Réduire son empreinte écologique : une charge « environne-mentale » pour les femmes ?

Des femmes mettent en place des gestes au quotidien pour réduire leur empreinte environnementale. Comment le vivent-elles ? Sont-elles les seules à porter ces efforts ? Elles ont répondu à notre appel à témoignages.

Manger local, faire soi-même ses produits de lessive et de vaisselle, acheter en seconde main, rouler à vélo, utiliser une coupe menstruelle… Campagnes de sensibilisation, articles de presse, groupes Facebook ou ouvrages en librairie nous appellent à réduire notre empreinte environnementale en adaptant et modifiant nos gestes quotidiens.

Sachant que ce sont toujours les femmes qui s’attellent, largement plus que les hommes, aux tâches domestiques et aux charges relatives à la parentalité – alimentation, mobilité, etc. –, l’appel à réduire l’empreinte environnementale s’adresse-t-il particulièrement à elles ? La réduction de l’empreinte environnementale constitue-t-elle, après la double journée de travail rémunéré et de travail domestique, la « troisième journée » des femmes ? Peut-on parler de « charge environnementale », en référence à la « charge mentale », un concept popularisé par la dessinatrice française Emma  (qui s’est d’ailleurs, elle aussi, récemment intéressée à la relation entre les femmes et la transition écologique) ?

Prenons l’exemple du zéro déchet, une pratique de plus en plus tendance. Il s’agit de réduire au maximum sa quantité de déchets en achetant en vrac, en troquant les langes jetables contre les couches lavables, en utilisant des disques démaquillants en tissu, des récipients réutilisables, etc. Barbara est passée au zéro déchet depuis janvier : « J’achète toute ma nourriture en vrac ou en récipients consignés, je fais mes produits de ménage et d’hygiène moi-même, j’utilise des protections hygiéniques réutilisables. J’achète tout en seconde main », explique-t-elle. Elle ne changerait « pour rien au monde » et y a même trouvé des avantages économiques. Seul hic pour cette étudiante, cela prend un peu plus de temps : « Je dois faire trois magasins au lieu d’un. »

Du temps… et de la place

Pour Amélie, « le principal obstacle, c’est l’organisation et la réflexion. L’organisation, surtout, pour le zéro déchet : faire les courses au magasin de vrac, moins accessible, faire des menus de la semaine, anticiper ses besoins alimentaires pour éviter de passer au supermarché… Il faut de la réflexion pour changer ses habitudes, trouver des marques et des produits plus sains, éthiques. On doit prendre le temps de chercher du matériel de seconde main sur internet, d’apprendre à faire des choses soi-même… » Et de constater : « Ces démarches prennent pas mal d’espace dans mes pensées et, parfois, ça m’empêche de me concentrer sur ce que j’étudie… »

J’ai l’impression d’avoir fait une régression en renonçant à ce qui me facilitait la vie.

Un sentiment rapporté par d’autres femmes ayant témoigné. « J’ai l’impression d’avoir fait une régression en renonçant à ce qui me facilitait la vie », explique Catherine, qui redoute, en reprenant son travail, de devoir arrêter ce qu’elle a mis en place : remplacer le jetable par du tissu, faire un compost, coudre ses vêtements, aller au Repair café. En plus du temps, elle souligne aussi la nécessité d’avoir de la place. « Cela prend de la place de stocker en attendant de recycler ou de donner. Le fait d’utiliser du non-jetable entraîne aussi plus de lessive et de vaisselle. Sans parler du sac à main, alourdi par la gourde, la boîte à pique-nique et le thermos. » Avons-nous toutes, avec nos âges, nos situations familiales et socioéconomiques différentes, la place, l’espace et les épaules ?

© Diane Delafontaine pour axelle magazine

« C’est toujours moi qui… »

On le constate : les tâches quotidiennes impactées par la réduction de l’empreinte environnementale sont relatives au foyer : alimentation, ménage, etc. Des tâches traditionnellement dévolues aux femmes et réalisées gratuitement. Questionner la réduction de son empreinte écologique, c’est donc aussi questionner la répartition des tâches domestiques. Car quand les tâches verdissent, les inégalités subsistent.

En gros, la vaisselle, le nettoyage prennent plus de temps qu’avant. J’ai donc laissé tomber, sans regret et sans remords.

Amandine raconte sa participation à un atelier zéro déchet : « À l’atelier auquel j’ai participé, il n’y avait pas d’hommes. J’ai testé les produits du livre et ceux de l’atelier. Outre le fait que je trouve que ça demande du temps en préparation, je n’ai pas trouvé les produits très efficaces… C’est normal, m’a-t-on dit lors de l’atelier, il faut frotter plus fort. Bref, en gros, la vaisselle, le nettoyage prennent plus de temps qu’avant. J’ai donc laissé tomber, sans regret et sans remords. Pour tous ces aspects-là, je trouve que c’est un gros, gros recul. »

Amandine souligne par contre que d’autres gestes, comme la consommation d’énergie et d’eau ou l’utilisation de transports alternatifs à la voiture, lui semblent répartis plus équitablement.

