Beate Uhse, fondatrice allemande d’une chaîne de sex-shops : émancipatrice ou cauchemar féministe ?

Cette Allemande au parcours atypique a ouvert le premier sex-shop au monde à l’orée des années 60. Pour les uns, elle est une icône féministe qui voulait libérer les femmes en les initiant aux joies de l’orgasme. Pour les autres, une femme d’affaires exploitant sans vergogne le corps féminin à des fins mercantiles. Beate Uhse, décédée en 2001, a laissé derrière elle un empire du porno aujourd’hui sur le déclin.

« Madame, Monsieur, permettez-moi de me présenter. Je m’appelle Beate Uhse et je dirige une maison de vente par correspondance d’un genre inhabituel. Elle offre uniquement des articles qui procurent la joie de vivre. » C’est sur ce ton très « flower power » que Beate Uhse vantait ses « spécialités qui procurent aux couples les joies légitimes du bonheur conjugal » dans les années 60. À cette époque, elle est une pionnière dans le domaine de la vente d’articles érotiques et, après avoir mis l’Allemagne à sa botte, elle part à la conquête des pays voisins.

Quarante ans plus tard, la chaîne de sex-shops qui porte son nom compte près de 200 boutiques à travers l’Europe. Un véritable empire que Beate Uhse a bâti seule tout au long de sa vie, grâce à un sens des affaires remarquable. Ce n’est d’ailleurs qu’après son décès que les bilans de son entreprise jusqu’alors si rentable ont commencé à plonger dans le rouge, face à la concurrence des sex-shops en ligne.

Aviatrice à 18 ans

Née en 1919 en Prusse orientale, Beate Köstlin, de son nom de jeune fille, coule une enfance bucolique au grand air. Ses parents lui passent toutes ses fantaisies. « Elle allait à l’école à cheval, on aurait dit Fifi Brindacier », raconte la journaliste bavaroise Magdalena Köster, l’une de ses biographes. Sa mère fait partie des premières femmes à exercer la médecine en Allemagne. Elle lui apprend le b.a.-ba de la contraception et de la sexualité, chose rare en cette époque puritaine.

Mais la jeune fille ne rêve alors que d’une chose : devenir aviatrice. Une vocation qui passe pour une folie douce sous le régime nazi, portant aux nues la représentation d’une femme rivée dans sa cuisine. Ce sera pourtant chose faite le jour de ses 18 ans, où Beate obtient son brevet, devenant l’une des toutes premières femmes pilotes de l’histoire de l’Allemagne. Elle est alors embauchée dans une entreprise de construction aéronautique où elle a pour mission de tester les machines, et en profite pour se former à la voltige. Elle tombe amoureuse de son instructeur, Hans-Jürgen Uhse. Il trouvera la mort dans un accident d’avion peu après leur mariage, mais Beate, qui se remariera par la suite, continuera de porter son nom.

Beate Uhse est l’une des premières femmes pilotes de sa génération. Le musée de l’érotisme, qu’elle a ouvert à Berlin en 1995, dispose depuis peu d’une section dédiée à son parcours hors-norme. © Annabelle Georgen

Sa deuxième vie

Avril 1945. Ravagée par les bombes, Berlin a des airs de tombeau à ciel ouvert. Apprenant que les troupes soviétiques se rapprochent, Beate Uhse s’enfuit à bord d’un avion de l’armée nazie, avec pour passagers son fils de deux ans, sa nounou, un coéquipier et deux soldats blessés. L’avion se pose quelques heures plus tard à Flensbourg, une petite ville du nord de l’Allemagne. C’est là que commence sa deuxième vie.

Elles posaient des questions comme : est-ce qu’on peut tomber enceinte en faisant des câlins, et quand l’enfant naît, est-ce qu’il sort du nombril ?

En bavardant avec ses nouvelles connaissances, la jeune veuve désormais au chômage se rend compte à quel point les femmes de sa génération ne connaissent rien à la sexualité. De ses propres mots : « Elles posaient des questions comme : est-ce qu’on peut tomber enceinte en faisant des câlins, et quand l’enfant naît, est-ce qu’il sort du nombril ? »

Qu’à cela ne tienne, elle ressort la machine à écrire acquise durant la guerre en échange de tickets de rationnement et édite une revue vulgarisant la méthode de contraception Ogino. Enjouée, convaincante, elle vend les fascicules en faisant du porte-à-porte et amasse une petite fortune en quelques mois. Poursuivant sur sa lancée, elle fonde en 1947 la maison de vente par correspondance qui la rendra célèbre et millionnaire. Elle n’ouvrira sa première boutique que quinze ans plus tard, baptisée pudiquement « magasin spécialisé dans l’hygiène du couple ».

Une sale gosse

Au fur et à mesure que son offre se diversifie, accordant une place de premier choix aux accessoires sado-masochistes, aux sextoys et aux films pornos, Beate Uhse devient l’une des personnalités les plus impopulaires d’Allemagne. « Elle a été très sous-estimée et détestée, analyse Magdalena Köster. Elle n’a obtenu aucune reconnaissance, elle était seulement critiquée, à la fois par les femmes, les hommes, les juges, les maires. Pour tous, elle n’était qu’une sale gosse. »

Plus de 280 plaintes sont déposées contre elle rien qu’en Allemagne.

Attaquée de toutes parts, elle passe sa vie à défendre ses sex-shops dans des tribunaux qui lui donnent le plus souvent raison. Plus de 280 plaintes sont déposées contre elle rien qu’en Allemagne. Le club de tennis de Flensbourg refuse de lui donner sa carte de membre. Qu’importe, elle se fait construire son propre court de tennis.

Ses boutiques, plus vouées à satisfaire les fantasmes caricaturaux de la clientèle masculine que ceux des femmes, auront vite fait de lui mettre les féministes allemandes à dos, la célèbre Alice Schwarzer en première ligne. Son magazine, Emma, aura cette phrase assassine : « Beate Uhse est une femme émancipée. Une qui s’émancipe aux frais des femmes et qui dure grâce aux mecs… »

Cette femme contestée au destin exceptionnel avait aussi su rester simple, croquant la vie à pleines dents, n’appréciant rien de plus que de jardiner ou d’aller camper au bord de l’eau avec ses enfants. Même si elle a soutenu l’essor de l’industrie pornographique et son lot de clichés sexistes, elle n’a pourtant jamais cessé de soutenir la cause des femmes à sa manière, notamment par l’intermédiaire de sa fondation.

Une pilule pour doper la libido féminine : faut-il se réjouir ou s’inquiéter ?

Les sociétés pharmaceutiques rivalisent d’ardeur pour mettre sur le marché une pilule qui stimulerait le désir sexuel chez les femmes. Sprout Pharmaceuticals a déjà obtenu le feu vert pour la commercialisation de sa molécule, le flibanserin. axelle a demandé leur avis à deux expertes, globalement méfiantes quant aux bienfaits de ce médicament… qui ne soigne rien.

Le 18 août 2015, la Food and Drug Authority (ou « FDA », l’agence américaine en charge de la sécurité de la chaîne alimentaire, des médicaments et des produits de santé), a approuvé la commercialisation du flibanserin. Surnommé « viagra féminin » – à tort, puisque la fameuse pilule bleue se concentre uniquement sur la mécanique de l’érection masculine – le comprimé rose, dont le nom commercial est Addyi, aurait le mérite de rehausser la libido chez les femmes.

