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Quel fut votre parcours professionnel avant de devenir l’hôte de Créatrices ?
« À l’origine, je viens du théâtre, de la production plus précisément où j’ai accompagné pas mal de projets. J’ai aussi fondé Alternative Culture, une asbl qui accueille différentes idées, notamment en éducation permanente qui est un axe très important pour moi. J’ai toujours eu une curiosité pour la radio et la création sonore. En 2017, j’ai mis les pieds dedans via un atelier et j’y ai pris goût. Je trouve que le son est un outil fort qui permet aux imaginaires de fonctionner à une époque où l’on est submergé·es d’images. »
De quels constats est née l’envie de tendre le micro à toutes ces créatrices ?
« C’est une idée qui est venue collectivement avec Sabine Panet [rédactrice en chef d’axelle, ndlr]. Au sortir du confinement, on avait travaillé ensemble sur le projet Le Front du vivant à une époque où il n’était pas donné de pouvoir aller à la rencontre de tous ces témoignages. Ensuite, on a réfléchi et imaginé cette série de podcasts : Créatrices.
Un univers sonore accompagne l’épisode.
Au départ, l’idée était d’aller vers les femmes de théâtre, de littérature, du chant. Quelque chose de plutôt artistique, mais les créatrices sont aussi celles qui façonnent, les artisanes, donc. Il y a aussi eu directement la volonté que je n’apparaisse pas dans le montage final. Que ce soit une interview classique, sans l’être vraiment. Et puis, il fallait aussi qu’il y ait un univers sonore qui accompagne l’épisode. C’est un challenge à chaque fois de retourner sur leur lieu de travail et de prendre du son. »
Et puis, il y a aussi l’envie de montrer qu’il ne faut pas forcément une histoire hors norme ou une célébrité retentissante pour être une créatrice. Les femmes que vous rencontrez viennent de tous horizons, mais on peut se reconnaître dans chacune d’elles.
« Oui, c’est ça aussi Créatrices, c’est raconter le commun. Certaines des femmes que je rencontre me disent d’emblée qu’elles ont un parcours banal et rien à raconter, mais je pense qu’on a toutes une histoire et que ce n’est pas des banalités. Mon envie est de proposer un récit intime, sans voyeurisme ni sensationnalisme. De donner la parole à des femmes plus connues et d’autres qui le sont moins ou dans une sphère plus restreinte. Et toutes sont sur le même pied d’égalité. »
Vous avez rencontré une vingtaine de femmes aux profils variés : chorégraphe, conteuse, DJ, ferronnière, graffeuse, etc. Qu’est-ce qui les lie toutes entre elles ?
Leur autre point commun, l’énergie folle qu’elles procurent.
« Je dirais leur opiniâtreté, dans le sens positif. Leur persévérance, leur persistance à continuer de travailler, de créer. Toutes ont été confrontées, à des échelles différentes, aux violences de genre. Et peut-être qu’elles ne l’identifient pas forcément comme ça, mais elles ont toutes été face à des barrières liées au fait d’être femme. Je pense à celles qui créent de leurs mains et font un métier qu’on associe « à la force physique » comme Charlotte Burgaud, designeuse, ou Mathilde Laborier qui est ferronnière. Pareil pour des artistes comme Myriam Leroy [autrice et réalisatrice, ndlr], Bwanga Pilipili [comédienne et metteuse en scène, ndlr] ou Cathy Min Jung [directrice du théâtre Le Rideau, ndlr] qui ont dû faire preuve de tellement de force mentale pour résister aux attaques. Et puis leur autre point commun, c’est aussi l’énergie folle qu’elles procurent. Je ressors de chaque rencontre en me disant qu’elles l’ont fait et que ça nous donne une raison de tenir. »
Vers quels profils aimeriez-vous prochainement aller ?
« Il y a encore tellement d’univers où j’aimerais amener mon micro ! Je pense notamment au stand-up. Avec la rédaction d’axelle, on réfléchit à plusieurs noms et j’espère que l’une de nos prochaines créatrices sera une humoriste. Je fais attention à ne pas graviter uniquement autour du théâtre, mais c’est de là que je viens et ça m’attire naturellement. Peut-être la chanson aussi ? La variété ? »
Vous m’avez confié que vous redoutiez un peu l’exercice d’être interviewée plutôt qu’intervieweuse. Comment préparez-vous vos entretiens ? Que mettez-vous en place pour que ces femmes puissent se livrer longuement ?
Faire de la place aux silences, aux cheminements.
« L’idée, c’est de me préparer, mais pas trop. Je me documente sur ce qu’elles font, mais je ne veux pas arriver en sachant tout d’elles pour laisser place à la spontanéité de la rencontre, à l’improvisation. C’est aussi la beauté du son : pouvoir laisser courir le fil des pensées, faire de la place aux silences, aux cheminements. Le vrai travail d’orfèvre commence après. Chacune des rencontres dure environ deux heures et je dois ensuite la réduire à 30 minutes d’épisode, tout en respectant le propos qui m’a été confié et en pensant aux auditeurices et à ce que je leur donne à entendre. »
En plus d’offrir de la visibilité aux talents, vous faites un réel travail d’archivage avec Créatrices. Notamment en documentant comment notre société et notre histoire fonctionnent aujourd’hui et restent inégalitaires…
« Au départ, je n’avais pas conscience de cet aspect-là. On voulait faire entendre les voix de celles qui osent et ont osé. Mais petit à petit, j’ai réalisé que ces témoignages devaient s’inscrire dans les mémoires, qu’ils sont de précieux documents et qu’ils peuvent effectivement jouer ce rôle d’archives. Est-ce que c’est politique ? Forcément. Et c’est certainement plus que jamais nécessaire. »