Travailleuses domestiques sans papiers, la puissance de la grève

Ce 16 juin est la Journée internationale du travail domestique. C’est le jour qu’ont choisi les travailleuses domestiques sans papiers de la Ligue de la CSC Bruxelles pour faire grève, exiger la régularisation et visibiliser la nécessité du travail de soin, dévalorisé et peu reconnu. Cette grève est une première. Une journée de mobilisation à Bruxelles qui ponctue un long processus d’émulation collective, d’actions et de réflexions avec toutes les femmes de la Ligue. Rencontre avec Magali Verdier, animatrice au MOC Bruxelles.

La grève des travailleuses domestiques sans papiers a lieu à Bruxelles, ce 16 juin 2022 (photo D.R. Moc Bruxelles)

Comment est arrivée cette idée de faire grève le 16 juin ? Est-elle venue des femmes ?

“La Ligue a mené plusieurs actions depuis sa création il y a trois ans : un manifeste [avec la complicité de notre magazine, dans “Travailleuses domestiques en lutte, “Vous allez nous voir !””, axelle n° 225-226, à télécharger ici, ndlr], le film “Nous, les domestiques modernes”, des manifestations, des actions, une exposition de photos…

Durant un séminaire d’été, en juillet dernier, on a bossé sur les conditions de travail. De là est venue des femmes l’idée de faire grève, pour montrer que leur travail est indispensable. Dès septembre, on a commencé à préparer la grève, avec cinq femmes au départ. Elles seront quinze finalement à faire grève ce 16 juin. On a fait très attention de ne pas prendre, en tant qu’animatrices, nos désirs de syndicalistes, de militantes, d’activistes, pour des réalités, et de suivre le cheminement des femmes.”

Quel a été le processus ?

“Cela a commencé par la question de “C’est quoi la grève ?” et “Quel est le sens de la grève ?” Elles ont ensuite listé toutes les tâches qu’elles réalisaient : nettoyage, soin aux personnes âgées, aux enfants. Elles ont mis en valeur la partie affective de leur travail, la confiance qu’on avait en elles. Et de là, elles ont imaginé les conséquences sur la société si elles s’arrêtaient de travailler : une crise d’État, du soin aux autres, des couples qui se disputent car ils doivent prendre en charge les charges domestiques, les livraisons de nourriture par des coursiers, les gens qui s’arrêtent de travailler – et donc perdent leurs revenus – pour pouvoir faire tout ce qu’elles font.”

On est, dans le cas d’une grève des travailleuses domestiques, sur un autre territoire que celui de l’usine ; aussi, elles ne composent pas une masse ouvrière, elles sont seules. Comment préparer une grève dans cette configuration ?

“On a fait du théâtre-action pour identifier comment dire à son patron qu’on va faire grève. Les femmes ont identifié leurs ennemi·es et allié·es. Parmi les ennemi·es, elles ont directement évoqué Sammy Mahdi, secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration, Bernard Clerfayt, ministre du gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale chargé de l’Emploi … mais pas des patron·nes. Elles les ont placé·es au milieu, parce que stratégiquement, elles ne veulent pas se les mettre à dos. Elles ont voulu les sensibiliser à ce qu’ils soient de leur côté… Cela a débouché sur une lettre à leur donner. Elles y expliquent qu’elles luttent pour leurs droits, qu’elles font partie d’un syndicat, elles rappellent les différentes conventions, elles écrivent qu’elles subissent des violences, elles appellent à la régularisation, etc.”

Si ça se passe mal ce jeudi, qu’est-il prévu ?

“Concrètement, si une femme se fait mettre à la porte, nous irons collectivement faire pression au domicile de ce patron. Nous avons eu des doutes, certes, nous avons pensé aux risques occasionnés, mais je repense souvent à ce que dit Chiara Giordano [sociologue à l’ULB, et réalisatrice du documentaire “Auprès d’elles” sur les travailleuses migrantes de l’aide à domicile, ndlr] : “les femmes savent ce qu’elles peuvent faire avec leur patron ou pas”. Et cela se vérifie… Cela nous amène évidemment à la question de la solidarité nécessaire à l’organisation d’une grève.”

Justement, comment s’est construite cette solidarité, avec le syndicat, avec les autres travailleuses du soin avec et sans papiers, avec les féministes… ?

“Très vite, les féministes se sont associées avec la Ligue, à travers des collages, des réunions de préparation, un film de promotion. On a aussi travaillé à la solidarité avec les travailleuses  domestiques avec papiers. Car tant qu’il y aura des femmes sans papiers, on tire les salaires vers le bas. Il faut faire comprendre que le système économique repose sur l’existence du travail au noir mal payé. Nous sommes allées rencontrer des déléguées syndicales dans le secteur des aides à domicile, des aides-soignantes en maisons de repos, etc.  Il est ressorti de ces échanges sur leurs conditions de travail que le travail domestique est majoritairement exercé par des femmes migrantes et qu’il s’agit d’un travail dur et non reconnu.”

Comment cette grève a-t-elle été perçue dans le syndicat ? Veronica Gago, philosophe argentine et autrice de “La puissance féministe. Ou le désir de tout changer” (Divergences 2021) identifie plusieurs freins des syndicats au sujet des grèves féministes. Pour les résumer : ça pompe l’énergie d’autres actions, ça affaiblit les directions syndicales, ça laisse les hommes de côté, etc. Ça vous parle ?

“J’ai ressenti peu de ces arguments, sauf celui de “on n’a pas le temps, ça prend du temps sur le reste”. Cela n’a en tout cas pas été facile…  Mais la grève a mis à l’agenda la question des sans-papiers au sein du syndicat et nous montre l’importance de mettre “les marges au centre”, pour citer bell hooks, dans le travail syndical.”

Et avec le Comité des Travailleurs.ses migrants avec/sans papiers de la CSC Bruxelles ?

“La grève a été actée l’été dernier en présence des hommes. Les femmes ont reçu beaucoup de soutien de leur part et ont gardé une autonomie sur la préparation de cette grève. Par contre, et cela dépasse la grève, il est difficile d’articuler le travail de la Ligue avec le Comité car les espaces et le temps des hommes et des femmes sont différents. La grève, en tout cas, s’articule autour double, voire d’un triple enjeu : celui de s’allier avec les hommes sans papiers et de demander la régularisation de toutes et tous, mais aussi de mettre l’accent sur le travail du soin, exercé majoritairement par des femmes, et par des femmes avec et sans papiers.”

  • À écouter : Victorine Kumba, aide-soignante en maison de repos, raconte son expérience de l’histoire de la pandémie que notre aveuglement collectif sera tenté d’oublier, comme on cache la poussière sous le tapis. Victorine est l’une des voix de ces métiers du geste, essentiels et dévalorisés, qui prennent soin des corps délaissés, et aussi des âmes. Un récit qui charrie grands malheurs et petits bonheurs, comme la vie. 