En août, le flibanserin a finalement été autorisé suite à une importante campagne orchestrée par une agence de marketing mandatée par Sprout Pharmaceuticals.

L’entreprise Sprout Pharmaceuticals, qui a développé le soi-disant médicament, sera la première à vendre un tel produit. Mais d’autres sociétés pharmaceutiques sont engagées dans une course folle pour créer une molécule susceptible de stimuler le désir sexuel féminin. Parmi ces entreprises, la néerlandaise Emotional Brain souhaite commercialiser dès 2017 le Lybrido et le Lybridos (chacun créé pour différentes formes d’absence de désir sexuel) et l’américaine S1Biopharma a conclu cette année aux États-Unis la deuxième phase d’essais cliniques de son Lorexys.

Par ailleurs, depuis 2007, la multinationale Procter & Gamble vend l’Intrinsa en Europe (sur prescription) : il s’agit d’un patch de testostérone – interdit aux États-Unis en raison de sa faible efficacité et surtout, de ses nombreux effets indésirables : « virilisation » (pilosité aggravée, voix rauque), acné, troubles hépatiques et cardiovasculaires, prise de poids – destiné aux femmes ménopausées connaissant une baisse de désir suite à une ablation des ovaires ou de l’utérus.

Un argument « féministe » ?

Le flibanserin agit sur la chimie du cerveau, ciblant les neurotransmetteurs qui ont un impact sur la libido. Les vertus aphrodisiaques de cette molécule ont été observées par hasard, alors qu’elle était testée comme antidépresseur. Des essais cliniques menés pendant deux ans sur 1.323 femmes au Canada et aux États-Unis ont indiqué que sa prise quotidienne aurait eu chez une majorité de sujets « une petite efficacité, mais statistiquement significative », selon la FDA. À noter que presque toutes les participantes ayant consommé un placebo ont également ressenti une augmentation de désir et de satisfaction sexuelle…

Le flibanserin a déjà été rejeté deux fois par le régulateur américain – en 2010 et 2013 – parce que ses effets secondaires étaient considérés trop importants par rapport à ses bénéfices. En août, le « médicament » a finalement été autorisé suite à une importante campagne orchestrée par une agence de marketing mandatée par Sprout Pharmaceuticals. La condition de l’autorisation de mise sur le marché était la suivante : les utilisatrices devraient être bien informées des risques du flibanserin, notamment la somnolence, les évanouissements et les chutes de tension artérielle.

Selon l’auteure féministe Glosswitch, la commercialisation du flibanserin incarne une façon supplémentaire d’essayer de « normaliser » la sexualité des femmes selon l’étalon masculin.

La campagne en faveur du flibanserin a été articulée autour de l’argument « féministe » selon lequel « plus d’une vingtaine de médicaments ont été autorisés pour soigner les dysfonctionnements sexuels masculins, alors qu’aucun n’existe pour répondre aux problèmes des femmes » – ce qui peut en effet apparaître pour le moins inégalitaire. Toutefois, comme le souligne un article du Journal of American Medical Association, aucun produit n’est en réalité commercialisé pour favoriser le désir sexuel des hommes : le viagra agit sur la mécanique et non pas sur l’envie. Le flibanserin sera donc le premier produit à « améliorer la libido » d’un être humain ; curieusement, ça tombe sur les femmes.

Selon l’auteure féministe Glosswitch, la commercialisation du flibanserin incarne une façon supplémentaire d’essayer de « normaliser » la sexualité des femmes selon l’étalon masculin. Dans un article du magazine britannique New Statesman, elle estime que si nous souhaitons l’égalité, nous devrions plutôt respecter les désirs des femmes, au lieu de mettre leurs soi-disant « problèmes » sexuels, définis par des attentes masculines, entre les mains des multinationales de l’industrie pharmaceutique. Glosswitch rappelle que les femmes et leur sexualité ont toujours été considérées dysfonctionnelles. « Que nous soyons trop enclines aux plaisirs sexuels ou pas assez, il a toujours été attendu de nous que nous nous conformions aux standards culturels, sociaux et biologiques établis par des hommes », écrit-elle.

Sexualité médicalisée

Pour Rina Nissim, infirmière naturopathe et auteure de nombreux best-sellers sur la santé sexuelle des femmes (voir aussi son interview dans axelle n° 172), l’annonce de la commercialisation du flibanserin est une mauvaise nouvelle. Interrogée récemment par axelle, Rina Nissim explique craindre les effets secondaires à court et long terme du flibanserin, effets qui seront connus seulement dans plusieurs années. Elle estime par ailleurs que la sexualité féminine est médicalisée à outrance et que les femmes sont utilisées comme cobayes des laboratoires pharmaceutiques à des fins capitalistes.

Cofondatrice du dispensaire des femmes de Genève, avec à son actif 35 ans d’expérience dans des centres de santé à travers le monde, elle fait valoir que nous évoluons dans une société hypermédicalisée et hypersexualisée. « La grande quantité de vaginites et de cystites dont souffrent les femmes témoignent du fait que souvent, elles acceptent des rapports dont elles n’ont pas forcément envie ; la sexualité féminine est empreinte de beaucoup de violences. » Depuis toutes petites, les femmes sont éduquées à s’adapter, la plupart du temps dans l’intérêt des hommes, fait-elle observer. « On enseigne aux filles à répondre aux désirs des autres avant de satisfaire leurs propres besoins. » Selon elle, il faudrait seulement que les hommes soient un peu plus éduqués et sachent faire plaisir à leur partenaire de façon à ce qu’elle attende la prochaine fois avec impatience…

« Une sexualité épanouie ne passe pas par un médicament »

Sexologue au Planning familial de Waterloo, Claire Beguin est également sceptique quant aux bienfaits du flibanserin. Les raisons qui amènent les femmes à consulter en sexologie sont diverses, affirme-t-elle ; le peu ou l’absence de désir en est une fréquemment évoquée. « Je ne pense pas qu’une sexualité épanouie passe par un médicament et qu’on puisse résoudre d’éventuels problèmes sans passer par la case dialogue entre partenaires. Et si la communication ne suffit pas, consulter un-e psychologue ou un-e sexologue peut certainement être utile. » Si le médicament agit comme un antidépresseur, peut-être qu’en effet, la femme se sentira mieux et ressentira davantage de désir sexuel, avance-t-elle. Mais dans un premier temps, il faudrait savoir pourquoi elle est « déprimée ».

Nous vivons dans la société de la « toute-jouissance » où les femmes sont censées être toujours disposées à avoir des rapports sexuels et devraient systématiquement avoir des orgasmes, où l’on prône des canons de beauté inaccessibles et la performance à tout prix !