Quant aux idées, elles viennent souvent des femmes, ce qui prend aussi de l’énergie. « C’est toujours moi qui pousse notre couple » ; « C’est toujours moi qui réfléchis aux solutions vertes », témoignent deux femmes. Un sentiment de responsabilité qui peut entraîner de la culpabilité. Sophie confie : « Parfois, je n’ai pas le choix ou pas le temps de trouver une solution écologique et cela me fait mal au cœur. Je culpabilise de polluer. »

« Savoir ce que l’on consomme »

C’est un vrai exercice de réapprendre des méthodes et solutions économiques et écologiques oubliées.

Mais agir, c’est aussi retrouver du pouvoir et acquérir des savoirs. Si les femmes changent leur mode de consommation par souci de la planète, des autres, de leurs enfants, elles en tirent aussi une satisfaction. « Je pense que le capitalisme nous a volé notre « empowerment » [notre puissance, notre capacité d’agir, ndlr] à plein de niveaux et nous empêche de réfléchir en nous apportant des solutions, certes rapides et toutes prêtes, mais coûteuses et polluantes. C’est un vrai exercice de réapprendre des méthodes et solutions économiques et écologiques oubliées », explique Sophie.

D’autres témoignages pointent des effets transformateurs : « Savoir ce que l’on consomme », « ne pas abîmer mon corps avec des produits chimiques » ; éprouvent de la « liberté, [un] sentiment de bonheur. » Un sentiment de justice les anime aussi : « Je suis ravie de faire tous ces changements, car l’exploitation de la nature et des travailleurs, notamment du Sud, pèse sur ma conscience. »

C’est aussi l’occasion pour elles de créer des solidarités, de partager leurs connaissances. « J’habite près de Bordeaux où il y a un groupe d’écologirls très inspirant et me permettant de trouver de la solidarité. Pour faciliter l’aventure à deux ou en famille, il est important de rencontrer d’autres initiatives pour s’inspirer mutuellement », témoigne par exemple Amélie.

La « sur-responsabilisation individuelle »

Si les femmes reconnaissent être les « moteurs de changement », comme nous l’écrivent plusieurs d’entre elles, elles ne doivent pas être les seules – même en se serrant les coudes – à s’impliquer pour la planète. Une meilleure répartition des tâches dans le couple, par exemple, est nécessaire, mais pas suffisante. Car l’enjeu de la réduction de l’empreinte environnementale pose aussi la question de la « sur-responsabilisation individuelle ». On exige que chacun·e adapte son comportement pour sauver la planète. Or non seulement nous ne sommes pas tous·tes responsables de la même façon, mais surtout, les actes que nous pouvons poser ne dépendent pas que de notre bon vouloir.

Non seulement nous ne sommes pas tous·tes responsables de la même façon, mais surtout, les actes que nous pouvons poser ne dépendent pas que de notre bon vouloir.

Un article récent de The Conversation dénonce ainsi les dérives de la « sur-responsabilisation »  : « Les individus peuvent être orientés par de petits dispositifs situés pour choisir l’escalier plutôt que l’ascenseur, mais leur vie se présente rarement comme des séries d’options entre lesquelles choisir. La mobilité quotidienne est largement façonnée et contrainte par les réseaux et les infrastructures, les organisations familiales, l’aménagement du territoire, les décisions d’implantation des employeurs. L’alimentation est le produit de trajectoires sociales, mais aussi des infrastructures marchandes et des rythmes familiaux. »

Aude Vidal, militante écologiste et auteure de Égologie. Écologie, individualisme et course au bonheur, dénonce également les dérives de la « morale éco-citoyenne », qui fait peser tout le poids de l’urgence écologique sur les seuls individus. Elle nous donne un exemple et s’indigne : « Pendant que des lobbys d’agriculteurs du Tarn font construire des retenues d’eau pour continuer à irriguer le maïs, une culture peu adaptée au climat local, on est invités à ne plus laisser couler l’eau du robinet quand on se brosse les dents. »

À l’instar de ce que rappelle Ida dans son témoignage. Pour elle, les gestes individuels ne suffisent pas : « L’éducation, c’est la base pour un nouveau système social, culturel et économique. Elle doit commencer dans les écoles et se poursuivre. Le soutien des institutions publiques est nécessaire pour la promotion de certaines attitudes et d’une autre façon de consommer, mais il doit l’être aussi pour interdire des grandes surfaces commerciales ou la fast fashion. » Du zéro déchet, pourquoi pas, mais pas à 100 % sur le dos des femmes.

Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd : « Si l’océan meurt, nous mourrons »

Depuis 1977, les navires de Sea Shepherd sillonnent les océans pour lutter contre la surpêche et le braconnage en mer. Robin des Bois… des mers, les activistes de cette ONG privilégient l’action directe, non-violente, pour sauver les animaux marins. Lamya Essemlali, fondatrice et présidente de l’antenne française de Sea Shepherd, créée en 2006, alerte sur la situation dramatique des océans.

Vous êtes devenue membre de Sea Shepherd en 2005, après avoir rencontré le capitaine Paul Watson, le fondateur de cette ONG de défense de l’environnement pas comme les autres. C’est là qu’est né votre engagement militant pour les océans ?

