Le féminisme rom : un combat aux multiples facettes

Par N°232 / p. 25-27 • Octobre 2020 | conectionconection Contenu complet (pdf)
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Diseuse de bonne aventure, séductrice aux longs jupons, mère et épouse opprimée ou mendiante dans le métro… Au fil des siècles, la figure de la femme rom s’est construite dans l’imaginaire populaire autour d’une série de stéréotypes qui continuent à être largement véhiculés par les médias. Quant aux mouvements féministes roms, apparus dès les années 1990 à travers l’Europe, ils restent les grands oubliés du féminisme « dominant », qui tend à voir les femmes roms comme les victimes passives d’une oppression patriarcale inhérente à leur culture. Ces dernières ont cependant de nombreuses choses à dire et n’ont pas attendu la permission pour prendre la parole : petit coup de projecteur sur leur combat, de Bucarest à New York, en passant par Bruxelles.

Jessica Reidy, autrice et militante new-yorkaise d’origine sinti. © Viktor Pachas

Dès le 18e siècle, les anthropologues européens s’intéressent aux Roms sous le prisme de l’expérience masculine : les récits qu’ils publient évoquent la culture, le mode de vie et les traditions de la communauté… Quant aux femmes, si elles restent source infinie de fantasmes, elles y sont généralement décrites comme des ombres marginales et silencieuses. La production scientifique de cette époque entérine une image « double face » de « la » femme rom : d’un côté, femme soumise et opprimée ; de l’autre, vagabonde, exotique et érotique. Pour Jessica Reidy, autrice et militante new-yorkaise d’origine sinti, ces clichés impactent encore aujourd’hui la vie des femmes roms : « Un peu comme les Amérindiennes en Amérique du Nord, les femmes roms courent plus de risques que les femmes blanches d’être exploitées sexuellement ou de « disparaître » dans la nature. J’ai moi-même été agressée sexuellement, ici aux États-Unis, après que l’on a découvert mon ethnicité… »

Sur plusieurs fronts

Violences sexuelles, manque d’accès à l’éducation formelle, mariages précoces, stérilisations forcées… Les femmes roms se battent sur plusieurs fronts. À travers l’Europe, elles ont fondé au fil du temps de petites associations de terrain telles que Drom Kotar Mestipen en Espagne, E-Romnja en Roumanie ou le Gypsy, Roma & Traveller Women’s Empowerment Network en Grande-Bretagne. Souvent peu financées, ces structures opèrent cependant de petits miracles au quotidien : soutien juridique et administratif, manifestations, organisation d’ateliers d’éducation permanente et de formation professionnelle… Ces espaces sont vecteurs d’inclusion sociale pour des femmes qui figurent généralement peu à l’agenda des politiques gouvernementales.

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