Il y a des périodes dans la vie où le désir fluctue, fait valoir Claire Beguin ; il peut être momentanément absent, par exemple, après un accouchement, en période de stress ou si une relation va mal. « Si au niveau gynécologique, il n’y a pas d’anomalie, les causes risquent d’être psychologiques ; la femme est peut-être stressée, mal dans sa peau, elle a peut-être vécu un traumatisme sexuel ou bien il peut y avoir des difficultés au sein du couple qui viennent se nicher dans le contexte sexuel ; la frontière entre le psychologique et le sexologique est très étroite », explique-t-elle. Parfois, il s’agit d’une question liée à l’éducation sexuelle. Comme sexologue, elle observe que beaucoup de femmes connaissent peu leur corps ; elles ne se sont jamais vraiment explorées, elles n’ont jamais osé se toucher.

Claire Beguin souligne aussi que notre société exerce des pressions sur les individus, à travers les médias, la publicité et la pornographie, qui entravent le développement d’une sexualité épanouissante. « Nous vivons dans la société de la « toute-jouissance » où les femmes sont censées être toujours disposées à avoir des rapports sexuels et devraient systématiquement avoir des orgasmes, où l’on prône des canons de beauté inaccessibles et la performance à tout prix ! » Le respect de soi et de l’autre, pouvoir dire non, poser des limites, communiquer, sont, selon elle, fondamentaux pour une vie sexuelle satisfaisante. « C’est plutôt à chacune, à chacun, de trouver soi-même son compte, en se respectant soi et autrui, selon ses propres désirs et non en fonction des diktats sociaux. »

(Article initialement publié dans axelle n° 184 et décembre 2015, et mis en ligne à l’occasion de la sortie du hors-série juillet-août 2017, « Une sexualité à soi »)

Jouir avec soi-même : quatre femmes parlent de leur relation à la masturbation

axelle a rencontré quatre femmes qui évoquent pour nous leur relation intime à la masturbation. Comment vivent-elles ce « plaisir solitaire », longtemps accusé de tous les maux par les discours médicaux, moralistes et religieux ?

Je rejoins Anaïs, 33 ans, en fin de journée à une terrasse de café. La masturbation a longtemps été absente de sa vie sexuelle. « Je ne me souviens d’aucun geste. Soit je n’en ai pas fait, soit je les refoule. Je crois que j’ai eu honte de mon corps pendant longtemps, j’avais un tabou avec mon corps, une sorte de dépersonnalisation, et l’impression que je ne pouvais pas me faire du bien. »

« J’ai trouvé ça beau »

Les tables sont serrées, si bien que le couple d’à côté peut tout entendre de notre conversation, mais Anaïs s’en fout. Évoquer son histoire de la masturbation revêt pour elle un sens libérateur. Anaïs a grandi en Bolivie avec ses parents belges. « À la différence des familles andines, marquées par une culture catholique et conservatrice, on parlait de sexualité librement à la maison », explique-t-elle. Mais pas un mot sur la masturbation. « On parlait de relations, de sexe. Ma mère me disait que se faire du bien, se caresser, c’est bien, mais ne prononçait jamais le mot en tant que tel. » Les premiers souvenirs d’Anaïs relatifs au plaisir solitaire remontent à ses 20 ans, soit cinq ans après sa première relation sexuelle. Avant qu’un événement tragique ne bouleverse son rapport au corps et au plaisir.

À 22 ans, elle est touchée par un cancer du col de l’utérus. « Après avoir consulté un tas de gynécologues qui me disaient qu’il fallait tout retirer, je suis tombée sur un médecin qui considérait qu’il ne fallait enlever qu’une petite partie de mon utérus. Ce médecin m’a montré mon col. Et ça a complètement démystifié la peur que j’avais par rapport à mon corps. J’ai trouvé ça beau. » Son accouchement, quelques années plus tard, la freine à nouveau dans son exploration. « Après mon accouchement, j’ai vraiment traversé un épisode où je ne sentais pas que je pouvais me faire plaisir. J’avais une impression de corps malade, des rapports douloureux à cause de l’épisiotomie que j’avais subie », raconte Anaïs.

Consentement sexuel : quand dire non devient délicat

Que signifie « consentir » lorsque l’on parle de rapports sexuels ? Si le consentement est évidemment crucial dans une relation, le terme évoque aussi une sexualité féminine entravée, qui « consent », sans désirer. À partir de leurs expériences sur le sujet, quatre jeunes femmes se sont confiées à axelle.

Récemment, une étudiante de la VUB a rompu le silence à propos du viol qu’elle a subi il y a quatre ans, et lancé une campagne contre les agressions sexuelles sur le campus. Slogan : « I said no in a bedroom, but he kept going », que l’on pourrait traduire par « J’ai dit non dans la chambre à coucher, mais il a continué ». Consentement, absence de consentement, le principe est sur le gril, tout particulièrement lorsque l’on aborde le viol ; de plus en plus de femmes prennent la parole.

Dans une relation conjugale

Sabine, Éloïse, Méryl et Louise partagent des exemples autour de la table. « J’ai eu une relation avec quelqu’un qui ne laissait pas le choix » ; « Le mari d’une de mes connaissances l’oblige à faire ce qu’il veut. Il la pénètre alors qu’elle est endormie. Et cette connaissance se sent obligée de dire oui, parce qu’elle est mariée », raconte Sabine. « Certaines femmes que je rencontre dans mon travail, explique Louise, assistante sociale, ne pensent pas avoir leur mot à dire : « On est mariés, comment pourrait-il me violer ? » Mais ce n’est pas parce que l’on est en couple que tout est permis ! »

L’idée du « droit » du conjoint à utiliser sa femme comme un objet pour satisfaire son – seul – désir perdure, comme si le fait d’être mariée impliquait un consentement inconditionnel. Un viol se définit aussi par l’absence de consentement. Les rapports contraints entre conjoint·es – des « viols conjugaux » – sont fréquents ; ils concernent un quart des femmes en Belgique, selon un sondage effectué en 2014 par l’institut Dedicated, à la demande d’Amnesty International et de SOS Viol.

Prouver l’absence de consentement

Ironie tragique : dans les affaires de viol, particulièrement aux États-Unis, l’utilisation de la notion de « consentement » de la victime est de plus en plus fréquente pour… innocenter les violeurs.

La nymphoplastie : quand la chirurgie esthétique s’empare de notre intimité

La chirurgie esthétique propose depuis une dizaine d’années une opération permettant de réduire la taille des petites lèvres de la vulve : la « nymphoplastie ». Pour leur travail de fin d’études à l’IHECS, quatre jeunes journalistes ont enquêté en Belgique et en France sur cette pratique surprenante. Pourquoi, malgré son prix parfois exorbitant, rencontre-t-elle du succès auprès des femmes ? Comment le corps médical accompagne-t-il ces demandes ? Comment s’émanciper des pressions qui pèsent sur notre intimité ?
Un dossier réalisé par Alexia Durieu, Aline Jacobs, Tiffany Sales et Axelle Verstraeten.

Vaginoplastie, clitoridoplastie… La chirurgie s’est emparée du sexe féminin. Parmi la multitude d’opérations possibles, une pratique au succès interpellant se distingue des autres : la « nymphoplastie » – appréciez l’élégante construction du terme à partir du mot « nymphe », issu du grec ancien « jeune fille ». Cette opération, qui consiste à réduire la taille des petites lèvres de la vulve, peut être réalisée dans un but réparateur mais tend de plus en plus à devenir un geste purement esthétique.