« J’étais déjà très sensible à l’écologie quand j’ai rencontré Paul Watson mais c’est vrai que cette rencontre a marqué un tournant dans mon activisme. J’étais très séduite par la nature de son engagement, qui ne se contentait pas de protester ou dénoncer, mais qui consistait à être sur le terrain et à intervenir pour empêcher les atteintes à la vie marine.

De plus, défendre l’océan représentait un challenge important à relever pour moi, car il est difficile de susciter l’empathie des gens pour ce qui se passe en mer. L’océan reste très loin des yeux, du cœur et des consciences des gens. Ça s’est donc imposé assez logiquement pour moi comme la chose ultime à défendre. »

Sea Shepherd intervient directement en mer. Comment travaillez-vous ?

« Même si nous faisons aujourd’hui beaucoup de sensibilisation, notre cœur de métier reste la lutte contre le braconnage en mer. On intervient dans des aires marines protégées : protégées sur le papier, mais absolument pas dans la réalité.

Il y a un gouffre entre les lois et ce qui se passe réellement sur le terrain. La seule façon de stopper les braconniers, c’est d’être sur le terrain et de les empêcher concrètement d’agir en confisquant leurs filets, pas de faire des pétitions contre le braconnage. On n’a pas affaire à des gens qui ont une image de marque à préserver, mais à des criminels qui agissent dans l’ombre. Le problème, c’est que ça coûte de l’argent : il faut de la volonté de la part des gouvernements pour mettre en place des patrouilles, et, très souvent, ils ne le font pas. Étant donné que l’opinion publique se sent très peu concernée et ignore pour beaucoup l’étendue du carnage, il n’y a pas de pression citoyenne suffisante sur les gouvernements pour faire appliquer les lois.

Nous avons un double objectif : être sur le terrain pour protéger la vie, mais aussi attirer l’attention avec des actions coups de poing sur les abominations qui se passent en mer, à l’abri des regards. »

Lamya Essemlali : « Il faut garder à l’esprit que l’océan est la première machine de régulation du climat, avant les forêts. La première source d’oxygène, on la doit à la vie marine. » © Tara Lambourne / Sea Shepherd

Les femmes engagées au sein de Sea Shepherd sont-elles nombreuses ?

« Oui, et de plus en plus. On les retrouve à tous les niveaux, y compris à des postes-clefs : on a des directrices d’antenne, des capitaines, des pilotes-mécano, des cheffes cuistot, des cheffes de pont… Nous représentons aujourd’hui environ un tiers des activistes de l’organisation. »

Vous agissez de manière non-violente, mais quelles sont les réactions en face ?

« Cela peut parfois générer des réactions violentes, comme par exemple dans la mer de Cortés, où nous nous attaquons aux cartels mexicains qui se sont lancés dans un trafic de totoabas, un poisson en danger d’extinction. La vessie de ce poisson se vend au prix de la cocaïne sur le marché noir [en particulier en Chine, la vessie de ce poisson est réputée pour ses vertus thérapeutiques, ndlr]. Ce trafic est en train d’exterminer les vaquitas, les marsouins du Pacifique, dont il reste aujourd’hui à peine une dizaine d’individus.

Nous patrouillons dans la zone et nous confisquons tous les filets de pêche illégaux, ce qui nous vaut souvent d’être attaqués par des braconniers. Ils nous ont lancé plusieurs fois des cocktails Molotov et ils ont tiré sur le drone que nous utilisions pour repérer les filets, ils ont réussi à le détruire. Pour l’instant, on a la chance de n’avoir jamais eu de blessés graves, mais il n’est pas exclu qu’un jour, ça arrive, parce que la tension monte.

Il y a de toute façon un facteur risque sur nos missions, les membres de l’équipage sont prévenus avant d’embarquer, on leur fait même signer une décharge. Même si nous sommes non-violents, nous nous attaquons à des intérêts économiques importants et à des gens qui n’ont pas forcément les scrupules que nous pouvons avoir. »

Quelles sont les grandes menaces qui pèsent aujourd’hui sur l’océan ?

« La première menace, c’est la surpêche : les Nations Unies prédisent un effondrement des pêcheries d’ici à 2048, donc dans très peu de temps. On a doublé notre consommation de poisson en 50 ans. On utilise désormais des méthodes de pêche qui sont beaucoup plus performantes et qui ramènent pourtant de moins en moins de poissons. On est en train d’affamer les prédateurs marins : les dauphins, les phoques, les oiseaux marins… La pêche industrielle a causé un effondrement de 70 % des populations d’oiseaux marins au cours des 50 dernières années !

La deuxième menace, c’est la pollution plastique. Pour reprendre les prévisions des scientifiques, d’ici à 2050, il y aura plus de plastique que de poissons dans l’océan. Le plastique est devenu un prédateur marin qui tue tout, des plus petites formes de vie jusqu’aux baleines. L’océan est donc considéré à la fois comme un garde-manger et une déchetterie. Et après, il y a également une multitude d’autres menaces qui sont toutes liées à l’activité humaine : le trafic maritime, la pollution sonore, l’acidification de l’océan, évidemment aussi le réchauffement climatique. »

Lamya Essemlali © Tara Lambourne / Sea Shepherd

Comment agir, à un niveau politique et individuel ?