Vous organisez un “parlement”. C’est à nouveau une façon créative de vous mobiliser…

“En effet, nous mobilisons beaucoup l’outil culturel pour nous mobiliser, c’est l’une des spécificités des mobilisations féministes. L’idée nous est venue du film de François Ruffin, Debout les femmes. C’est aussi la concrétisation d’une idée écrite dans le manifeste. On va faire une fausse commission des affaires économiques et emploi sur le thème des travailleuses domestiques. Les femmes seront les expertes du vécu et les gens sur le gazon seront les député·es. La fin du parlement débouchera sur une motion que nous déposerons en septembre.”

Rubrique :Catégories Mai-juin 2022Posté le :Publié le

Phénomène des piqûres en soirée : décrypter pour comprendre

“Agresseur, on te voit, victime, on te croit !” Mercredi 8 juin, une trentaine de personnes se sont rassemblées devant un café montois pour dénoncer les violences subies par les femmes en milieux festifs. En effet, la semaine dernière, dans cet établissement, plusieurs femmes auraient été victimes de soumission chimique, notamment par le biais de piqûres. L’une d’entre elles aurait porté plainte. Que se passe-t-il exactement ?

France, Lyon, 27 novembre 2021. Manifestation contre les violences sexistes et sexuelles. Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées pour cette mobilisation lancée par le collectif Droits des femmes 69. © Norbert Grisay / Hans Lucas via AFP.

Plus de 350 plaintes en France, 1.300 en Angleterre, une quinzaine chez nous à ce jour (9 juin 2022). Le phénomène du “needle spiking” (de l’anglais “needle”, aiguille, et “spiking”, l’action de faire ingérer ou d’injecter une drogue à une personne sans son consentement, lors d’une soirée ou d’un événement de foule) n’est pas nouveau, mais il semble connaître une recrudescence ces derniers mois.

Les symptômes physiques et psychologiques en sont les mêmes que lorsqu’une substance est mise à l’insu d’une victime dans son verre : malaise, vomissements, perte de conscience, anxiété, peur de sortir, hypervigilance, insomnies… Ajoutons que la soumission chimique par piqûre comporte des risques supplémentaires, car les aiguilles non nettoyées ou partagées constituent une menace de transmission du VIH/sida, de l’hépatite B et C.

Les risques d’une médiatisation qui silencie les femmes

La multiplication des cas ces dernières semaines a entraîné un emballement médiatique partout en Europe. De nombreux articles ont été écrits. Mais dans beaucoup d’entre eux, les femmes et les féministes sont accusées de monter le sujet en épingle, d’exagérer, voire… de contribuer à une “psychose collective”. Les arguments avancés par les experts interviewés remettent en cause la parole des victimes et l’existence même du phénomène. Comme dans cet article du Soir du 24 avril dernier, ou dans celui de Het Laatste Nieuws, traduit par le média DaarDaar.be, mettant l’accent sur la “légende urbaine” et se demandant si ce “ramdam” est vraiment justifié. Un traitement médiatique qui, in fine, donne des arguments pour décrédibiliser la parole des femmes et renvoyer au silence celles et ceux qui pourraient s’exprimer à l’avenir.

Pourtant, ces derniers mois, le mouvement #BalanceTonBar a permis une réelle prise de conscience chez les femmes qu’elles étaient nombreuses à avoir vécu des agressions par soumission chimique lors de soirées. Cette libération de la parole a aussi permis une réaction (timide) des autorités sur le phénomène, une prise de conscience chez certain·es organisateurs/trices d’événements et une réflexion pour une meilleure prise en charge des victimes lorsqu’elles se présentent à l’hôpital ou au commissariat (nous y reviendrons plus bas).

À axelle, nous suivons ce sujet de près, particulièrement depuis la marche ixelloise ayant réuni plus de 1.500 personnes le 14 octobre 2021  ; nous avons été alertées par les nouveaux témoignages de “needle spiking”. Nous avons donc décidé d’interroger des expert·es du phénomène : Eurotox, l’observatoire socio-épidémiologique alcool-drogues en Wallonie et à Bruxelles ; Plan Sacha, qui lutte contre les violences sexistes et sexuelles sur les lieux de fête et qui met également en place, dans ces lieux, des structures d’aide et de sensibilisation à la soumission chimique ; Modus Vivendi, association visant la réduction des risques des usager·ères de drogues. Mais aussi Vincent Van Quickenborne (Open VLD), ministre fédéral de la Justice.

Des témoignages glaçants venant de partout

“J’étais au fumoir quand ça s’est passé, raconte Laly, 20 ans, à France Info. J’ai ressenti d’un coup une douleur assez vive au bras, suivie d’un mal de tête assez intense. Je n’ai pas compris ce qui se passait sur le moment. Pour moi, c’était soit l’alcool, la fête, la soirée…”

Même histoire pour Rose, qui se confie à TF1  : “Vers la fin de la soirée, sur les coups de 5 heures du matin, une femme est venue vers moi en me proposant d’aller danser. À ce moment-là, un homme est passé derrière moi. Je n’ai pas vu son visage. Et puis, c’est le black-out. Je ne me souviens de rien.” Quand elle se réveille, Rose est allongée sur une des banquettes de la boîte de nuit. “J’avais la tête qui tournait. Je salivais énormément. Et je sentais comme des brûlures dans le bras. J’avais très envie de vomir. J’ai même craché du sang”, se souvient-elle, sous le choc.

Chez nous aussi, en Belgique, les témoignages se multiplient sur les réseaux sociaux et dans les médias. Les victimes, qui viennent de Dampicourt, Bruxelles, Liège, Incourt, Mouscron, Mons… sont jeunes, souvent mineur·es, en majorité des femmes.

Une jeune femme témoigne auprès de RTL après une soirée dans la province du Luxembourg  : “Le lendemain, j’ai fait des crises de panique toute la journée. En me réveillant, j’avais trouvé une trace de piqûre sur ma fesse.” Quant à Ange, 17 ans, il fêtait son anniversaire à Mouscron en mai. Il raconte à Sudinfo  : “Vingt minutes après avoir senti une piqûre, je ne savais plus marcher.”

Lors de la manifestation montoise du mercredi 8 juin, Alice Crucq, co-organisatrice, a expliqué à LN24 : “C’est très compliqué d’identifier les agresseurs, qui sont très discrets, et donc de porter plainte. On aimerait que la sécurité soit améliorée.” À quelques jours des festivités du Doudou, les jeunes femmes tenant pancartes et banderoles féministes se disent inquiètes, solidaires entre elles… et déterminées à ne rien lâcher – ni leur combat, ni les lieux de fête.

Des prises en charge différentes selon le pays (et le degré de conscientisation)

Les autorités françaises et anglaises prennent les choses au sérieux, plusieurs arrestations ont lieu, des enquêtes sont menées.