Pour l’OMS, les « interventions » au niveau du sexe féminin ne comportent aucun avantage pour la santé.

Apparue il y a une dizaine d’années, la « nymphoplastie » est un phénomène qui ne cesse de progresser. Selon l’INAMI, le nombre de réductions des petites lèvres a augmenté de 70 % en sept ans. En 2014, près de 321 nymphoplasties ont été pratiquées en Belgique. Mais ces données sont encore à revoir à la hausse puisqu’elles n’englobent que les opérations à but réparateur, par exemple en cas d’hypertrophie des lèvres, et donc remboursées par la mutuelle. Aujourd’hui, ce sont des femmes souvent âgées de 20 à 40 ans qui s’y intéressent. Si les motifs sont fonctionnels pour certaines (déformation suite à un accouchement, gênes dues au sport, etc.), la plupart y ont recours pour des raisons purement esthétiques, afin de « rajeunir » l’apparence de leur sexe ou encore de se débarrasser d’un complexe plus profond. Le docteur Benadiba, chirurgien esthétique à Paris, a vu la tendance naître et se développer en France : « En dix ans, avec la médiatisation, je suis passé d’un cas tous les 3-4 mois à un par semaine. » À l’origine de cette augmentation : des complexes qui touchent aujourd’hui les parties les plus intimes des femmes. Mais qu’est-ce qui nous amène à vouloir modifier l’apparence de notre sexe ?

Influences néfastes

Certaines pratiques récentes ont rendu très sévère le regard que les femmes portent sur leur propre sexe. C’est le cas de l’épilation intégrale, dont l’influence pourrait augmenter l’attrait des femmes pour la nymphoplastie. « L’épilation intégrale accroît la visibilité des lèvres et peut donc encourager des femmes à recourir à la chirurgie », explique Serge Dehouwer, psychologue et sexologue.

Parmi les injonctions qui pèsent sur les femmes, il y a également la mode qui les incite à porter des vêtements de plus en plus moulants, voire même transparents lorsqu’il s’agit de lingerie. « Certaines culottes sont tellement petites et moulantes… Cela prouve qu’il y a cette importance que tout le monde voie bien que l’ensemble est parfait ou correspond à une certaine image de ce qui est parfait », rapporte Chris Paulis, anthropologue et sexologue à l’Université de Liège.

© Marie Leprêtre

Clarence Edgard-Rosa, journaliste française spécialisée dans les questions de société liées aux femmes, pense que la pornographie exerce aussi une influence négative : « Le porno n’est pas responsable de tous les maux, mais le porno traditionnel et dominant a tendance à montrer des anatomies féminines totalement lisses qui ne correspondent pas à la réalité. Si c’est tout ce que l’on voit, on peut effectivement se dire qu’il y a quelque chose qui cloche. » Serge Dehouwer confirme : « Les personnes qui font du porno ne sont pas choisies pour leurs talents d’acteur mais pour leur corps ; on est dans quelque chose de totalement factice, il faut le garder à l’esprit. »

Le dessin du « non-sexe » de la Barbie, complètement plat, est un modèle vers lequel tend la majorité des nymphoplasties.

Ainsi que l’explique Chris Paulis, la pornographie véhicule surtout un modèle auquel les femmes sont incitées à se conformer. « Il y a une emprise d’un modèle nord-occidental qui se base de plus en plus sur la Barbie, un modèle complètement artificiel. Le dessin du « non-sexe » de la Barbie, complètement plat, est un modèle vers lequel tend la majorité des nymphoplasties. Cela fait partie aussi du « jeunisme » : on demande aux gens d’avoir un aspect « jeune » le plus longtemps possible parce qu’on associe la jeunesse à la productivité. Cela déteint sur tout le corps, y compris l’intime. »

Pas sans risques

Ces pressions qui poussent les femmes à complexer sur leurs parties intimes entraînent parfois un passage à l’acte rapide pour en finir avec le mal-être. Marie [prénom d’emprunt], opérée à 17 ans, confie : « On avait beau me montrer n’importe quelle image avec des femmes telles qu’elles sont réellement, je trouvais ça dégoûtant et j’avais décidé de ne pas avoir ça sur mon corps. » Mineure au moment de son opération, elle a donc dû demander l’accord signé de sa mère au préalable. “Je me souviens pour en parler à ma maman, ça n’a pas été évident. Je lui ai dit : Maman, j’ai envie de me faire opérer de mon « malabar » ; c’était le surnom que je donnais à mon sexe ! », dit-elle en souriant.

Une nymphoplastie ratée peut détruire une vie sexuelle puisqu’elle peut amener une perte de sensibilité et donc de plaisir chez la femme.

Laurent Benadiba affirme : « Quand une patiente vient me voir, elle a déjà eu son cheminement psychologique. Après avoir eu une discussion avec moi, 90 % des femmes vont donner suite. » Cependant, l’opération n’est pas sans risques. « Les suites opératoires sont longues, il faut compter trois semaines à un mois de cicatrisation. Dans 10 % des cas, cela peut être très douloureux. La complication majeure, c’est surtout si les fils cassent trop tôt, dans ce cas-là, il faut attendre 2 à 3 mois pour pouvoir réparer », précise le chirurgien. Julie [prénom d’emprunt], opérée il y a deux ans, témoigne : « Au bout de deux jours, j’avais de plus en plus mal, je ne pouvais plus faire pipi, moi qui suis pourtant résistante ! Je me suis même évanouie aux toilettes à cause de la douleur et le lendemain, je ne savais plus marcher. En fait, j’avais des germes dans la vessie suite à une infection. En plus de cela, j’ai désormais une lèvre beaucoup plus grande que l’autre. Ceci dit, je ne regrette pas car de toute façon, ça ne pouvait pas être pire qu’avant. Et au niveau de la douleur, c’est supportable si on n’attrape pas d’infection. » Enfin, une nymphoplastie ratée peut détruire une vie sexuelle puisqu’elle peut amener une perte de sensibilité et donc de plaisir chez la femme.

© Marie Leprêtre

Une histoire d’argent

En Belgique, la nymphoplastie peut être remboursée par la mutuelle si elle est pratiquée dans un but réparateur. Cependant, les critères qui définissent si cette opération est réparatrice ou non sont quasi inexistants. « Dans certains articles, on parle de 3-4 cm mais mon travail, ce n’est pas de dire : trois centimètres j’opère, un centimètre je ne fais rien… J’essaie de voir avec ma patiente quelle est vraiment la gêne », précise le docteur Benadiba.

Certains médecins en font un véritable business, proposant à leurs patientes une réduction des petites lèvres pour plusieurs milliers d’euros.

La frontière entre la chirurgie réparatrice et esthétique est donc floue. Certains médecins n’hésitent d’ailleurs pas à profiter de ce flou et font passer une chirurgie esthétique pour une opération réparatrice afin de permettre le remboursement de l’acte, et donc d’en faciliter l’accès. D’autres encore se nourrissent des complexes féminins pour développer un véritable business, proposant à leurs patientes de se faire réduire les petites lèvres pour plusieurs milliers d’euros.