« Il y a deux mesures politiques fondamentales à mettre en place très rapidement : l’interdiction du plastique à usage unique et l’arrêt des subventions à la pêche industrielle. Cela changerait la donne pour l’océan. Tant que le plastique à usage unique n’est pas interdit, il faut que les gens essaient de l’éviter le plus possible, parce que c’est une arme mortelle qui est en train de tuer la mer.

Et il faut revoir notre rapport au poisson. Notre appétit en poisson est bien trop important par rapport à ce que l’océan peut fournir. Or, pour la plupart des gens, ce n’est pas un besoin vital. Mais c’est difficile d’alerter l’opinion sur ces questions-là, parce que les poissons n’ont pas malheureusement un fort capital sympathie. Regardez la façon dont on les considère : on les quantifie en tonnes — mais ça ne nous viendrait pas à l’idée de parler de tonnes de chiens ou d’éléphants. Les poissons sont vus comme de la pure marchandise, même pas comme des animaux. Cela empêche de s’indigner par rapport à la façon dont ils sont pêchés : on n’accepterait pas l’équivalent dans les abattoirs pour les animaux terrestres… Choisir de les laisser dans l’océan, c’est le meilleur service qu’on puisse rendre à la mer. Il faut garder à l’esprit que l’océan est la première machine de régulation du climat, avant les forêts. La première source d’oxygène, on la doit à la vie marine. Les poissons ont un rôle bien plus important à jouer dans l’océan que dans nos assiettes, ce sont des combattants du climat. »

Cela rejoint ce que vous dites souvent : « Si l’océan meurt, nous mourrons »…

« Complètement. On ne survivra pas sur cette planète sans un océan vivant. Et là, on est clairement en train de détruire l’écosystème marin. On a déjà éliminé 90 % des grands poissons, vous vous rendez compte ? On se bat pour les dernières miettes. Si on n’arrive pas à sauver ce qui reste, c’est foutu. Renoncer au poisson, c’est un bien petit sacrifice. »

Écoféminisme, un champ à défricher

L’écoféminisme est à la mode. Des articles et des livres sont écrits à son sujet, des sorcières se rassemblent aux manifestations… Mais au-delà de son image tendance, qu’est-ce que l’écoféminisme ? Quels sont les différents courants qui le traversent ? Que peut-il nous apprendre sur les réalités quotidiennes des femmes ? Plongée dans un mouvement pluriel.

L’écoféminisme est un concept qui lie l’écologie et le féminisme et qui serait né dans les années 1970. À cette période, en Inde, apparaît le mouvement « Chipko » contre la déforestation. Les femmes utilisent une stratégie non-violente : elles entourent les arbres de leurs bras pour empêcher qu’ils ne soient abattus. Au début toutefois, ces femmes ne se définissent pas comme écoféministes. Sophie Hustinx, écoféministe et travailleuse dans des plannings familiaux, explique : « Le mot « écoféminisme » aurait été utilisé pour la première fois en 1974 dans le livre Le féminisme ou la mort, de la Française Françoise d’Eaubonne. Elle fait le constat qu’il existe de nombreuses similitudes entre l’exploitation, la destruction de la nature et la domination que subissent les femmes. »

Il existe de nombreuses similitudes entre l’exploitation, la destruction de la nature et la domination que subissent les femmes.

Claudine Drion, chargée de missions au sein de l’asbl féministe Le Monde selon les femmes, précise : « C’est la base commune entre tous les écoféminismes, cette analogie entre la domination des humains sur la nature et celle des hommes sur les femmes. » Pour Sophie Hustinx, l’écoféminisme l’a aussi « fait réfléchir aux logiques de domination raciale, à la manière dont nous avons exploité les terres indigènes, décimé leurs occupants, considérés eux aussi comme hérétiques [comme les centaines de milliers de femmes ayant péri sur le bûcher pendant les « chasses aux sorcières », ndlr], et imposé une seule vision du monde. »

« Nous n’avons pas accepté l’empoisonnement des océans »

Une décennie plus tard, des milliers de femmes sont rassemblées à Arlington, aux États-Unis, pour la Women’s Pentagon Action. Elles manifestent contre les guerres, la nucléarisation de leur pays et la destruction de la planète. « Parmi elles se trouvait Starhawk, sorcière californienne, qui va mettre en mots « cette magie qui rassemble » dans son livre Rêver l’obscur. Femmes, magie et politique. C’est fascinant de se demander ce qui se passe pour que, à ce moment-là, des femmes reconnaissent leurs peurs et leur tristesse communes et décident de se relier entre elles par des actions collectives… », sourit Sophie Hustinx.

