Kakhétie, bien connue pour sa tradition viticole millénaire et ses anciens monastères orthodoxes. Depuis au moins deux siècles, les Kistes habitent dans une demi-douzaine de villages construits le long de la rivière Alazani. Cette communauté, forte d’environ 7.000 individus, est apparentée au peuple tchétchène qui vit en Russie, sur l’autre versant du Caucase, et avec lequel elle partage une langue et une religion, l’islam. Kistes et Tchétchènes ont historiquement adopté le soufisme dont les valeurs principales sont le pacifisme, l’amour, la tolérance et le pardon. Les confréries soufies, ou tariqas, ont joué un rôle majeur dans la vie sociale et spirituelle de ces communautés par l’organisation de rituels collectifs comme la cérémonie du zikr.

La force du zikr

Le zikr est pratiqué dans de nombreux pays, sa forme varie en fonction des confréries. Il consiste à louer Dieu par des psalmodies, des chants, des mouvements et danses, amenant souvent à une forme de transe. […] Les femmes, généralement plus nombreuses que les hommes à perpétuer ce rituel, se réunissent chaque vendredi midi dans une salle adjacente à l’ancienne mosquée du village, repérable de loin dans les rues tortueuses de Duisi grâce à son minaret de briques rouges et noires.

Une dizaine de participantes sont assises en cercle. Elles chantent : « La ilaha illallah » (« Il n’y a pas d’autre Dieu que Dieu ») en suivant la puissante voix de Raisa Margoshvili qui dirige le rituel. Cette phrase et d’autres sont répétées à de nombreuses reprises. Puis, toutes les femmes se lèvent et commencent à marcher en cercle à un rythme de plus en plus élevé. Elles frappent avec leurs mains et tapent du pied, tout en continuant à chanter. Entre ces parties dynamiques, elles restent sur place et entonnent des hymnes gracieuses en langue tchétchène. À la fin, toute l’assemblée semble en osmose. Juste avant de quitter le petit bâtiment blanc, les participantes s’étreignent. « Pendant ce rituel, je ne suis plus de ce monde, je suis transcendée, mon esprit est ailleurs », lâche Raisa, vêtue d’une longue robe et d’un foulard verts.

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