Inde : les victimes du « trafic d’épouses » veulent se faire entendre

Par N°229 / p. 19-22 • Mai 2020 | conectionconection Contenu complet (pdf)
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Au nord-ouest de l’Inde, dans l’État de l’Haryana, des milliers de jeunes filles sont « importées » chaque année depuis des régions défavorisées pour y être mariées à des célibataires contre quelques centaines d’euros. Ce trafic plonge les victimes dans un esclavage sexuel, domestique et agricole. Dans la région de Mewat, ces femmes s’organisent pour faire entendre leur voix.

La trentaine, Sanjida avait une quinzaine d'années quand des hommes l'ont enlevée à la sortie de l'école, dans l'Assam, pour l'emmener de force en Haryana et la vendre à Mobin, son « mari ». Ses parents ont mis six ans à la retrouver. © Laurent Hazgui

Rekha a trouvé refuge dans le jardin d’un temple hindou planté au milieu d’un terrain vague, à l’abri du bruit et de la foule. Dans son sari à carreaux, équipée d’un balai en paille, elle entretient le lieu en échange d’un pécule. Le gage d’une indépendance chèrement acquise. « Mon mari était déjà veuf quand il m’a achetée pour l’assister au quotidien », se souvient-elle, assise au bord d’un sommier tressé.

« Celle qui a un prix »

Collé à New Delhi, au nord-ouest de l’Inde, l’État de l’Haryana, comme les régions voisines, est le théâtre d’un trafic d’épouses. Originaire d’une région pauvre de l’est du pays, Rekha a été vendue par sa famille et « importée » par son « mari ». Elle est devenue une paro : en hindi, celle qui a un prix.

En tête des sujets de préoccupation des paros (en hindi, « celles qui ont un prix »), les violences physiques et psychologiques qu’elles endurent toutes, exercées par leur conjoint ou leur belle-famille. Ces dernières ne leur reconnaissent pas le statut et les droits réservés aux épouses, à commencer par l’héritage. À la mort du mari, souvent beaucoup plus vieux qu’elles, la plupart se retrouvent entièrement démunies. Rekha fait figure d’exception, mais elle l’a payé au prix fort. © Laurent Hazgui

Dans ce commerce synonyme d’esclavage domestique, sexuel et agricole, aucun rituel ne vient sceller le serment des couples. Nul dignitaire hindou ou musulman ne préside de cérémonie. Une fois la transaction conclue, les « épouses » ne bénéficient d’aucun droit. « De toute sa vie, mon mari ne m’a jamais donné une roupie », poursuit Rekha. Avant de mourir, il a certes accepté de lui léguer sa maison, mais sa femme a failli le payer de sa vie. « Ma belle-famille a essayé de me tuer pour la récupérer. Ils m’ont battue, menottée et blessée avec une machine agricole », reprend-elle en montrant sur son bras une cicatrice grosse comme un œuf. Depuis, Rekha a vendu sa maison pour s’installer dans une chambre qu’elle loue. « Je m’en sors difficilement, mais je suis heureuse de vivre seule. »

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