• Relire :  Starhawk et les nouvelles sorcières

Starhawk, éco-féministe américaine, mobilise les activistes dans le monde entier, notamment grâce à ses « rituels ». © Camille Wernaers

Au même moment, en Angleterre, le plus grand campement écoféministe se rassemble à Greenham Common, contre l’installation de missiles nucléaires sur une base de la Royal Air Force. « J’y ai participé sans le savoir car, dans ma colocation belge, nous avons hébergé des femmes qui s’y rendaient, se souvient Claudine Drion. Certaines avaient noté sur leur carte d’identité :  « Profession : Sorcière ». Nous étions dans les années 80, en pleine guerre froide ! Ce n’était pas très bien vu de s’en revendiquer au milieu d’une autre chasse aux sorcières [une chasse aux communistes, soupçonné·es d’être des espion·nes de l’Union soviétique, ndlr]. Le camp est d’abord mixte, puis un camp uniquement féminin se crée, dans lequel un grand nombre de lesbiennes radicales sont actives. Le camp va durer 19 ans. Celles qui l’ont occupé disent qu’il s’y passait une chose que l’on peut aussi retrouver dans les ZAD actuelles, les zones à défendre, comme celle de Notre-Dame-des-Landes en France. On y expérimente la vie que l’on voudrait vivre dans le reste de la société si on arrivait à y apporter les changements voulus. On y vit l’utopie. »

Dans les années 90, le mouvement semble s’essouffler mais il retrouve un nouvel écho dans les manifestations pour le climat de ces dernières années, comme l’analyse le recueil Faire partie du monde. Réflexions écoféministes. Les Canadiennes et coordinatrices du recueil, la philosophe Marie-Anne Casselot et l’éditrice Valérie Lefebvre-Faucher, écrivent : « Nous n’avons pas accepté l’empoisonnement des océans. La fonte des glaciers. La disparition des espèces. Le développement rageur qui consomme les gens et le territoire avec l’énergie du désespoir. Les guerres pour les ressources. La criminalisation des populations résistantes. La financiarisation de la fin du monde. Nous gardons les yeux ouverts sur les injustices, les catastrophes, et n’abdiquons pas. Nous sommes nombreuses à lutter sur le front de la justice sociale et sur celui de l’environnement, avec la conviction que ces combats sont liés. Féministes parce que les valeurs capitalistes et patriarcales de domination continuent de maintenir les conditions de destruction de la planète ; écologistes notamment pour des raisons de justice. »

« Traverser l’obscur », féminister la lutte

Des constats durs qui sont pourtant essentiels. Pour Sophie Hustinx, « Starhawk le dit dans son livre, il faut « traverser l’obscur », accepter de voir toutes ces réalités en face pour les déconstruire et ne pas les reproduire. On peut créer un autre monde, mais il faut d’abord prendre le temps de descendre en nous-mêmes. C’est un processus très douloureux : on se rend compte qu’on fait partie de ce système, qu’on a grandi dedans. Je ne me suis pas retrouvée dans le féminisme classique, qui était très dur, pour moi. J’avais besoin d’un climat bienveillant que j’ai découvert dans l’écoféminisme. »

« Faire partie du monde. Réflexions écoféministes », un recueil où l’on rencontre des femmes, surtout canadiennes, engagées aujourd’hui contre la destruction du monde. Éditions du remue-ménage 2019.

Marie-Anne Casselot et Valérie Lefebvre-Faucher identifient cette attention à prendre soin des autres quand on milite comme l’une des caractéristiques de l’écoféminisme, tout en critiquant son aspect genré dans un monde écologiste encore très masculin. « Combien de burn-outs, combien d’agressions, combien de désertions, de scissions et de projets avortés faudra-t-il encore pour que le militantisme écolo accepte de se débarrasser de ses fantasmes de coureurs des bois et de colons virils ? Pour qu’il comprenne que son antiféminisme ralentit les mouvements et bloque les alliances ? […] Il serait si reposant que ce fardeau du soin soit plus justement réparti pendant que nous marchons. Partager le souci, penser tous ensemble à des stratégies de relais, d’appuis, d’équilibre, au lieu de laisser le care aux femmes individuellement. Faire de la politique avec les enfants, cultiver le monde, bloquer les destructions en marche, en accueillant les contributions de chacun·e, même les plus faibles, les plus lentes ; au lieu de transformer les militant·es en soldat·es traumatisé·es. »

Et en Belgique ?

Face aux habituels experts masculins et blancs qui envahissent les plateaux de télévision pour parler des luttes écologiques, les écoféministes ont leurs propres penseuses : l’Américaine Starhawk, l’Indienne Vandana Shiva, la Française Françoise d’Eaubonne… Et en Belgique ? « Il n’y a pas eu de grand moment écoféministe dans notre pays, mais il y a des femmes qui s’y intéressent. La philosophe Isabelle Stengers, qui a préfacé la réédition du livre de Starhawk, la sociologue Benedikte Zitouni, Aline Wauters, qui fait des camps dans la nature avec des femmes, ou encore la politicienne Groen, Magda Aelvoet, qui a gagné son procès en collaboration avec Vandana Shiva contre une entreprise américaine qui voulait breveter le vivant », indique Claudine Drion. Sophie Hustinx précise : « On s’est créé un réseau souterrain comme les racines d’un arbre. Il y a plein de petites initiatives – les écoféministes se fichent de passer à la télé ! Nous avons plutôt créé des lieux où nous pouvons nous reconnecter à nous-mêmes. Je pense notamment à Teufs de Meufs à Charleroi, où on peut aller danser en non-mixité. On se crée nos propres rituels. » Pour elle, les réseaux sociaux sont « magiques » : « Grâce à eux, je peux me sentir proche d’une Iranienne ou d’une Indienne qui peuvent me dire directement comment je peux les soutenir dans leurs luttes. Je n’ai pas à parler à leur place. On se rend compte qu’on n’est pas seules, que l’écoféminisme concerne tout le monde. »

