Les femmes de Greenham sont toujours en marche

Par N°243 / p. 24-27 • Novembre-décembre 2021 | conectionconection Contenu complet (pdf)
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En août 1981, trente-six femmes marchent 170 kilomètres pour protester contre la décision de l’OTAN de stocker des missiles nucléaires américains en Angleterre, sur la base de Greenham Common. À l’arrivée, certaines installent un campement sur place qui devient vite non-mixte. Les actions non-violentes et créatives commencent. L’occupation durera 19 ans. Ce mouvement social inédit des “Greenham Women” a été célébré 40 ans après par une nouvelle marche. Pour que ces femmes ne soient pas oubliées de l’histoire.

Charlotte Winter, 61 ans, bénévole dans un centre de soins palliatifs, est venue avec son chien Percy. Elle a vécu à Greenham à partir de 1983, alors qu'elle avait 21 ans, et y est restée quatre ans. Elle a participé à l’action baptisée "Embrace the Base". "Greenham, ce n'était pas juste une protestation contre le nucléaire ; c’est là que j’ai appris le plus de choses à propos de notre monde", affirme-t-elle. Lors de ce week-end de commémorations, c’était la première fois qu'elle revenait à Greenham : "Je suis sur ces terres qui sont devenues publiques légalement, c'est très émouvant." © Sophie Boutboul (légende) et Léonor Lumineau (photo)

© Sophie Boutboul (légende) et Léonor Lumineau (photo)

 

Sue Say, 57 ans, décrit Greenham comme un “tournant” de sa vie. Elle y est arrivée à 18 ans. “Greenham, ce n’était pas juste anti-nucléaire, c’était aussi faire des liens entre les bombes et la violence masculine, ouvrir les yeux sur le patriarcat, sur l’apartheid, et malheureusement 40 ans plus tard, on doit toujours combattre les violences des hommes…” Elle estime que son expérience à Greenham lui a permis d’éclore en tant que femme, lesbienne, militante. Elle regrette tout de même que “seules les Blanches qui n’étaient pas de la classe ouvrière étaient mises en avant pour les interviews à l’époque, car j’avais beaucoup de choses à dire et personne ne voulait m’entendre.” Le sourire lui revient quand elle évoque ses courses-poursuites avec la police, déguisée en tigre et d’autres femmes en panda. “J’ai aimé notre créativité, on prenait même de grosses serviettes hygiéniques pour protéger nos genoux dans les actions.” Elle a montré aux jeunes activistes le geste qui embarrassait la police à l’époque : mettre ses mains en triangle sur son vagin puis les lever vers le ciel. “C’est le geste qui symbolise notre chatte, ça, ça les gênait, les policiers”, se marre-t-elle.

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