En avril, une commission de la Chambre des Communes en Angleterre a publié un rapport parlementaire sur le sujet des piqûres en boîte de nuit et des drogues versées dans les verres des fêtard·es à leur insu. Il contient des recommandations claires et propose au gouvernement de Boris Johnson des mesures à prendre. Parmi celles-ci, le rapport insiste sur la priorité de mieux former et informer le ministère de l’Intérieur. Le rapport demande des enquêtes précises sur “la fréquence, l’ampleur et les conséquences” du spiking. Ensuite, il explique qu’il est nécessaire d’ajouter un volet spécifique sur ces questions dans toutes les communications officielles du gouvernement ayant trait aux agressions sexuelles et au harcèlement. Enfin, il demande que ce message de prévention soit martelé partout dans les lieux de fête, en milieu scolaire et universitaire, et dans les hôpitaux, ainsi que dans les commissariats, pour inciter les victimes à témoigner.

Même prise de conscience en France. Le mois dernier, le ministère français de l’Intérieur a lancé une campagne de communication sur les réseaux sociaux. Une courte vidéo explique quelles sont les démarches à suivre si l’on pense avoir été victime d’une soumission chimique par piqûre : déposer plainte au commissariat, effectuer un bilan toxicologique, en cas d’urgence composer le 17 (numéro français) ou le 112, prendre contact avec une association de prise en charge comme Drogues info service au 0800 23 13 13 (numéro français).

Chez nous, pour l’instant, aucune arrestation ou communication officielle du gouvernement. “Des plaintes ont été déposées après les festivals, l’Inc’Rock à Incourt, We R Young à Hasselt ou encore lors du dernier match de football du KV Mechelen”, nous explique Vincent Van Quickenborne, ministre de la Justice. “Chaque plainte fait l’objet d’une enquête approfondie par la Justice, poursuit-il. Nous devons attendre sereinement le résultat de ces enquêtes. Cela signifie également qu’aucune personne n’a été inculpée pour le moment.”

Et le ministre ajoute : “L’effet psychologique du nouveau phénomène de piqûre sauvage peut engendrer une sorte d’hystérie de masse qui est également dangereuse. Nous vivons dans un État de droit. C’est à la Justice et à la police de traquer les suspects, de les poursuivre et de les traduire en Justice. Les piloris publics n’ont pas leur place dans un État de droit, pas même sur les réseaux sociaux.”

Les féministes savoureront l’utilisation du mot “hystérie”, “maladie de l’utérus”, un terme retiré pourtant de la classification des maladies depuis 1952. Quant aux victimes, elles apprécieront l’usage de la comparaison avec le “pilori”, une métaphore souvent utilisée pour critiquer les femmes témoignant des violences subies dans la vague du mouvement #MeToo (risquant en connaissance de cause d’être accusées de diffamation, comme dans le cas, récent, des victimes de Patrick Poivre d’Arvor). Bref : pour l’instant, circulez, y’a rien à voir.

Les constats sur le terrain

Nous avons interrogé Clémentine Stevenot, chargée de projets scientifiques à Eurotox. “Nous sommes en alerte précoce et en discussion quotidienne avec Sciensano sur ce dossier. Pour l’instant, nous n’avons aucun cas confirmé, nous explique-t-elle. Attention, cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas de victimes. Mais soit elles ne se rendent pas assez vite à l’hôpital pour des tests, soit elles ne se rendent tout simplement pas compte qu’elles ont été victimes d’une agression par piqûre.”

Leurs peurs sont donc justifiées et méritent d’être écoutées sans jugement !

Même constat pour Louise Moraldy de l’asbl Modus Vivendi, qui prend en charge les usager·ères de drogues : “Pas de produit, ne veut pas dire qu’il n’y a pas de piqûres ! Attention à ne pas discréditer la parole des victimes. De fait, les femmes et les personnes sexisé·es courent plus de risques de violences sexistes et sexuelles en milieux festifs. Ce risque est amplifié si elles se trouvent à l’intersection d’autres oppressions, comme le racisme, le validisme, les LGBTQI+phobies… Leurs peurs sont donc justifiées et méritent d’être écoutées sans jugement ! De plus, il n’est pas impossible que des personnes s’amusent à entretenir la peur en piquant volontairement avec des objets pointus. Des études médico-légales sont actuellement en cours en France pour justement déterminer quels objets ont été utilisés à partir du diamètre des plaies.” “La situation est effectivement très complexe, ajoute Clémentine Stevenot. Comment faire pour observer et donc tirer les conclusions alors que nous manquons cruellement de chiffres sur la soumission chimique ?”

Des approches médico-légales qui doivent s’adapter

L’une des difficultés pour objectiver le phénomène est donc le manque de chiffres. “Tous les pays et tous les services médico-légaux ne procèdent pas de la même manière en cas de soumissions chimiques supposées, explique Louise Moraldy. Certains ne procèdent pas à des analyses toxicologiques, par exemple, ou les font mais ne les exploitent pas. Il est donc difficile de tirer des généralités à ce stade.”

Le service médico-légal n’a pas les moyens financiers ou parfois même pas la capacité de stocker tous les échantillons le temps de l’enquête.

Elle nous donne un exemple concret : “En France, une association qui prend en charge le suivi des victimes fait le constat suivant : après un dépôt de plainte, une victime est envoyée à l’hôpital par les enquêteurs pour faire une analyse toxicologique à “spectre large” : tous les produits doivent être testés. Problème : le service médico-légal n’a pas les moyens financiers ou parfois même pas la capacité de stocker tous les échantillons le temps de l’enquête. Du coup, il refuse de faire toutes les analyses et demande aux enquêteurs de sélectionner les produits recherchés. Vu que les policiers sont encore peu formés sur cette question, on teste seulement le GHB [un produit très délicat à détecter car il s’élimine rapidement dans le sang, ndlr]. Dans ce cas, l’analyse toxicologique ne révèle rien.”

En Belgique, le rôle des CPVS

[paragraphe mis à jour le 10 juin] En Belgique, les Centres de prise en charge des violences sexuelles (CPVS) sont compétents pour récolter toutes les analyses nécessaires. Il en existe dans 6 hôpitaux : à l’UZA d’Anvers, au CHU Saint-Pierre de Bruxelles, au CHU Marie Curie à Charleroi, à l’UZ Gent, à l’AZ Delta à Roulers et au CHU de Liège.

Ils sont accessibles 24h/24 et 7j/7. On peut y recevoir du soutien psychologique : écoute active, évaluation du risque de stress post-traumatique, informations relatives aux réactions après un événement bouleversant, possibilité de suivi par un·e psychologue… Des examens médico-légaux peuvent être pratiqués : constat de lésions, recherche de traces biologiques et récolte de preuves nécessaires si la victime décide de porter plainte, même ultérieurement. La procédure éventuelle de dépôt de plainte est aussi rendue plus accessible grâce à l’accompagnement par un·e inspecteur/trice spécialement formé·e (voir aussi en fin d’article).

