Sheila Watt-Cloutier, la sentinelle qui venait du froid

Par Hors-série N° / p. 44-45 • Juillet-août 2019 | conectionconection Contenu complet (pdf)
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Dans son essai récemment traduit Le droit au froid, la Canadienne Sheila Watt-Cloutier, issue du peuple inuit, nommée pour le prix Nobel de la paix en 2007, livre un vibrant plaidoyer pour la reconnaissance du bien-être environnemental comme un droit humain fondamental. Elle montre que la colonisation, la modernisation forcée, l’exploitation des ressources et le dérèglement climatique ont déstructuré la communauté inuit.

Sheila Watt-Cloutier © Stephen Lowe

Une « Inuk sentinelle » (Inuk pour le singulier, Inuit au pluriel). Voilà comment Sheila Watt-Cloutier se présente et décrit son peuple : « des chasseurs qui sont comme des sentinelles, postées au sommet du monde, voyant venir le danger et sonnant l’alarme, prévenant l’humanité avant que n’arrive le désastre ». Car ce qui se déroule là-bas aujourd’hui annonce ce qui va se produire demain ailleurs. La glace qui fond, les pesticides qui s’infiltrent, les structures sociales qui s’écroulent, les violences qui augmentent, les savoirs traditionnels qui se perdent… Tels sont les éléments du désastre que cette figure incontournable de la défense des droits humains présente dans son ouvrage Le droit au froid. Le droit, comme dernière perspective pour les Inuit de sauver ce qui demeure de leur culture et de leur autonomie économique.

Une vie témoin des bouleversements

Le droit au froid, Sheila Watt-Cloutier, Éditions Écosociété 2019. 360 p., 25 eur.

Sheila Watt-Cloutier, née en 1953 à Kuujjuaq dans le nord du Québec, a connu une enfance de glace et de neige, élevée par sa mère et sa grand-mère. Adolescente, elle est envoyée, comme de nombreux/euses autres enfants inuit, dans une école au Canada. Au fil de ses retours à la maison, elle verra sa terre se modifier en profondeur. « J’ai vu les traditions ancestrales faire place aux usages du Sud. J’ai vu des communautés dispersées ou profondément transformées par les politiques gouvernementales. J’ai vu la sagesse traditionnelle des Inuit supplantée par les programmes et les institutions du Sud. J’ai vu fondre ce que nous avions cru éternel : les glaces et les neiges de l’Arctique », écrit-elle…

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