Thaïlande 2020 : La parole des femmes s’est libérée

Par N°238 / p. 20-23 • Avril 2021 | conectionconection Contenu complet (pdf)
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Cet automne, la Thaïlande a connu des manifestations sans précédent. Dans le cortège, des femmes ont appelé à en finir avec une société jugée patriarcale. Pour cela, elles n’ont pas hésité à s’en prendre aux militaires, à la monarchie et à la religion bouddhiste, les trois plus grandes institutions du pays. Si aujourd’hui le mouvement semble s’essouffler, ces activistes sont parvenues à porter pour la première fois des questions féministes sur le devant de la scène. Récit.

Kornkanok Khumta prend la parole devant une foule de manifestant·es pour dénoncer les stéréotypes de genre (octobre 2020, Bangkok). D.R.

Il n’y aura pas de véritable démocratie sans égalité entre les sexes.” Pendant six mois, Kornkanok Khumta, “Pup” de son surnom, est descendue quasi quotidiennement dans les rues de Bangkok. Pancarte dans une main, mégaphone dans l’autre, elle a marché aux côtés des milliers de manifestant·es venu·es réclamer davantage de démocratie dans ce pays dirigé par des militaires depuis un coup d’État en 2014. Comme Pup, de nombreuses femmes ont décidé de crier leur colère marquant ce mouvement inédit par leur présence et leur courage face à un système jugé trop conservateur. Portées par cet appel au changement sans précédent, elles en ont profité pour mettre sur le devant de la scène un autre combat : les droits des femmes.

Kornkanok Khumta, dite “Pup”, manifeste à Bangkok en octobre 2020. D.R.

Avec plusieurs activistes et aidée de nombreuses bénévoles, Pup a créé le Front de libération féministe de Thaïlande. L’objectif : critiquer les stéréotypes de genre et les relations de pouvoir inégales, militer pour un meilleur accès à l’avortement ou encore pour la fin des taxes sur les protections hygiéniques.

“Nous sommes dans une société fondamentalement patriarcale”, dénonce Pup, qui n’hésite pas à s’en prendre aux trois piliers de la société thaïe : l’armée, la monarchie et le clergé bouddhiste. “La Thaïlande est à 80 % bouddhiste, une religion où seuls les hommes peuvent atteindre le plus haut grade, celui de moine. Notre vie politique est majoritairement menée par des hommes… Et la personne la plus respectée du pays est le roi, encore un homme.”

“Si on veut la liberté, alors la politique ne suffit pas”

Cette ancienne étudiante en sciences politiques est une habituée des manifestations. Dès le coup d’État de 2014, elle proteste contre le pouvoir des militaires. Aujourd’hui, celle qui travaille dans une ONG dédiée à améliorer la condition des femmes en prison refuse de séparer combat pour la démocratie et combat féministe. “Le mouvement pro-démocratie dit vouloir se battre pour la liberté. Si on veut l’atteindre, la politique ne suffit pas parce qu’il faut prendre en compte toute la population. En Thaïlande, les membres de la communauté LGBT et les femmes ne sont pas libres”, martèle Kornkanok Khumta.

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