Un nouveau protocole à Nancy

Depuis la mi-mai, et face au nombre de victimes de soumission chimique, l’hôpital de Nancy, en France, a lancé un protocole pour venir en aide aux personnes qui pensent avoir été droguées à leur insu. Cela inclut donc les victimes de “needle spiking”. Concrètement, les victimes qui se présenteront aux urgences du CHU de Nancy avec des symptômes de soumission chimique auront la possibilité de faire réaliser des prélèvements le plus largement possible. Ces prélèvements seront ensuite conservés au laboratoire du CHU pendant cinq jours. Cela laissera ainsi (un peu) plus de temps à la victime pour se décider à porter plainte ou non. Pour éviter que cela ne coûte trop cher à l’hôpital, les échantillons ne seront analysés que s’ils font l’objet d’une réquisition de la Justice dans le cadre d’une enquête. Dans le cas contraire, ils seront détruits le sixième jour…

En Angleterre, une pétition qui circule depuis plusieurs semaines. Cette pétition, intitulée “Make it a legal requirement for nightclubs to thoroughly search guests on entry” a recueilli plus de 175.000 signatures. La pétition stipule : “J’aimerais que le gouvernement britannique fasse en sorte que les boîtes de nuit soient tenues de fouiller leurs clients à leur arrivée afin d’éviter que des armes ou autres objets dangereux, tels que des seringues ou de la drogue, ne pénètrent dans l’établissement.”

Chez nous, plusieurs festivals ont déjà annoncé prendre les choses au sérieux. Le directeur du festival de Dour expliquait ainsi à la RTBF  : “Je pense qu’il y aura une concertation avec les services de secours et la police. À Dour, comme ailleurs, nous avons déjà énormément d’agents d’accueil, des caméras et des cellules de la Croix-Rouge. Il faudra bien rappeler aux festivaliers que s’ils suspectent avoir été piqués, ils doivent absolument se tourner vers la cellule de la Croix-Rouge. Et puis, il y aura une mise en avant et une sollicitation sur les réseaux sociaux, pour que les festivaliers soient plus vigilants entre amis.”

Nous avons décidé de ne pas attendre les demandes des festivals et de prendre le phénomène au sérieux.

Il existe pourtant bel et bien un plan qui prévoit de lutter contre les violences dans les lieux festifs : le Plan Sacha (Safe Attitude Contre le Harcèlement et les Agressions). Mais celui-ci semble peu sollicité par les organisateurs/trices de festival, comme nous l’explique Cécile Roche, coordinatrice. “Nous avons décidé de ne pas attendre les demandes des festivals et de prendre le phénomène au sérieux. Nous allons continuellement relayer des contenus informatifs pour éviter que des mauvaises informations ne soient partagées. Nous avons donc renforcé les formations sur la soumission chimique de nos équipes pour le Festival Esperanzah ! Des postes d’informations seront aussi mis en place pour prendre en charge ou simplement rassurer les victimes. Pour l’instant, aucun autre festival n’est venu vers nous.”

Louise Moraldy rappelle que, pour l’asbl Modus Vivendi, “quand il s’agit de violences sexistes et sexuelles, le problème n’est jamais le produit mais le contexte : un milieu festif où la drague est basée sur des rapports de force genrés – “le chasseur et sa proie” –, et une société patriarcale où les violences sexuelles sont banalisées. Les efforts de prévention et réduction des risques doivent donc être plutôt tournés vers une culture de consentement et une responsabilisation des témoins, plutôt que vers des mesures de protection comme les capotes à verres, par exemple.”

Du côté du ministre de la Justice, on nous assure que toute plainte sera traitée. “Nous prenons cela au sérieux, nous explique Vincent Van Quickenborne. C’est pourquoi nous avons inclus dans le nouveau Code pénal sexuel[on y reviendra dans axelle au mois de septembre, ndlr] le “spiking” en tant qu’infraction aggravée entraînant une peine maximale de 15 ans de prison. Cela inclut également le “needle spiking”.  Il s’agit d’actes prémédités qui doivent être sévèrement punis.”

Rappelons tout de même qu’en Belgique, d’après les chiffres d’une circulaire des Procureurs Généraux de début 2022, une personne arrêtée en possession de GHB ne risque que 150 euros d’amende si elle en détient moins de 4 cl (selon infordrogues.be, le GHB est considéré  comme donnant un effet “agréable” dès 1 ou 2 g et la surdose se produit à partir de 5 g). La “sanction” montera à 300 euros pour 10 cl. Rien de plus n’est prévu pour l’instant.

Un mercredi à la résidence Bellevue

Nous avons tous·tes en tête ces images : des visages derrière des vitres. Des personnes âgées isolées, un personnel de soin débordé et inquiet. Selon un rapport d’Amnesty International du 23 octobre 2020, sur les quelque 10.600 personnes décédées en Belgique suite à une contamination au Covid-19 pendant la première vague (de mars à mai 2020), 6.467 résidaient en maison de repos. Soit 61,3 % de tous les décès. Les maisons de repos, où les résident·es sont à 3/4 des femmes (selon les moyennes wallonnes), ont donc payé le plus lourd tribut de cette première vague. Alors que la Belgique commence à lever les mesures sanitaires (cet article a été écrit en mars 2022, alors que nous venions de passer en “code jaune”), axelle, qui avait consacré en juin 2020 un dossier à “nos aînées confinées”, a voulu à nouveau leur tendre l’oreille. Et a passé une après-midi avec les résident·es, les familles et le personnel de la résidence Bellevue, à Forest.

© Malijo, pour axelle magazine

Ce mercredi de mars, le soleil est de sortie à Forest. Les premières jonquilles pointent au parc Duden et il règne une effervescence qui fait du bien au moral. La pandémie semble passée, du moins pour l’instant, et l’envie de vivre reprend le dessus après des mois d’inquiétude. C’est la même ambiance qu’on retrouve dans la résidence Bellevue. La petite brasserie au 4e étage est ouverte. Les résident·es, des membres du personnel et des bénévoles discutent et écoutent Nostalgie.

“J’ai encore beaucoup de mal à en parler”

Une résidente se déhanche, godet à la main, sur une chanson de Madonna. Difficile de croire qu’il y a encore quelques mois se déroulait, ici même, un drame humain dont personne n’est sorti indemne. Dix-neuf résident·es de la maison Bellevue sont décédé·es lors de la première vague de Covid-19. Treize, directement de la maladie ; six ont choisi de se laisser partir.

Nadine Laurent est la directrice de la résidence Bellevue. Elle raconte : “Suite au traumatisme qu’elles et ils venaient de vivre, certains résidents survivants nous ont exprimé leur volonté de se laisser mourir. Je me souviens de ce week-end où nous avons perdu trois d’entre eux, en quelques heures. Humainement, c’était très dur.” Elle prend un instant pour respirer, puis poursuit : “On fait ce métier en sachant qu’ils vont partir, bien entendu. Mais notre truc, c’est de les accompagner du mieux possible pour eux et dans un respect total, quels que soient leur âge et leur état de santé. Le Covid nous a empêchés de faire ça. Certains sont morts en trois jours, nous n’avons pas eu le temps de voir qu’ils n’allaient pas bien, c’était déjà trop tard.”