• Relire : Rencontre avec Mona Chollet : qui sont les sorcières d’aujourd’hui ?

En Belgique, certaines militantes se retrouvent dans le groupe Facebook « Les so.u.rcières pour le climat ». Elles se donnent rendez-vous pour les manifestations et créent des actions collectives, parfois appelées « rituels ». Sophie Hustinx se définit d’ailleurs comme une sorcière. « Alors qu’à la base, j’ai étudié le droit ! Je pense qu’il est important de renouer avec l’histoire de la chasse aux sorcières, et ce qu’elle dit sur ce que les femmes vivent encore aujourd’hui. Il est important de lier cette histoire à la naissance du capitalisme, qui a coupé le lien entre la nature et les gens. Ces féminicides ont servi à créer la peur dans les villages, à casser les solidarités… »

CC matheuslotero

Un mouvement pluriel

C’est peut-être la plus grosse différence entre les courants écoféministes (voir encadré ci-dessous) : d’un côté, l’écoféminisme « rationnel » et de l’autre, le « spirituel ». « Je me retrouve moins dans la partie spirituelle, faire des rituels, etc., même si je peux comprendre que certaines femmes en ont besoin », explique Claudine Drion.

« Reclaim », une anthologie de textes écoféministes présentés par la philosophe Émilie Hache, aux éditions Cambourakis, collection Sorcières, 2016. On découvre les textes des principales figures historiques du mouvement écoféministe.

Sophie Hustinx, quant à elle, souhaite sortir de la rationalisation : « Pour moi, demander à une écoféministe de donner un cours d’université, c’est comme essayer de faire entrer un rond dans un carré. Beaucoup de choses se passent au niveau du ressenti. On devrait arrêter d’utiliser le savoir technico-scientifique qui a été créé par des penseurs hommes pour des hommes. » Claudine Drion conclut : « Les écoféministes s’additionnent, s’apportent des choses les unes aux autres. Les enjeux écologiques et féministes sont trop importants pour qu’elles perdent du temps à s’opposer. » De fait, toutes les deux balaient les critiques « d’essentialisme » d’un revers de la main. Sophie Hustinx s’agace : « Qu’est-ce que ces critiques nous disent ? Qu’il ne faut pas dire que les femmes sont biologiquement plus proches de la nature, uniquement parce qu’elles sont des femmes ? Mais l’écoféminisme ne dit pas ça. Il dit que les femmes sont sociabilisées à prendre soin, à réparer, et qu’elles sont à même de comprendre les dominations qui s’exercent sur la nature parce qu’elles les vivent aussi. On retrouve d’ailleurs beaucoup de femmes dans les manifestations pour le climat. On ne veut pas renforcer les liens entre les femmes et la nature, on veut renforcer les liens entre tout le monde et la nature ! » Claudine Drion réagit : « C’est pour ça que, dans une société sexiste, il faut faire attention à ne pas reporter le coût de la transition écologique sur les femmes, comme avec le « zéro déchet » par exemple, avec la croyance que si chacun fait dans son coin, ça va changer le monde. C’est faux ! C’est ce que le capitalisme souhaite, nous pousser à tout faire individuellement, même la rébellion. »

Les femmes, pas toutes égales devant le climat

Le changement climatique frappe tout le monde, mais pas de manière égale. Pour faire face à ce grand défi pour l’avenir de notre planète, il faut impérativement tenir compte des « inégalités environnementales », défendent des chercheurs/euses, militant·es et citoyen·nes.

25 mars 2019, la place du Trône, à Bruxelles, est transformée en grand camping. L’action « Occupy For Climate » entend faire pression sur les élu·es politiques à quelques jours du vote sur la Loi Climat. À deux pas des tentes et des stands d’information se tient Léopold II, fier sur son destrier. Le socle de la statue a été tagué du slogan : « Pour une loi climatique décoloniale ».

Une militante afro-féministe, Aïda Yancy, prend la parole devant ce monument, symbole des heures les plus sombres de l’histoire belge. « Le mouvement pour la justice climatique est historique. L’occupation se déroule place du Trône au pied de la statue de Léopold. C’est l’occasion de faire un lien qui n’a pas encore été assez fait entre les luttes pour la justice climatique et les luttes décoloniales, dit-elle. Ce sont les multinationales et le système capitaliste qui produisent le réchauffement climatique. Dans le Sud, les gens vivent des conséquences encore plus grandes que nous. Ici aussi, les personnes les plus précarisées, racisées, subissent de plein fouet les dégradations environnementales. » Cette intervention met en lumière un enjeu qui échappe parfois aux mouvements engagés sur la question climatique : les inégalités environnementales.

