Ouganda : la survie économique des femmes en terre d’exil

Par N°228 / p. 25-28 • Avril 2020 | conectionconection Contenu complet (pdf)
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Parmi les 1,3 million de réfugié·es qu’accueille l’Ouganda, pays en paix au milieu de voisins en guerre, la majorité sont des femmes. Dans les campements de la première terre d’asile africaine, certaines suivent des formations professionnelles et montent leur « business », quand d’autres se regroupent en coopératives. Pour ces femmes en exil, la lutte pour se reconstruire et s’émanciper est quotidienne.

Campement de Kyaka II. Dix-sept femmes réfugiées se sont regroupées dans la coopérative agricole Wamama Kanisani pour partager ressources et savoir-faire. La plupart sont des victimes de violences sexuelles et sexistes. © Maïa Courtois

Le long d’un chemin sablonneux traversant le campement de réfugié·es de Rwamanja, au sud-ouest de l’Ouganda, une jeune femme attend sur une chaise que le temps s’écoule. Dans des gestes lents, elle trie des échalotes. Chaque fois qu’une moto passe, soulevant un nuage de poussière, elle se redresse : peut-être un·e client·e ? Dans le local d’à côté, sa jeune voisine, Jonaliese Kabugho, s’affaire à grand bruit.

« J’étais partie chercher de l’eau avec ma sœur… »

Jonaliese est la seule femme du campement à avoir fait de la ferraille son métier. Visage tout en rondeur, cheveux coupés court et casque de chantier sur la tête, la jeune réfugiée de 26 ans fait de la place dans son atelier pour nous accueillir et nous raconter son parcours depuis son départ de République démocratique du Congo (RDC) en 2014. « J’étais partie chercher de l’eau avec ma sœur quand il y a eu une attaque et tout le monde s’est mis à courir. Nous avons dû fuir aussi », se souvient celle qui a grandi dans la région de Kivu, voisine de l’Ituri. Depuis la fin officielle de la deuxième guerre du Congo en 2002, ces provinces, riches en minerais, sont meurtries par des milices se les disputant et commettant de graves exactions sur la population civile.

Rwamanja. Seule femme ferrailleuse du campement, Jonaliese Kabugho fabrique un grand nombre de valises pour les élèves du voisinage, réfugié·es ou Ougandais·es. © Maïa Courtois

Avant de monter son activité, la jeune femme a bénéficié de formations professionnelles proposées par Fin Church Aid, une ONG finlandaise partenaire du Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) des Nations Unies : d’abord en agriculture puis comme assistante de langues, avant d’être initiée au travail de la ferraille. Débutant avec un capital de 300.000 shillings ougandais (74 euros), elle vend aujourd’hui ses productions – comme des valises pour écolier·ères, empilées au fond de son local – au voisinage, sur les marchés hebdomadaires du campement, mais aussi aux Ougandais·es vivant au-dehors, dans le district de Kamwenge.

Les formations proposées par les ONG sont également ouvertes aux Ougandais·es : certain·es vivent aux côtés des réfugié·es dans les campements, semblables aux villages du reste du pays. Dans les secteurs de la coiffure, de la boulangerie comme de l’agriculture, les formations « s’adressent aux catégories vulnérables, en particulier les femmes en danger ou victimes de violences sexistes et sexuelles », explique Duniya Aslam Khan, responsable de la communication du HCR en Ouganda. Arrivant généralement avec peu de ressources, ces femmes « ont une plus grande responsabilité dans la prise en charge de leur famille, ce qui a pour conséquence de les exposer à davantage de risques d’exploitation », souligne-t-elle. Jonaliese en témoigne : rares sont celles qui subviennent à leurs besoins grâce au business du « buy and sell » (achat et revente avec un profit), l’activité majoritaire dans les campements. Autour d’elle, un certain nombre « ont commencé à avoir des rapports sexuels pour survivre. »

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