Encore maintenant, j’ai beaucoup de mal à en parler. Je me suis sentie impuissante. Seule aussi parfois.

“C’était dramatique, témoigne Stéphanie Grimaldi, psychologue à la maison de repos. Encore maintenant, j’ai beaucoup de mal à en parler. Je me suis sentie impuissante. Seule aussi parfois. Seule face à la solitude que certains résidents vivaient. On crée des liens assez forts avec les gens. Et en voir décliner aussi vite, sans pouvoir les aider, les prendre dans nos bras, c’est un sentiment très douloureux. On ne savait pas vers qui se tourner. On se sentait responsables, et, au-delà des vies des personnes, il y a leur bien-être aussi qui est important. Nous n’étions pas assez pour les aider physiquement et psychologiquement. J’ai été absente pour maladie deux semaines pendant le confinement, c’était affreux, je culpabilisais de laisser mes collègues se débrouiller seuls.”

Première ligne

Être seule, face à la mort, c’est la sensation vécue par Ikrame Belmahi, membre de l’équipe d’entretien. “J’ai vécu une grande partie de cette période seule avec ma directrice, beaucoup de mes collègues étaient malades et il était nécessaire de réduire les risques pour nos résidents. J’étais vraiment stressée, je croisais les doigts pour ne pas avoir la maladie, pas pour moi, je n’ai pas peur, mais surtout pour ne pas la donner à nos résidents. J’avais aussi peur pour mes enfants. Je me suis dit que, finalement, je pouvais attraper le Covid même en restant chez moi, alors autant continuer à travailler. Les résidents avaient besoin de nous.”

Je me suis dit que, finalement, je pouvais attraper le Covid même en restant chez moi, alors autant continuer à travailler. Les résidents avaient besoin de nous.

Les personnes de l’entretien et les aides-soignant·es sont en première ligne avec les patient·es. Ce sont elles et eux qui en sont les plus proches, qui les connaissent le mieux. Parfois, une relation d’amitié se lie entre un·e résident·e et un·e personne de l’entretien. Mais dans cette période délicate, il n’était plus possible pour Ikrame d’être proche des résident·es, qui en avaient pourtant cruellement besoin : “On ne pouvait même pas les toucher. J’avais peur de les approcher. Je me dépêchais de sortir de la chambre pour ne pas risquer de les contaminer. C’était horrible. En plus, les gens décédaient… Je rentrais parfois dans une chambre subitement vide et on me disait que la personne était décédée. Psychologiquement, je n’oublierai jamais ces deux années, jamais.”

“Je n’ai pas pu leur dire au revoir. J’arrivais dans le service le matin après le week-end et j’apprenais qu’ils étaient décédés, j’étais démunie, nous explique Marie-Paule Lesir, aide-soignante. Je n’aime pas en parler en fait. C’était tellement difficile que des émotions fortes remontent.”

Des liens à retisser

Une situation inédite, dramatique, à laquelle s’ajoute un stress supplémentaire : devoir  aider les familles. “Quand on a fermé les portes, certaines familles ne comprenaient pas, se souvient Nadine. Quand nos résidents sont partis, seuls, sans leur famille autour d’elles et eux, il a fallu l’annoncer aux proches. Certaines familles étaient en colère contre nous.”

Nous avons essayé de garder du lien, entre nos résidents et leurs familles, nous allions dans les chambres avec des tablettes pour qu’elles et ils puissent appeler et voir leurs proches.

Là encore, il a fallu que l’équipe trouve des ressources en elle-même pour apaiser les choses et rassurer : “Nous avons essayé de garder du lien, entre nos résidents et leurs familles, explique Nadine, nous allions dans les chambres avec des tablettes pour qu’elles et ils puissent appeler et voir leurs proches. Mais c’était difficile.” “Ces tâches supplémentaires étaient à faire en plus de tout ce qu’on faisait déjà, ajoute Stéphanie. Mais c’était très important pour les résidents, pour les familles, mais aussi pour nous. Du coup, c’est vite devenu une priorité dans mes tâches.” Les deux femmes vont donc rapidement avoir l’idée de mettre les choses à plat, pour apaiser les tensions et laisser les familles s’exprimer : “Dès que nous avons pu rouvrir, nous avons fait une réunion avec les familles pour qu’elles s’expriment, raconte Nadine. Ça nous a permis de retisser du lien et d’apaiser tout le monde. On a compris que la colère n’était pas dirigée contre nous, mais contre la situation.”

La détresse des proches

Maria Iacono est encore bouleversée lorsqu’elle nous parle de ce que sa maman et elle viennent de traverser. Sa mère, Lina, était atteinte d’un Alzheimer précoce avant la pandémie. Mais le choc, la maladie qui a failli l’emporter et la solitude l’ont fait complètement basculer. Aujourd’hui, Lina ne reconnaît plus ses enfants et petits-enfants. “C’est extrêmement difficile, nous confie Maria. J’avais fait venir ma maman ici, près d’où j’habite, pour pouvoir m’en occuper. Je pensais que c’était mieux. Je venais presque tous les jours et elle était encore consciente, elle comprenait. Puis la pandémie est arrivée. Presque un an sans la voir, sans la toucher, presque sans lui parler. Je l’ai perdue.”

© Malijo, pour axelle magazine

Quelques semaines après le début du confinement, comme beaucoup de résident·es de Bellevue, Lina attrape le Covid. Une nouvelle épreuve pour Maria et sa famille : “Le plus dur, ça a été de ne pas pouvoir aller la voir alors qu’elle était à l’hôpital. Je me souviens qu’un jour, l’hôpital m’appelle et me demande si ma maman a des souhaits en ce qui concerne la réanimation, l’acharnement thérapeutique. Mais elle ne m’en avait jamais parlé…” Maria s’interrompt un instant, l’émotion est trop forte. “Ce qui était encore plus horrible, c’est que c’était le week-end de Pâques. Quelques années auparavant, j’avais perdu mon papa ce même week-end. Je me suis dit que c’était fini. Que je ne la reverrais plus.” Heureusement, Lina s’en sort. Elle retourne à la maison de repos et, depuis la réouverture, il ne se passe pas un jour sans que Maria vienne la voir. Lina ne la reconnaît plus, mais elle est là. “C’est le principal”, conclut Maria.

Celles et ceux qui restent

Lina, comme d’autres, est une survivante. Justement, pour celles et ceux qui sont encore là, comment faire le deuil lorsque l’on n’a pas pu dire au revoir ? Comment faire comprendre à des personnes âgées et parfois vulnérables que leurs ami·es, leurs voisin·es de réfectoire, ne sont subitement plus là ?

