L’échelle des douleurs

Par Hors-série N°225-226 / p. 82-84 • Janvier-février 2020 | conectionconection Contenu complet (pdf)
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La douleur, c’est une sensation physique ou émotionnelle pénible. Une sensation très concrète, éprouvée dans son corps. Cependant, le regard porté par une société sur la douleur est variable, malgré les diverses échelles que la médecine utilise pour tenter de la quantifier. Entre l’ancestral « Tu accoucheras dans la douleur », l’indémodable « Il faut souffrir pour être belle » et leurs divers sacrifices, les femmes sont particulièrement concernées par les sens divers donnés à la douleur, qui vont jusqu’à impacter les parcours de soin.

© Marion Sellenet pour axelle magazine

« Tu enfanteras dans la douleur », c’est ce qui est écrit dans la Bible. Longtemps, on a prêté une fonction morale à cette douleur. Dans les années 1950, une méthode d’accouchement sans douleur (ASD) est créée en URSS. Elle se base sur la conviction que l’accouchement est indolore. Les douleurs ne seraient pas physiologiques mais le résultat d’un conditionnement inadapté des femmes. Bien préparées à l’accouchement, elles n’auraient pas mal…

Accoucher : avec ou sans douleur ?

La diffusion de cette méthode en Europe, notamment par le Parti communiste français, poursuit un objectif médical mais aussi politique : démontrer la supériorité de la science soviétique sur la science « bourgeoise » en pleine guerre froide. Mais une partie de la profession reste opposée aux techniques de soulagement de la douleur. Comme ce gynécologue catholique belge qui s’inquiète dans le journal de la Ligue des familles nombreuses, car lorsqu’une biche met bas sous anesthésie, elle ne garde pas son petit au réveil. En 1956, le pape Pie XII se prononce sur le fameux « Tu enfanteras dans la douleur » : il s’agit d’un constat et non d’une obligation. Si des techniques nouvelles permettent de soulager les douleurs, elles peuvent être utilisées.

Dans les années 1960, les féministes descendent dans la rue et les femmes sont plus nombreuses à accéder à des positions professionnelles où leurs voix portent. Elles remettent en question les discours qui poussent à la maternité, forcément belle et heureuse. Elles font aussi savoir que les douleurs de l’accouchement sont bien réelles. Néanmoins, l’ASD a profondément changé la vision de l’accouchement, notamment en ce qui concerne l’accompagnement des femmes, qu’on retrouve dans les diverses méthodes de préparation à la naissance, le plus souvent en marge de l’hôpital. Au sein de celui-ci, depuis les années 1980, la péridurale s’est largement imposée. Elle représente un réel progrès. Mais elle est aussi moins chère et moins longue à mettre en place qu’un accompagnement de qualité des femmes, dans un contexte d’économie dans les soins de santé. Elle est actuellement remise en cause par une partie des femmes et de la profession. Elle représente la médicalisation croissante qui supplante les capacités des femmes à accoucher.

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