« La dimension environnementale des inégalités sociales »

 « Les inégalités environnementales ne sont pas une nouvelle forme d’inégalités qui touchent des catégories nouvelles, elles forment la dimension environnementale des inégalités sociales », nous explique Catherine Larrère, philosophe française qui fut présidente de la Fondation de l’écologie politique. Elle met en lumière le fait que certains groupes sociaux ou catégories sociales souffrent plus des risques environnementaux que d’autres.

L’enjeu a été soulevé aux États-Unis, d’abord à travers la question du « racisme environnemental », dans la foulée du mouvement des droits civiques. Au début des années 1980, des militant·es se rendent compte que les déchets toxiques et les incinérateurs sont souvent placés à proximité des quartiers à population majoritairement noire. L’exemple le plus emblématique d’inégalités environnementales est l’ouragan Katrina en 2005. Ce sont les minorités ethniques, les personnes âgées et les personnes les plus précaires qui ont été les plus touchées, leurs quartiers étant souvent situés dans les zones inondables. L’ouragan et la gestion post-catastrophe ont révélé les corrélations existant entre les problèmes sociaux et environnementaux, et l’impact différencié des catastrophes naturelles sur la population.

Négociations gouvernementales : 20 mesures incontournables pour des organisations féministes de terrain

Hier, un ensemble d’associations féministes de terrain ont envoyé aux représentant·es des partis politiques une liste de 20 mesures « incontournables » qui, selon elles, doivent être prises en compte dans les négociations gouvernementales au niveau fédéral, régional et de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Fabienne Richard, directrice du GAMS Belgique, nous explique leur démarche.

20 mesures. À partir de constats qu’elles dressent quotidiennement, ces associations ont mis en commun des revendications spécifiques et ont appelé, ce mardi 11 juin, les partis politiques à les écouter et à prendre en compte leurs priorités au cours des négociations des accords de gouvernement.

« Nous nous sommes mises ensemble, dans l’urgence, pour partager nos revendications spécifiques, mettre en avant ce que nous avons en commun et rédiger un texte collectif, décrit Fabienne Richard, directrice du GAMS Belgique, signataire de l’appel. Sur le papier, ces revendications peuvent paraître un peu abstraites, mais derrière, ce sont des réalités des femmes qui n’ont rien de théorique. Et ces revendications ne remplacent pas les mémorandums qu’on a déjà envoyés avant les élections, qui étaient beaucoup plus détaillés. »

Lutte contre les violences envers les femmes, pension, régularisation, assurance autonomie ou encore allongement des congés de maternité et de paternité : les « incontournables » concernent différents niveaux de pouvoir, du fédéral aux régions en passant par la Fédération Wallonie-Bruxelles. « Nous avons déjà reçu des accusés de réception de plusieurs partis, mais nous voudrions bien sûr que l’on nous invite autour de la table pour aller plus loin que ce document très synthétique », précise Fabienne Richard.

Si elle doit retenir une priorité, c’est celle du développement d’un plan coordonné de lutte contre les violences, transversal à toutes les compétences, basé sur les recommandations du rapport alternatif de la société civile de février 2019 qui analyse la mise en œuvre de la Convention d’Istanbul en Belgique. « C’est fondamental pour nous toutes. Nous y avons beaucoup travaillé, avec la coordination de la Voix des Femmes, et cette mesure est absolument essentielle. »

Les organisations de terrain constatent en effet que, malgré la ratification de la Convention d’Istanbul en 2016, la Belgique ne respecte pas ses obligations pour lutter contre les violences faites aux femmes et ne dégage pas les moyens et mesures nécessaires. Dans leur rapport alternatif nourri de leurs expériences, les organisations féministes constatent également le recul d’une lecture des violences sous l’angle des rapports sociaux de sexe et, en parallèle, le développement d’un discours qui évince la responsabilité de la société et des pouvoirs publics. Elles réclament aujourd’hui que la Belgique, à tous les niveaux de pouvoir, se dote d’un plan coordonné de lutte contre les violences en évaluant les manquements à ses propres engagements internationaux et en prenant les mesures urgentes et nécessaires.

« Nous invitons les partis politiques à prendre contact avec nous », insiste Fabienne Richard. Les associations de femmes sont prêtes à mettre leur expertise à disposition des politiques : encore faut-il qu’elles soient entendues.

 

L’appel des organisations féministes aux partis et aux formateurs de gouvernements

À l’attention des partis politiques francophones et des formateurs de gouvernements. Nous, associations féministes travaillant dans la proximité et au quotidien avec les femmes, nous tenons à vous faire part des mesures incontournables que nous souhaitons voir dans les prochaines déclarations gouvernementales au niveau fédéral, régional et de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

1. Développer un plan coordonné de lutte contre les violences budgétisé et transversal à toutes les compétences qui se base sur les recommandations du rapport alternatif de la société civile consacré à la mise en œuvre en Belgique de la Convention d’Istanbul. Il s’agit notamment de :

– Reconnaître les violences de genre comme une persécution d’un groupe social (les femmes) donnant droit à la protection internationale ;

– Permettre l’accès à l’hébergement d’urgence à toutes les femmes, y compris à celles en séjour précaire.