Dans une interview que la philosophe belge Vinciane Despret nous avait accordée en juin 2020, nous avions évoqué les difficultés du deuil au temps du coronavirus, et les réparations possibles. “Avec une absence de corps, une absence de lien, les morts partent tout seuls”, expliquait-elle. Et “avec l’absence des funérailles, disparaît cette dimension de réconfort, la lutte contre le désespoir, la réactivation du lien dans le collectif, le fait de dire que la vie continue, quel que soit le chagrin. La perte de la dimension de l’hommage, qui continue à faire exister le mort pour les endeuillés, est aussi très difficile à réparer. Mais je pense qu’il y aura des inventions, si tant est que les gens en auront la force. […] Je pense que les gens vont inventer des rituels.”

Pour chaque résident qui nous avait quittés, nous avions préparé trois minutes d’hommage. On a passé une chanson, on a partagé des photos, on a parlé de leurs passions, de ce qu’elles et ils aimaient.

Pour réparer cet adieu douloureux et rendre hommage aux mort·es, Nadine et Stéphanie ont précisément eu l’idée de réaliser, à la fin du confinement, une cérémonie d’au revoir pour les dix-neuf personnes décédées. “On a attendu une longue période, parce que les résidents qui ont survécu devaient d’abord se reconstruire. Mais il fallait faire quelque chose parce qu’ils commençaient à poser des questions. Surtout que deux étages entiers étaient vides suite aux nombreux décès, on avait donc regroupé les survivants sur deux étages, explique Nadine. Pour chaque résident qui nous avait quittés, nous avions préparé trois minutes d’hommage. On a passé une chanson, on a partagé des photos, on a parlé de leurs passions, de ce qu’elles et ils aimaient. Chaque départ a été personnalisé. Et ce n’est qu’à ce moment-là que certains résidents se sont rendu compte que Monsieur X ou Madame Y étaient morts… C’était très dur. Certains d’entre eux ont des troubles cognitifs et oublient des choses… Il a fallu répéter plusieurs fois. Vraiment, je n’ai pas de mots…” Adrienne Goyesse, 85 ans, nous confie : “Je ne m’étais pas rendu compte que mes amis étaient morts. Ils se sont endormis, ils ont été emportés par cette saloperie de maladie. Ça me fait du mal d’y penser…”

© Malijo, pour axelle magazine

Anne-Marie Sprockeels a 60 ans et souffre de troubles anxieux. Comme pour tous·tes les résident·es, le confinement a eu un effet terrible sur sa santé mentale. “Je suis ici depuis treize ou quatorze ans et je connaissais beaucoup de monde depuis toutes ces années, je me suis fait des amis. Et puis le Covid est arrivé. Mon voisin de chambre était un homme passionnant, qui aimait l’histoire comme moi. J’aurais pu parler avec lui de la guerre en Ukraine pendant des heures, par exemple… Mais il n’est plus là. Il y a une quantité énorme de gens qui m’étaient très chers qui sont décédés, en deux, trois jours… Le Covid a tout détruit.” Elle prend l’exemple d’une résidente dont elle était très proche. “Madame Barthélémy était comme ma maman, elle s’est laissé mourir. Elle savait que ça n’allait pas finir, alors elle n’a plus voulu manger ni boire, elle refusait les soins. C’était une femme au caractère tranché, fort. Je me reproche de ne pas avoir eu son courage… L’après-Covid me semble encore plus dur. Je me sens seule. En semaine, je suis bénévole aux Petits Riens, mais le week-end, je le passe ici. Je n’ai plus personne ou presque avec qui parler, passer du temps.”

Se réparer ?

“On fait le deuil, mais on ne se “répare” pas, explique Anne-Marie. Je ne suis pas en colère, j’ai du chagrin et de l’angoisse.” Quant à Nadine, elle confie : “Moi, je ne suis pas réparée. Il n’y a pas eu de reconnaissance de ce qu’on a vécu. Là, je vous en parle et je sens l’émotion monter. Je pensais que c’était fini, mais ça ne l’est pas. On est ignorés depuis le début… On a fermé la porte des maisons de repos et on a dit “débrouillez-vous”. Les médecins ne venaient plus, on n’avait plus de matériel. On n’était pas vaccinés, on n’avait pas de tests. J’ai l’impression qu’on a fait la guerre sans armes.”

Moi, je ne suis pas réparée. Il n’y a pas eu de reconnaissance de ce qu’on a vécu… On a fermé la porte des maisons de repos et on a dit “débrouillez-vous”.

Nadine a décidé d’aller voir un psychologue, pour tenter de se libérer de cette colère. “Vu qu’aucune réparation n’avait été faite, j’ai eu besoin de parler. Mais cette boule dans ma gorge et dans mon ventre reste. Je crois qu’en Belgique, l’aide à la personne n’est plus du tout considérée.” Un sentiment que partage Stéphanie : “En situation de crise, on n’est pas prêts, j’ai pris conscience de ça. Personne n’est prêt. J’espère que ce qu’on a vécu va aider à faire changer les choses mais je n’en suis pas certaine. Nous sommes en colère, c’est sûr. On est toutes et tous conscients des manquements qu’il y a eu de la part des autorités. Malheureusement, ce sont des choses sur lesquelles nous n’avons pas beaucoup de prise. J’espère aujourd’hui que certains tireront les leçons et ouvriront les yeux.”

“J’ai dû leur dire d’aller au chômage”

Mais cette sensation d’abandon et d’injustice a continué après la pandémie pour Nadine et son équipe. Des patient·es étant décédé·es, il n’y avait plus besoin de tout le personnel. La maison mère a donc demandé à Nadine de renvoyer une partie de son personnel, qui venait pourtant de tout donner pendant la pandémie. “Ces soignants et soignantes à qui on avait dit à quel point leur travail avait été important et bien fait, j’ai dû leur dire d’aller au chômage, nous explique-t-elle, au bord des larmes. En plus, les mesures encore en place nécessitaient plus de soins et de protocoles, etc. Donc oui, il y avait moins de lits occupés, mais notre charge de travail n’était pas diminuée. Il nous fallait encore des bras bienveillants notamment pour distribuer en chambre les repas, à la tasse, à la paille, à la cuillère… Les résidents qui étaient encore là étaient souvent fragilisés par ce qu’ils venaient de vivre…”

On demande de plus en plus au personnel soignant en leur donnant de moins en moins. Les gens sont épuisés. Par le travail, la pandémie, le manque de moyens, les prix de l’essence qui explosent.

“Ça me fend le cœur, complète Anne-Marie. Les gens que j’aime partent. Pendant le Covid, c’étaient mes amis qui sont morts et maintenant, c’est le personnel qui s’en va. Ces personnes nous ont soignés, ont pris soin de nous, des autres, aujourd’hui ces personnes sont parties. Moins de résidents égale moins de personnel. Je ne comprends pas… Pourquoi ? On demande de plus en plus au personnel soignant en leur donnant de moins en moins. Les gens sont épuisés. Par le travail, la pandémie, le manque de moyens, les prix de l’essence qui explosent.”

“J’apprécie le moment présent”

Quel futur pour ces résident·es à qui on a volé deux ans de vie ? Et pour le personnel, comment continuer à travailler après tant de douleurs et un tel manque de soutien ?

