Myriam Leroy : le refus d’être réduite au silence

Par N°223 / p. 36-37 • Novembre 2019 | conectionconection Contenu complet (pdf)
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Conte tragique, le deuxième roman de la Belge Myriam Leroy, sélectionné pour le prix Médicis, construit la fiction de la descente aux enfers d’une femme journaliste dans l’espace numérique. Haletant, Les Yeux rouges tend des miroirs et renvoie l’image terrible du harcèlement qui prolifère sur le web, et de ses effets très réels.

Myriam Leroy © Astrid di Crollalanza

Le deuxième roman de la journaliste, écrivaine, réalisatrice de documentaire Myriam Leroy, décrit l’engrenage du harcèlement sur internet, là où des types s’inventent une personnalité, déversent leurs opinions et poursuivent l’objet de leur fantasme. Elle-même victime de harcèlement en ligne, Myriam Leroy met en place un procédé narratif dans lequel la narratrice disparaît – presque – complètement (elle relate ce qui lui arrive sans parler d’elle-même). Une mise à distance qui amplifie la perception de son sentiment d’impuissance et ajoute des surfaces de réflexion, chacun·e devant pouvoir s’apercevoir dans l’une ou l’autre, voire plusieurs. Quand la justice, après le monde médical, amical, intime… vient placer son propre miroir devant l’héroïne, le final laisse K.-O. Rencontre avec l’autrice sur coin de canapé, entre jeune chien fou et tasse de thé.

Seuil 2019, 192 p., 17 eur.

Formellement, le livre prend un point de vue original, pourquoi ce choix ?
« Le harcèlement, c’est redondant par essence. L’enjeu de forme était très important. Cette histoire ne pouvait être racontée de manière juste que si la voix de la narratrice disparaissait. Si je n’avais pas fini par le mettre au point, je n’aurais pas publié. La douleur, l’horreur se trouve hors-champ, ce qui la rend encore plus terrible : cette impuissance totale quand la machine médiatique se met en marche, que tu es complètement dépossédée de ton expression. Tu es comme un chat pris dans les phares d’une voiture. Tu vois la voiture arriver et tu ne sais pas te dégager du chemin. C’est comme ça que je me sentais et c’est ça que j’ai voulu faire sentir dans le dispositif narratif. »

On ne peut effectivement pas s’empêcher de s’interroger sur la part autobiographique…
« Je me base sur des éléments de ma vie pour écrire un roman où tout est vrai, mais rien n’est exact. C’est de l’autofiction. C’est comme ça que je trouve le plus juste de l’expliquer. La narratrice me ressemble, mais ce n’est pas tout à fait moi. »

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