Nymphoplastie et excision

Nos sociétés occidentales distinguent la nymphoplastie et l’excision. Mais ces pratiques sont-elles si différentes ? L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) définit ainsi les mutilations sexuelles féminines : « Toutes les interventions incluant l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme ou toute autre lésion des organes génitaux féminins qui sont pratiquées pour des raisons non médicales ». Pour l’OMS, ces « interventions » au niveau du sexe féminin ne comportent aucun avantage pour la santé. Il s’agit de l’ablation de parties de l’appareil génital qui sont normales et saines, voire de l’ablation d’un organe sexuel à part entière pour le clitoris dans le cas de l’excision, une pratique aux conséquences ravageuses pour la santé.

La chirurgie esthétique pose beaucoup de questions aux personnes s’occupant des mutilations sexuelles féminines dites « coutumières. »

Dans ce cas, que penser de la nymphoplastie esthétique ? « La chirurgie esthétique pose beaucoup de questions aux personnes s’occupant des mutilations sexuelles féminines dites « coutumières », explique Fabienne Richard, directrice du Groupe pour l’abolition des mutilations sexuelles (GAMS). On a l’impression d’avoir une société à deux vitesses, que les femmes ne sont pas traitées de la même manière. » Ainsi, la conscience collective considère l’excision comme un acte dangereux qui doit être interdit, et la nymphoplastie comme un acte désirable.

Article initialement publié dans axelle n° 186 en février 2016 et mis en ligne à l’occasion de la sortie du numéro hors-série juillet-août 2017.

Le périnée est politique !

Zone du corps méconnue ou peu investie par les femmes, le périnée est entouré de tabous et de représentations négatives. Certaines décident pourtant de le (re)découvrir et en ressentent les effets sensibles et bénéfiques sur leur corps et leur santé.

Périnée, du grec peri naos, autour du temple, ou peri ineo, autour de l’entrée… Les encyclopédies médicales utilisent peu les images symboliques pour décrire cette partie du corps située entre l’anus et le vagin, nichée dans l’intimité des femmes. « Le périnée est toujours au cœur d’un discours technique et anatomique. Les médecins et les biologistes attribuent au périnée des rôles purement fonctionnels, notamment dans l’accouchement et la procréation. Il n’est jamais relié à la sexualité », observe Catherine Markstein, docteure féministe, cofondatrice de l’asbl Femmes et Santé.

Le périnée est toujours au coeur d’un discours technique et anatomique.

« Tout ce qui a trait au corps ou à la sexualité est entouré de tabous. Si notre époque est moins prude qu’auparavant, il existe toujours une ambiance répressive quand il s’agit de découvrir les plaisirs du corps. Les jeunes femmes ont plus de difficultés à explorer leur sexualité que les garçons, surtout si elles ne se masturbent pas », analyse de son côté Rina Nissim, naturopathe suisse, pionnière en Europe du mouvement pour l’autodétermination des femmes en matière de santé.

Périnée et douleurs

« Les médecins inculquent aux femmes l’idée que le périnée doit être « réparé », « rééduqué » après l’accouchement », constate Catherine Markstein. Elle dénonce l’approche technique du corps des femmes et l’infantilisation des femmes, emblématiques du patriarcat médical. « On leur dit que la rééducation est importante pour leur sexualité future, ou pour éviter l’incontinence. » Le périnée est donc entouré de représentations négatives et relié à un vécu douloureux, voire honteux, pour de nombreuses femmes. Et c’est sans parler de l’épisiotomie, l’acte chirurgical qui consiste à cisailler le périnée durant l’accouchement pour faciliter la sortie du bébé – « un acte trop systématique », considère Catherine Markstein qui n’hésite pas à le qualifier de « mutilation ». Elle s’indigne : « Ces discours méprisants dévalorisent la capacité des femmes à connaître leur corps ; beaucoup d’entre elles pensent que le périnée est un endroit raide entre l’anus et le vagin. On oublie qu’il a une fonction de plaisir et de santé ! »

© Julie Joseph

Renverser la mélodie

Loin des hôpitaux où elles se sentent malmenées et incomprises, des femmes organisent des séances collectives et participatives pour mieux appréhender leur corps, leur santé et leur sexualité. Ce mouvement d’autonomie, né à la fin des années soixante aux États-Unis, s’est particulièrement développé en Allemagne et en Suisse. « L’autonomie s’acquiert aussi par la connaissance. Mieux comprendre la santé, la maladie et les processus de guérison, c’est peut-être plus facile collectivement », nous explique Rina Nissim. Ces « groupes de conscience » ou « groupes de parole », comme elle les appelle, sont l’occasion d’associer les termes de « plaisir », de « santé », de « sensation » au périnée, à tous les stades de la vie des femmes. « On veut renverser la mélodie ! On sort du discours sur le périnée autour de l’accouchement. On explique que le périnée est une région merveilleuse, en intersection avec un ensemble de tissus musculaires, confie Catherine Markstein. Il forme un hamac pour soutenir le plancher pelvien. Il soutient notre colonne vertébrale. Il n’est pas un endroit technique mais vivant, la source de notre vitalité ! » Autant d’images et de symboles qui changent des planches anatomiques souvent incompréhensibles…

Prendre sa santé en main

« Chaque femme a son histoire, parfois violente. À partir du moment où nous nous réapproprions notre périnée comme un ensemble de muscles sources de plaisir et de confort, des expériences joyeuses peuvent refaire surface », poursuit Catherine Markstein. Et Rina Nissim d’insister sur la dimension du plaisir lors de ces rencontres : « Si nous abordons le problème de manière frontale, que nous analysons d’emblée l’oppression, ça coince. Autant le prendre à la rigolade, avec plaisir. Dédramatiser… » Un changement de paradigme qui passe aussi par un nouveau vocabulaire. « Le périnée est selon moi une appellation anatomique, analyse Rina Nissim. Je l’utilise donc uniquement quand je parle de posture ou de musculation. Dans ma pratique quotidienne, je préfère parler de vagin, de vulve, d’ovaires… Des termes plus politiques qui renvoient au plaisir et à la sexualité. Je leur donne même une voix et une vie. Je les anime ! »

On se dégage de l’emprise des médecins, des familles, de tous ceux « qui savent mieux que nous ». On prend notre santé en main !

De la parole, les femmes passent aussi à l’action, à travers le mouvement du self-help – qu’on peut traduire par « s’aider soi-même, auto-assistance, entraide entre femmes ». Ce mouvement comprend notamment la pratique de l’auto-examen gynécologique. « On veut sortir du privé, partager les expériences, briser les solitudes, explique Rina Nissim, on ose regarder comment on est faites, on laisse tomber les tabous qui envahissent l’imaginaire collectif, on se dégage de l’emprise des médecins, des familles, de tous ceux « qui savent mieux que nous ». On prend notre santé en main ! », conclut-elle.

Article initialement publié dans axelle n° 173 en novembre 2014 et mis en ligne à l’occasion de la sortie du numéro hors-série juillet-août 2017.

Clitoris, le nec plus ultra

Organe du plaisir féminin par excellence, le clitoris est encore trop souvent méconnu, dénigré, maltraité. Orgasmique et politique, cette petite perle de chair qui trône sur la vulve est une star incontestée de notre hors-série.

