Violences conjugales : « L’alcool ? C’est l’excuse toute trouvée »

Par N°267 / p. 38-47 • Avril-juin 2026 | conectionconection Contenu complet (pdf)
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Le constat judiciaire est sans appel : beaucoup d’auteurs de violences rejettent la faute de leurs actes sur l’alcool consommé avant ou pendant les faits. « Je n’étais pas moi-même, j’avais bu. » Pas dupes, mais un peu désespéré·es, les juges tentent de démêler les deux problématiques depuis les tribunaux. Quitte à constater un abus d’alcool en marge de faits de violences dans le couple, autant essayer d’y remédier avec les outils judiciaires, d’autant plus si cette consommation excessive a participé au passage à l’acte… Voilà désormais trois éléphants assis côte à côte en salle d’audience : la violence, la masculinité et l’alcool.

Illustration © Chlode pour axelle magazine

Les voisin·es appellent la police après avoir entendu des cris dans la rue pendant plusieurs dizaines de minutes. Il est 3h50 du matin, au cœur de l’été. La patrouille arrive et interpelle un homme et une jeune femme qui expliquent s’être disputé·es avant de perdre leur clef de voiture dans un parterre de verdure. « Rien d’autre ne s’est produit », indique l’homme. La police rapporte dans son procès-verbal qu’il semble être sous l’influence de l’alcool.

La patrouille récolte ensuite le témoignage d’un promeneur passé par là entre 3 et 4 heures du matin avec ses chiens. Il a vu l’homme pousser la jeune femme, puis donner des coups de pied dans le vide. Ce promeneur a passé son chemin sans leur laisser ses coordonnées « parce qu’il était pressé ».

Enfin, la police obtient d’un voisin une vidéo de 22 secondes. L’homme qui cherchait sa clef crie sur la jeune femme : « Ta gueule, je vais te donner un shot. Qu’est-ce qu’il y a ? », puis crie encore. « Je vais te donner un shot, qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce que t’as pas compris ? » Il jette la victime au sol, continue de crier, lui tire les cheveux, se tient au-dessus d’elle. Elle le repousse en s’exclamant « Arrête ! T’es malade ou quoi ? », à cela il rétorque « T’essaies de taper mon tibia ? » Elle continue de répliquer « T’es malade ou quoi ? T’es complètement malade ».  L’homme s’écarte de la jeune femme et la vidéo prend fin.

C’était en juillet 2025. Deux mois et demi plus tard, en plein automne, l’homme passe devant la 66e chambre du tribunal de première instance francophone de Bruxelles, spécialisée en violences intrafamiliales. Le ministère public le poursuit pour des coups volontaires avec la circonstance aggravante d’avoir commis les faits sur une personne mineure. La jeune fille n’a pas porté plainte et ne s’est pas constituée partie civile. Elle était « juste un peu écorchée au coude », d’après ses déclarations à la police. Lors de son audition, elle a tout de même éclairé les inspecteurs/trices sur la nature de sa relation avec le désormais prévenu : ami de longue date, domicilié chez elle depuis un an, cohabitant de fait, « on se fréquente, on est amis avec des relations sexuelles ».

Des aveux à chaque étape

Pour juger cet homme, la juge Sophie Morel dispose du procès-verbal et des déclarations faites à la police…

 

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