Dès le 18e siècle, les anthropologues européens s’intéressent aux Roms sous le prisme de l’expérience masculine : les récits qu’ils publient évoquent la culture, le mode de vie et les traditions de la communauté… Quant aux femmes, si elles restent source infinie de fantasmes, elles y sont généralement décrites comme des ombres marginales et silencieuses. La production scientifique de cette époque entérine une image « double face » de « la » femme rom : d’un côté, femme soumise et opprimée ; de l’autre, vagabonde, exotique et érotique. Pour Jessica Reidy, autrice et militante new-yorkaise d’origine sinti, ces clichés impactent encore aujourd’hui la vie des femmes roms : « Un peu comme les Amérindiennes en Amérique du Nord, les femmes roms courent plus de risques que les femmes blanches d’être exploitées sexuellement ou de « disparaître » dans la nature. J’ai moi-même été agressée sexuellement, ici aux États-Unis, après que l’on a découvert mon ethnicité… »
Sur plusieurs fronts
Violences sexuelles, manque d’accès à l’éducation formelle, mariages précoces, stérilisations forcées… Les femmes roms se battent sur plusieurs fronts. À travers l’Europe, elles ont fondé au fil du temps de petites associations de terrain telles que Drom Kotar Mestipen en Espagne, E-Romnja en Roumanie ou le Gypsy, Roma & Traveller Women’s Empowerment Network en Grande-Bretagne. Souvent peu financées, ces structures opèrent cependant de petits miracles au quotidien : soutien juridique et administratif, manifestations, organisation d’ateliers d’éducation permanente et de formation professionnelle… Ces espaces sont vecteurs d’inclusion sociale pour des femmes qui figurent généralement peu à l’agenda des politiques gouvernementales.
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