Une fois n’est pas coutume, commençons par une brève leçon d’anatomie. Car le clitoris n’est pas ce qu’il semble être… Vu de l’extérieur, c’est un petit bouton, quelques grammes de chair lisse et brillante situés à la croisée des petites lèvres. Mais il ne s’agit que de la partie émergée de l’iceberg. Tapi derrière la vulve, le clitoris mesure en réalité douze à quinze centimètres ! Et son architecture interne est surprenante : il a la forme d’un « Y » inversé, d’un bâtonnet surmonté d’un petit gland (la seule partie visible à l’extérieur) et doté à l’autre extrémité d’une double arche. Ces deux branches, qui sont des corps caverneux, sont en grande partie responsables du plaisir sexuel ressenti à l’intérieur du vagin. Elles s’étirent le long des grandes lèvres, à l’intérieur de la vulve, qui sont elles-mêmes doublées d’une autre paire de branches en forme de gouttes d’eau, les bulbes, de part et d’autre du vagin. En d’autres termes : sans stimulation de la partie interne du clitoris, pas d’orgasme vaginal !

  • À écouter sur France Culture : La fabuleuse histoire du clitoris… (5 min.)

Plus de 8.000 terminaisons nerveuses

L’orgasme vaginal continue pourtant d’être présenté comme le Saint Graal de la sexualité féminine. Il suffit de feuilleter la rubrique « sexe » du premier magazine féminin à portée de main pour s’en persuader. L’orgasme clitoridien est immuablement présenté comme un simple amuse-gueule. Comparé aux parois vaginales, peu innervées donc peu érogènes, le clitoris est pourtant un véritable concentré de nerfs : il hébergerait plus de 8.000 terminaisons nerveuses. À titre de comparaison, le gland du pénis n’en compte que 6.000.

De nombreuses femmes ignorent cependant l’étendue de cette merveilleuse mécanique, faute d’informations sur le sujet. Plusieurs initiatives tentent aujourd’hui de changer la donne.

Osez le clito ! Une campagne d’Osez le féminisme ! (1′ 39)

L’association française Osez le féminisme ! a par exemple lancé une campagne de sensibilisation intitulée « Osez le clito ! » en 2011. Une chercheuse française en sociologie des sciences, Odile Fillod, a créé la maquette d’un clitoris en 3D, imprimable et libre de droits, à des fins pédagogiques. Autre belle initiative : celle de la jeune réalisatrice québécoise Lori Malépart-Traversy, qui a conçu Le Clitoris, un petit film d’animation aussi drôle que lumineux sur les vertus cachées de cet organe, et qui a eu un succès fou dans les festivals de cinéma. « En lisant l’article relatif au clitoris sur Wikipédia, je me suis rendu compte que même à 25 ans, il y avait beaucoup de choses que j’ignorais sur mon propre corps, nous explique-t-elle. C’est une démonstration claire que le sexisme est encore très présent, au point qu’on ne connaît pas bien ou qu’on cherche à cacher l’anatomie des femmes. » Contactée par plusieurs associations d’éducation sexuelle, elle a décidé de mettre son film en accès libre sur internet.

« Le clitoris » – documentaire animé (2016) de Lori Malépart-Traversy (3′ 17)

« Le mépris de l’homme »

Pour comprendre pourquoi, aujourd’hui encore, le clitoris est dénigré, perçu comme un organe sexuel de second rang, il faut remonter dans le temps.

Documentaire sur l’histoire du clitoris pour ARTE (2′ 57)

Entre la Renaissance et le 19e siècle, le clitoris était considéré comme un pénis miniature et comme l’organe central du plaisir féminin, qu’il soit partagé ou solitaire… Au 18e siècle, il était même surnommé « le mépris de l’homme » !

Mais à la fin du 19e siècle, le regard médical sur le clitoris a changé dans les sociétés occidentales. « On assiste alors à une remise en question collective du clitoris comme organe de jouissance féminin. D’autres organes, tels le vagin et le col de l’utérus, sont mis en avant, explique l’historienne Sylvie Chaperon, spécialiste de la sexualité féminine. Le clitoris, pensé comme un petit pénis, ne convenait plus à cette époque qui affirmait la fondamentale différence des sexes et la passivité de la nature féminine. Mais dans les deux cas, la comparaison systématique avec le pénis dit bien à quel point on est dans une économie du savoir phallique dans laquelle l’homme est le sujet universel. »

Extrait du film d’animation de Lori Malépart-Traversy, « Le Clitoris »

Le psychanalyste autrichien Sigmund Freud est l’héritier de ce courant de pensée. En proclamant qu’il y aurait des étapes de développement psycho-sexuel chez les femmes et les hommes, il a popularisé l’idée selon laquelle les femmes « clitoridiennes », frustrées de ne pas avoir de pénis, auraient une sexualité « infantile » et que la sexualité des femmes mûres serait vaginale, car celles-ci désireraient avoir non pas un organe sexuel masculin mais… un enfant.

Mutilations

Ce changement de regard aura des conséquences directes sur la sexualité des femmes. Alors qu’au 19e siècle en Europe, les massages clitoridiens sont préconisés par certains médecins pour soigner des maux « typiquement féminins » (comme l’hystérie, la neurasthénie, les céphalées…), avec la grande peur de la masturbation, considérée comme très pathogène, des clitoridectomies sont pratiquées à titre curatif dès les années 1820. Les mutilations génitales continuent d’être pratiquées dans le monde pour s’assurer de la bonne moralité des épouses. Selon un rapport publié par l’Unicef en 2016, 200 millions de femmes seraient aujourd’hui excisées, principalement dans les pays d’Afrique et d’Asie du Sud-Est.

Symbole de l’autonomie sexuelle des femmes, le clitoris dérange, inquiète les sociétés patriarcales. Les féministes et les artistes femmes l’ont bien compris et en ont fait un symbole d’empowerment, à l’instar de la réalisatrice française Houda Benyamina, qui a reçu la Caméra d’or l’an dernier à Cannes pour son film Divines. Dans son discours de remerciements, elle a ainsi salué l’audace du sélectionneur de la Quinzaine des réalisateurs (sic), Édouard Waintrop, en détournant une expression typiquement machiste, affirmant fièrement : « T’as du clito ! »

Les règles : « On n’en parle pas, alors que c’est juste un peu de sang »

Journaliste suédoise, Anna Dahlqvist a enquêté sur la perception des règles à travers la planète. Elle en a tiré un livre à la fois dédramatisant sur les règles et alarmant sur la crise sanitaire à laquelle font face, chaque jour, des millions de femmes dans le monde. Entretien.

Comment aborde-t-on les règles dans le monde ?

« Partout dans le monde, partout, les règles sont liées à la honte, au silence ou au secret. C’est la base qui affecte ensuite toute la vie concrète. Tu dois adopter un certain comportement pour éviter la honte publique. C’est possible en Suède, avec l’accès aux toilettes et aux protections hygiéniques. Mais la honte intérieure reste, sans pouvoir se l’expliquer. Juste le fait de ne pas être autorisée à en parler en public est un signe. Mais lorsque c’est combiné avec le manque de ressources, on a des problèmes pour aller à l’école ou au travail. Dans certains pays d’Afrique ou d’Asie, des filles doivent rester à la maison au lieu d’aller à l’école. Celles qui vont quand même à l’école ou au travail, avec un bout de tissu, restreignent alors leurs gestes, totalement hantées par la peur d’être salies par du sang. »

« Le silence est une catastrophe », écrivez-vous.