2. Garantir l’accès des femmes à la Justice aussi bien par des mesures de soutien financier que par une meilleure prise en compte des situations des femmes ainsi que des injustices et discriminations qu’elles vivent.

3. Rendre le Service des créances alimentaires (SECAL) plus accessible, plus performant et le doter de moyens suffisants pour répondre aux besoins de TOU-TE-S les bénéficiaires :

– La suppression du plafond de revenus donnant droit à une avance sur pension alimentaire.

– La multiplication de points de contact de proximité par la mise en place d’antennes du SECAL dans les Maisons de Justice ;

– Le renforcement du personnel du SECAL ;

– Lancer une réflexion sur l’instauration d’un Fonds universel des créances alimentaires en Belgique.

4. Supprimer le statut de cohabitant·e dans une logique de couverture sociale individualisée, de revenu décent et de renforcement des solidarités tant au sein d’une famille qu’entre individus sans lien de parenté.

5. Prendre en compte le travail à temps partiel et les carrières morcelées dans toute politique en matière de pension.

6. Instaurer une trajectoire de prise en charge des mères et nouveau-nés après l’accouchement adaptée à chaque situation que ce soit à l’hôpital ou à domicile (et non l’imposition à toutes d’un retour rapide à domicile).

7. Supprimer l’assimilation au congé de maternité de la liste des absences pour maladie dans les 6 semaines précédant l’accouchement.

8. Allonger le congé maternité de 15 à 20 semaines minimum et le congé paternité de 10 jours à 2 semaines.

9. En matière de régularisation (article 9 bis de la loi du 15/12/1980), fixer dans la loi des critères clairs et permanents qui tiennent compte des femmes, de leurs parcours, de leurs expériences, des violences spécifiques qu’elles vivent, des attaches qu’elles ont développées en Belgique (emploi, école de leurs enfants, engagement associatif…) ainsi que de toute situation humanitaire urgente (maladie, impossibilité de retour au pays…).

10. Instaurer une assurance autonomie qui prend en compte tous les besoins, dans leur diversité : aide à domicile, services de répit, soins de nuit, mobilité et participation à la société, centres de jour…

11. Mettre en place un Crédit d’Heures d’Aide aux Familles (CHAF) : cent heures d’aide en services, accordé d’office, à toutes les familles, à l’occasion d’une naissance ou de l’adoption d’un enfant de zéro à trois ans.

12. Mettre en œuvre les engagements pris dans le cadre des Plans grande dépendance wallon et bruxellois adoptés en 2014 pour développer des places dans des services diversifiés à destination des adultes handicapé·es de grande dépendance.

13. Créer des logements en suffisance, accessibles financièrement, de qualité, adaptés aux besoins tout au long de la vie, avec une attention particulière aux situations d’urgence et de précarité qui caractérisent de nombreux parcours de vie de femmes. Il s’agit également de prendre des mesures pour éliminer les discriminations directes, indirectes et croisées (sexistes, racistes et classistes).

14. Poursuivre l’implémentation complète du statut de salariée pour toutes les accueillantes conventionnées à domicile de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

15. Intégrer explicitement la notion de genre (égalité fille/garçon et femme/homme) dans tous les décrets et textes officiels qui organisent l’enseignement.

16. Générer les conditions qui rendront effectives l’égalité et la diversité dans le paysage audiovisuel et médiatique en FWB, que ce soit dans les équipes qui composent les rédactions, au sein des ressources humaines et dans les contenus, afin que la société soit représentée dans son ensemble.

17. Mettre en place des mécanismes de transition écologique et sociale qui intègrent les principes d’égalité entre les hommes et les femmes et de lutte contre la précarité.

18. Organiser en collaboration avec les mouvements féministes des Assises des droits des femmes afin de dresser un bilan en matière des droits des femmes et d’adresser des recommandations précises à mettre en œuvre par les pouvoirs publics.

19. Appliquer de manière stricte la loi de gender mainstreaming adoptée par la Belgique en 2007, qui vise à intégrer, à tous les niveaux de prise de décision politique, une évaluation d’impact que ces décisions peuvent avoir sur les femmes et les hommes. Il s’agit également d’adopter une approche transversale des problématiques d’inégalité et des discriminations liées au genre, l’origine et à la classe et une vigilance quant à la manière dont ces discriminations interagissent et se renforcent.

20. Élaborer un plan de lutte contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance sur base d’une concertation avec les acteurs de terrain et en y associant également les organisations de femmes ayant une expertise en matière de croisement entre le sexisme et le racisme.

Le Collectif des Femmes de Louvain-la-Neuve, le GAMS Belgique, Le Monde selon les Femmes, le MEFH asbl, l’Université des Femmes, La Voix des Femmes, Vie Féminine, Be-Feminist.