Adrienne, une petite mousse à la main, a confiance : “J’ai entendu à la radio que le gouvernement avait allégé les mesures. Je suis heureuse.” “Moi, explique Marie-Paule, aide-soignante, j’apprécie le moment présent. Et puis je me balade, je me ressource.” Marie-Paule, comme le reste du personnel de la maison de repos, a pu bénéficier d’une formation Montessori pour découvrir une manière différente de travailler : “Ça m’a donné une autre approche du contact humain. Du coup, j’ai décidé d’intensifier ma présence et mon écoute, pour être au plus près des résidents. Je suis juste triste que ces formations soient arrivées après la pandémie. C’est dès le début que nous aurions dû les avoir reçues. Même pendant nos études. À l’école, on nous apprend les gestes mécaniques : les patients sont des poupées, pas des humains. Une pandémie pareille, ce qu’on a vécu, m’a fait prendre encore plus conscience que derrière ces gestes mécaniques, il y a des gens. Des personnes qui ont peur et qui souffrent.” Cette prise de conscience est une manière pour Marie-Paule de réparer son travail et son rapport à celui-ci : “On subit moins le travail en ayant une attitude plus proche du résident.”

Une pandémie pareille, ce qu’on a vécu, m’a fait prendre encore plus conscience que derrière ces gestes mécaniques, il y a des gens. Des personnes qui ont peur et qui souffrent.

Ikrame a beaucoup d’espoir pour le futur : “On a besoin de s’aérer, de faire des fêtes, de laisser entrer les familles, les amis. Je me réjouis aussi à l’idée d’enlever le masque !” Stéphanie veut également penser aux jours meilleurs qui s’annoncent : “On en a tellement marre de cette situation. Même si nous récupérons tout doucement une vie normale… J’aimerais reprendre tous les projets qu’on avait avant le Covid, le plus vite possible.”

Nadine a décidé d’ouvrir les portes de la maison de repos, plus que jamais. “J’ai un accord de collaboration avec une école de danse. Ils sont venus plusieurs fois faire des spectacles et le courant est super bien passé avec nos résidents et le personnel. C’était génial, on était tous au 4e, à la brasserie, personne ne voulait arrêter, on s’amusait tellement. Ça nous a fait un bien fou ! Du coup, on imagine pour l’instant un projet pour que la maison devienne un lieu intergénérationnel. Les étudiants en danse pourront venir loger ici ou utiliser des locaux, etc. Je fonde beaucoup d’espoir dans ce projet. Je suis certaine que l’art peut soigner.”

“Laure est là” : le deuil impossible des familles des victimes de féminicide

Un documentaire donne la parole aux parents de Laure Nobels, victime de féminicide à 16 ans, et met le doigt sur les conséquences irréparables de cet acte de domination ultime des hommes sur les femmes dans notre société.

Capture d’écran du film "Laure est là" d’Yves Gervais. Image d'archives © Fondation Laure Nobels

Le numéro gratuit pour les victimes de violences conjugales est le 0800 30 030. C’est une ligne d’écoute qui peut donner des conseils adaptés à chaque situation. Pour celles qui ne peuvent pas appeler, un chat est accessible sur le site www.ecouteviolencesconjugales.be. En cas d’urgence, composez le 112.

Mettre un visage derrière ce dossier”. Dans le documentaire Laure est là, c’est de cette manière que les parents de Laure Nobels, Isabelle Blockmans et Claude Nobels, résument leur réaction lorsque la Justice leur propose une médiation avec le meurtrier de leur fille. Les parents envoient à la place un album photo rempli des images de la vie de Laure, album qui sera versé au dossier judiciaire. Ce sont ces mêmes images d’archives, particulièrement émouvantes, qui parsèment le documentaire d’Yves Gervais. Le réalisateur a longuement interviewé les parents de Laure “pour leur rendre cette parole que j’ai toujours considérée comme leur étant confisquée”, comme il l’explique dans le communiqué de presse. À travers les mots de ces parents terriblement affectés, le film aborde la question de l’impossibilité du deuil et du pardon, mais aussi les conséquences des féminicides sur les familles des victimes.

Citer le nom de Laure

Le 9 mai 2012, à Bruxelles, Laure Nobels, 16 ans, est assassinée par son petit ami de 17 ans dans la maison familiale de celui-ci. Après lui avoir ligaturé le cou avec sa chaînette, il s’est acharné à mains nues. Laure a été étranglée pendant 1 minute et demie. Elle voulait le quitter. “En lui arrachant la vie, je gardais Laure pour moi”, a déclaré son meurtrier lors du procès.

“Nous avons accepté de parler dans ce documentaire car nous voulons que cela soit utile pour d’autres victimes. J’espère que cela sensibilisera le grand public mais aussi le monde judiciaire car il y a du boulot”, souligne Isabelle Blockmans, interrogée par axelle. Claude Nobels poursuit : “nous souhaitons que ce film soit utile, pas thérapeutique. Je ne suis pas là pour m’épancher sur les souffrances occasionnées, même s’il est difficile d’y échapper. Il faut attirer l’attention sur le sort des victimes dans ce genre d’affaire, dont la Justice ne tient absolument pas compte. Il y a une sorte d’inversion qui se met en place durant le parcours judiciaire : la personne dont on s’occupe, c’est l’auteur. Les victimes ne font qu’acte de présence. Je pense que les fois où on a cité le nom de Laure lors des procès se comptent sur les doigts de la main.”

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Protection de la jeunesse ?

Dans cette affaire, ce processus est renforcé par le fait que l’auteur est mineur et bénéficie donc de mesures dites protectionnelles. Il faudra attendre un procès en appel en 2014 pour que la juge de la jeunesse se dessaisisse du dossier et décide qu’il sera jugé comme un adulte, dans une cour d’assises. “Dans ce contexte, nous, proches de Laure, n’avons rien à dire. Nous ne pouvons pas nous porter partie civile et nous n’avons pas accès au dossier”, résume Claude Nobels.

Claude Nobels et Isabelle Blockmans. Capture d’écran du film “Laure est là” d’Yves Gervais.

“C’est vrai qu’ici, nous parlons de nous comme des victimes, mais nous sommes des victimes collatérales. La victime, c’est Laure et elle est morte. La Justice ne s’en occupe plus. L’auteur, par contre, pourrait revenir dans la société un jour, sa potentielle réinsertion est préparée dès le départ”, observe Isabelle Blockmans. Claude Nobels précise : “Et je n’ai rien contre la loi de 1964 de protection de la jeunesse, je trouve que c’est une bonne loi, qui a d’ailleurs inspiré d’autres pays. Il faudrait cependant l’amender. Le film est là pour interroger et conscientiser le législateur à ce sujet. Dans l’état actuel des choses, la loi entraîne des conséquences considérables pour les victimes.”

C’est vrai qu’ici, nous parlons de nous comme des victimes, mais nous sommes des victimes collatérales. La victime, c’est Laure et elle est morte.