« Il y a un problème d’accès aux toilettes et à l’eau dans le monde entier. Si on n’a que du tissu et qu’on n’a pas accès à de l’eau propre et à du savon, on ne peut pas laver ce bout de tissu. On ne peut pas le sécher parce qu’on doit le cacher. Ainsi, la protection ne peut pas être propre et sèche, et ça crée des infections bénignes. Seulement, quand on n’a pas accès à des soins médicaux, les complications peuvent affecter le système immunitaire, la fertilité, augmenter le pourcentage de fausses couches. Comme l’ont montré des études en Inde, il y a des liens avec la transmission du VIH, le papillomavirus ou le cancer de l’utérus. Et bien sûr, le simple fait d’avoir une infection est un problème, ça fait mal, ça gratte. Ça augmente encore plus la honte. C’est un cercle vicieux, qui freine la reconnaissance de ce problème de santé publique. »

© Rupi Kaur et Prabh Saini

Pourquoi tant de honte ?

« C’est un lourd tabou. Je peux parler des règles sans problème aujourd’hui, mais quand j’ai commencé, je me suis rendu compte que ça me posait problème. Ça me faisait bizarre, j’étais gênée. Même ma voix changeait quand je disais « les règles », elle était un peu plus basse… Et puis, bien sûr, je cachais toujours mes tampons quand j’allais aux toilettes. Non pas que l’on devrait marcher en montrant ses tampons, mais il n’y a aucune raison de les cacher autant. Je le fais parfois encore. Mais j’essaie d’éviter, comme un petit geste politique qui pourrait participer au changement.

J’essaie d’éviter de cacher mes tampons, comme un petit geste politique qui pourrait participer au changement.

Donc c’est difficile, même pour les féministes, car on a longtemps lutté pour ne pas être victimes de nos corps et ne pas être réduites à cette barrière biologique qui peut nous rendre vulnérables. De fait, des arguments biologiques ont été utilisés contre nous, les femmes. Mais je pense aussi que nous devons comprendre que considérer les règles comme une faiblesse, c’est une interprétation patriarcale. On ne devrait pas y croire. »

Comment concrètement des femmes qui ont leurs règles sont-elles mises à l’écart ?

« En Inde, on ne peut pas aller au temple hindou quand on a ses règles, sous peine d’être punie. Chez les orthodoxes, tu n’es pas censée prendre l’hostie. Côté travail, au Bangladesh, des femmes ouvrières du textile ne vont pas travailler quand elles ont leurs règles. Quand il a été prouvé à certaines entreprises qu’elles perdaient de l’argent à cause de l’absentéisme, elles ont mis en vente des protections hygiéniques dans les usines. C’est un début, mais il faut aussi des poubelles et des toilettes qui fonctionnent. Et autoriser les femmes à quitter leur poste de travail… »

Les entreprises comme Procter & Gamble sont présentes en Afrique, Asie et Amérique du Sud, mais vous écrivez : « Elles favorisent la stigmatisation et la honte. » Pourquoi ?

« Elles s’impliquent, parce qu’il y a de l’argent à se faire. Elles donnent des protections hygiéniques, mais c’est du court terme. Les politiciens disent : « On a fait notre part. » Et ensuite ? Au Kenya, des femmes vendent leur corps pour acheter leurs protections. Proportionnellement, c’est comme si un paquet de huit serviettes hygiéniques coûtait 80 euros en Belgique. C’est un produit de luxe. Et on devrait déjà commencer par là, même en Suède ou en Angleterre [à ce sujet, relire « Tampons : la coupe est pleine », axelle n° 183, ndlr]… »

Pourquoi l’évolution de la perception des règles met-elle tant de temps ?

« Nous vivons dans une société patriarcale : les études sur les femmes ne sont pas la priorité, d’où le manque d’innovation. C’est un problème de femmes, ce n’est pas considéré comme un problème humain. C’est aussi lié au système reproductif, à la sexualité. Et puis, les règles sortent du corps, elles sont impossibles à contrôler. Il y a un côté infantile et ça, ça rend aussi honteuse. »

Alors, à l’inverse, l’idéal pour vous serait-il de dire : « J’adore mes règles » ?

« Non, il faut de la place pour les deux. Je déteste mes règles et j’adore mes règles. C’est personnel. Mais le but est de faire en sorte que ce soit une discussion publique, en les aimant ou en les détestant, tout en n’ayant pas honte.

Considérer les règles comme une faiblesse, c’est une interprétation patriarcale.

Mettre quelque chose de positif dessus est nouveau. Et c’est bien. On se moque des artistes qui font des peintures avec du sang menstruel, mais on n’en voit jamais ! Ça peut avoir différentes couleurs, et ça fait peur parce qu’on n’en parle pas. Alors que c’est… juste un peu de sang. »

 

Avortement, sexualité : des Irlandaises défient l’emprise religieuse

Les Irlandaises ne peuvent toujours pas avorter, sauf si leur vie est en danger. Dans ce pays, la religion contrôle toujours la sexualité des femmes, malgré un affaiblissement du pouvoir de l’Église depuis vingt ans. Mais une nouvelle génération de femmes se rebelle.

«  Abrogez le huitième amendement ! Quand ? Maintenant ! » Ce lundi 6 mars 2017, à Dublin, la capitale irlandaise, une trentaine de femmes scandent des slogans pour le droit à l’avortement. Depuis 1983, le huitième amendement voté par référendum stipule que « le droit de la vie de l’enfant à naître » est égal à celui de la femme qui le porte. Les Irlandaises encourent donc jusqu’à quatorze ans de prison si elles avortent dans leur pays. Cette mention, écrite noir sur blanc dans la Constitution irlandaise, confirme l’emprise de l’Église catholique sur le corps des femmes.

En trente ans, la loi a peu changé. Cela ne fait que quatre ans que l’avortement est autorisé, uniquement si la vie de la mère est « en danger ». En Europe, l’Irlande est l’un des pays les plus restrictifs sur ce droit, avec la Pologne, Malte et Chypre. Seuls 52 avortements au total ont été pratiqués légalement sur le territoire en 2014 et 2015.

Reprendre en main sa sexualité

Chaque jour, en moyenne 10 femmes se rendent au Pays de Galles et en Angleterre pour avorter (quant à l’Irlande du Nord, elle interdit totalement l’avortement…). Lorsqu’elles peuvent se le permettre financièrement. Sans compter le montant du trajet et du séjour sur place, l’acte médical coûte entre 400 et 1.800 euros, selon le Planning Familial irlandais.

Cela permet aux femmes de reprendre en main leur sexualité, car elles peuvent avorter chez elles sans passer par un médecin.

C’est pour cette raison que ce lundi matin, les militantes du collectif irlandais Rosa – « Résistance contre l’Oppression, le Sexisme et l’Austérité », créé début 2013 par des membres du Parti socialiste – font la promotion des pilules abortives à l’University College Dublin (UCD), la plus grande université d’Irlande. « Cela permet aux femmes de reprendre en main leur sexualité, car elles peuvent avorter chez elles sans passer par un médecin », développe Rita Harrold, la porte-parole de Rosa, sweat-shirt noir avec un huit barré blanc et mégaphone à la main.

(Note : Selon les militantes de Rosa, il est important d’être accompagnée par une personne de confiance lors des deux prises de pilule à domicile. Un·e médecin militant·e se tient à disposition en ligne si les femmes ont des questions ou des inquiétudes. En cas de complications après une prise de pilule, les membres du collectif conseillent d’aller directement voir sa/son médecin généraliste ou de se rendre à l’hôpital, et de prétendre faire une fausse couche.)

Cette nouvelle organisation pro-choix se bat pour l’émancipation féminine au sens large. Rosa lutte également contre les mesures d’austérité qui ont aggravé les conditions de vie des Irlandaises, déjà précaires, depuis la crise économique et financière de 2008.

Pendant une demi-heure, les sympathisantes ont distribué aux étudiant·es, pressé·es d’aller en cours, un tract détaillant les démarches à faire en ligne pour se procurer ces pilules et comment les utiliser. Ensuite, pour continuer leur sensibilisation, elles sont parties pendant trois jours faire un tour d’Irlande dans le « bus de l’avortement », en passant par les villes principales et les campus universitaires.

Ce lundi 6 mars 2017, à Dublin, la capitale irlandaise, une trentaine de membres du collectif féministe ROSA préparent une action pour le droit à l’avortement. Ensuite, pour continuer leur sensibilisation, elles partent pendant trois jours faire un tour d’Irlande dans le « bus de l’avortement », en passant par les villes principales et les campus universitaires. © Manon Gustave

Les destinations ne sont pas choisies au hasard. Ce mouvement est porté par la nouvelle génération irlandaise. Dans le bus, les visages sont jeunes, la moyenne d’âge tourne autour de 25 ans. Autre aspect non négligeable : ce type d’action organisée chaque année par Rosa permet aussi de discuter de sexualité avec les jeunes. Car, arrivé·es à l’université, les Irlandais·es sont novices sur le sujet. La raison ? L’Église catholique contrôle la majorité du système éducatif, de l’école maternelle au secondaire : tout y est enseigné selon la morale chrétienne, sexualité comprise.

Apprentissage de l’abstinence

La plus jeune passagère du bus, Beulah Ezeugo, 18 ans, sort tout juste du secondaire, et voit désormais la différence. « À l’université, il y a des associations féministes qui parlent de sexualité ; mes amis qui ont le même âge que moi et qui ne sont pas à l’université n’ont pas accès à ces informations… », regrette l’étudiante en sciences sociales à l’UCD. Beulah Ezeugo se rappelle une anecdote révélatrice : « Une fois, lorsqu’on a parlé de contraceptifs, l’enseignante a dit qu’il valait mieux faire vœu d’abstinence pour éviter tout problème. » L’avortement était lui très rapidement abordé en classe de religion, « mais pas autant qu’il aurait fallu. »

Beulah Ezeugo a dû faire sa communion et sa confirmation pendant sa scolarité alors qu’elle se considère non-croyante. Hormis sa mère et son beau-père, catholiques pratiquant·es, personne ne croit en Dieu dans son entourage proche : « L’Église catholique n’a plus autant de pouvoir qu’auparavant. » Dans le pays, l’athéisme augmente. Selon le dernier recensement publié cette année, un·e Irlandais·e sur dix se dit « sans religion », contre 2 % en 1991.

Conflits d’intérêts entre l’État et l’Église

Aujourd’hui, l’accès aux informations se fait sur internet où la parole sur la sexualité se libère. Adele Brady, une militante âgée de 26 ans, nuance cependant : « Parler ouvertement de l’avortement reste encore tabou, car c’est considéré comme un acte criminel. » Les blocages persistent. Le problème principal, pour la jeune femme, réside dans le gouvernement actuel, encore très religieux. La députée de la « gauche alternative » Ruth Coppinger, figure de l’opposition à l’Assemblée et l’une des fondatrices de Rosa, approuve : « La classe dirigeante continue de contrôler le corps des femmes, mais la jeune génération ne l’accepte plus. »

La classe dirigeante continue de contrôler le corps des femmes, mais la jeune génération ne l’accepte plus. 

Les collusions de l’Église dans le monde politique ne datent pas d’hier. En s’émancipant de l’occupation britannique et en créant l’État libre d’Irlande en 1922, les révolutionnaires de l’époque ont formé un gouvernement très conservateur. La place de l’Église catholique dans la société se renforce, les rôles entre hommes et femmes sont distincts. « La femme irlandaise idéale se devait d’être une mère mariée au foyer, explique Mary McAuliffe, historienne spécialiste des femmes à l’UCD. Il est même inscrit dans la Constitution qu’il est préférable que les femmes restent à la maison ! »

Celles qui ne correspondaient pas à ce modèle, les mères « illégitimes », tombées enceintes alors qu’elles étaient célibataires, étaient montrées du doigt. Bien souvent pauvres, ces femmes n’avaient plus d’autre choix que d’aller dans un « foyer mère-enfant » pour « obtenir rédemption » ou, pour les « pécheresses » récidivistes, dans les « blanchisseries de la Madeleine », des couvents tenus par des religieuses où les femmes lavaient le linge gratuitement du matin au soir. Du 19e siècle jusqu’au milieu des années 1990, plus de 70.000 femmes, d’après les estimations basses, sont passées par ces institutions que l’État a soutenues.

Refus de stérilisation dans les hôpitaux

« Le contrôle de l’Église reste encore très insidieux », atteste Siobhan, une Dublinoise de 28 ans qui travaille dans l’éducation et préfère, pour cette raison, garder l’anonymat. Outre l’enseignement, c’est dans le système médical que ce contrôle persiste. Des congrégations chrétiennes dirigent la plupart des hôpitaux irlandais ou détiennent les terrains sur lesquels sont construits ces établissements de santé financés par l’État.

À cause de cette mainmise, certains actes et médicaments ne sont parfois pas autorisés, pour des raisons « éthiques » : il est arrivé, par exemple, que des femmes en chimiothérapie se voient refuser la délivrance de la pilule contraceptive ; on a appris en avril qu’un hôpital dublinois n’avait – volontairement – aucun stock de contraceptifs pour ses patientes. Siobhan a été directement confrontée à ce veto. Pour une stérilisation, elle a appelé tous les hôpitaux de Dublin, en vain. « C’est un hôpital catholique », lui a-t-on lancé au téléphone. Faute de mieux, la jeune femme a dû se déplacer dans une clinique privée se situant à une heure en voiture de la capitale et débourser plus de 2.000 euros.

Alors, comment assurer que tout acte médical puisse être effectué sans intervention religieuse et accessible à toutes ? La question est d’actualité. En 2018, l’Irlande va organiser un référendum pour une légalisation de l’avortement. D’ici là, les collectifs pro-choix tels que Rosa continuent d’être sur le terrain, de faire pression sur le gouvernement et de demander la séparation de l’Église et de l’État.