Au terme du procès, en 2016, l’auteur est condamné à 14 ans de prison, dont il ne fera que 19 mois. Il a purgé une partie de sa peine dans un centre pour mineurs. Il a ensuite bénéficié d’une libération sous surveillance électronique et d’une libération sous conditions en 2019. À rebours des discours contre la prison, les parents de Laure estiment que le meurtrier méritait une peine plus lourde. “C’était l’un des arguments de l’avocat du meurtrier de ma fille : “On ne va pas en plus lui ajouter une peine de prison. Sa punition, c’est de vivre avec ça toute sa vie.” On devrait le plaindre en plus ! Que les prisons soient des cloaques n’est pas raisonnable mais je pense néanmoins que chaque peine rendue par la Justice est l’incarnation des valeurs de la société. 14 ans pour avoir tué ma fille et pour être resté plus d’une heure près de son corps sans rien faire, ce n’est pas suffisant. Pour moi, il aurait dû recevoir 30 ans de prison et voir sa vie être impactée. Quand je parle avec des victimes de violences conjugales, elles parlent toutes de l’impunité et la dénoncent. Les violences faites aux femmes continuent à cause de cette impunité, parce que la société ne montre pas clairement son refus de ce type d’acte”, explique Isabelle Blockmans.

Laure était très entourée, elle avait beaucoup d’amis et d’amies. Certaines d’entre elles sont très traumatisées par ces événements. Elles représentent aussi la jeunesse, mais aucune mesure de protection ne s’applique pour elles !

Claude Nobels reprend : “J’ai aussi envie de dire que Laure était très entourée, elle avait beaucoup d’amis et d’amies. Certaines d’entre elles sont très traumatisées par ces événements. Durant le procès, une amie de Laure a fait une crise de panique. Elles représentent aussi la jeunesse, mais aucune mesure de protection ne s’applique pour elles ! Quand il a été libéré, elles allaient en festival et avaient peur de le croiser. La prison, c’est aussi mettre les victimes en sécurité. Je rappelle qu’il s’agissait d’un jeune homme en aveu de meurtre et que la juge de la jeunesse qui a décidé de son dessaisissement a estimé qu’il y avait un risque de récidive. Il a aussi été accepté à l’ULB, où on nous a rétorqué que cela faisait partie de sa réinsertion. Des amies de Laure avaient peur de tomber nez à nez avec lui sur le campus.”

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Une question de justice

Au sujet de la peine, Isabelle Blockmans continue : “Les gens nous répondent qu’une peine plus lourde ne va pas nous ramener Laure. Comme si nous étions assez bêtes pour le penser ! Ce sont deux choses différentes : d’un côté, il y a notre souffrance face au meurtre de Laure et de l’autre, il y a le sentiment de justice. C’est scandaleux de ne donner que quelques mois de prison à quelqu’un qui est responsable d’autant de souffrances.”

Pour apaiser leur douleur, notamment face aux violences institutionnelles de la Justice, les parents de Laure sont soutenus par le Service Laïque d’Aide aux Justiciables et aux Victimes, dont l’équipe pluridisciplinaire intervient auprès des personnes ayant subi un traumatisme. “Nous y avons rencontré des personnes formidables, décrit Claude Nobels. Malheureusement, nous en avons entendu parler bien tard, par le bouche-à-oreille. C’est normalement à la police de nous diriger vers ce centre !”

Utiliser le mot féminicide

Au moment du meurtre de Laure, le mot “féminicide” n’était pas encore utilisé. Aujourd’hui, ses parents trouvent qu’il est important de le faire. “Le féminicide a ceci de spécifique qu’il résulte d’une relation d’emprise d’un homme sur une femme. Il y a des manipulations, des violences psychologiques, de la jalousie. C’est ce qui s’est produit dans le cas de Laure”, analyse Isabelle Blockmans. Claude Nobels poursuit : “Qu’est-ce qu’un féminicide ? La définition est très claire, c’est le meurtre d’une femme parce qu’elle est une femme. C’est important de mettre en avant que des hommes tuent des femmes parce qu’elles sont considérées comme inférieures. Le meurtrier de ma fille est très musclé, il allait à la salle de sport, cette suprématie physique joue également. Ce jour-là, Laure voulait le quitter. Il l’a tuée car elle a osé lui tenir tête. Cela se retrouve dans nombre de féminicides.

Ce jour-là, Laure voulait le quitter. Il l’a tuée car elle a osé lui tenir tête. Cela se retrouve dans nombre de féminicides.

Le documentaire évoque également la création de la Fondation Laure Nobels. Jeune écrivaine, elle a laissé derrière elle un roman et trois nouvelles qui composent la première publication de la Fondation, intitulée Tommy. Cette Fondation qui porte son nom soutient la publication d’œuvres littéraires en français, écrites par de jeunes auteurs et autrices âgé·es de 15 à 19 ans et de 20 à 24 ans. Le but des parents de Laure est de stimuler l’écriture chez les jeunes, de faire connaître leurs œuvres auprès du grand public, et de perpétuer le nom de leur fille à travers une initiative qui promeut le potentiel créatif des jeunes.

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Pardon, “par le don”

“Je n’ai pas pardonné au sens judéo-chrétien. Il y a par contre des choses intéressantes dans cette notion de pardon, littéralement cela signifie “par le don”. Après un tel drame, on peut essayer de s’en sortir en donnant aux autres gratuitement. C’est pour cela que nous avons créé cette Fondation”, raconte Claude Nobels dans le documentaire.

En 2018, la judokate professionnelle Lola Mansour a remporté le prix Laure Nobels avec son livre Ceinture blanche. Lola Mansour souligne pour axelle : “J’étais gravement blessée à la tête à ce moment-là et ma mère a envoyé mon manuscrit à la Fondation sans me le dire. C’est comme cela que j’ai pris connaissance de l’histoire de Laure et de ses parents. J’ai été bouleversée. C’est une chose de lire des articles sur le sujet, c’en est une autre de se prendre leur souffrance en pleine figure. Petit à petit, ils m’ont fait confiance et m’ont raconté le parcours judiciaire et la violence qu’ils ont subie, par exemple quand l’avocat du meurtrier a rétorqué qu’il ne fallait pas gâcher sa vie pour une minute et demie… La vie de Laure est gâchée pour toujours !”

Les parents de Laure m’ont donné la force de me lever de mon fauteuil et de transformer mon indignation en action.

Chaque année, le 22 décembre, jour de l’anniversaire de Laure Nobels, Lola Mansour avec d’autres citoyen·nes organisent une action contre les féminicides, intitulée “Noël sans elles”, qui met notamment en avant les familles des victimes. “Les parents de Laure m’ont donné la force de me lever de mon fauteuil et de transformer mon indignation en action, explique la judokate. Lors d’une action Noël sans elles, nous avons rencontré par hasard l’athlète Fanny Appes qui a survécu à une tentative de féminicide. Elle avait porté plainte plusieurs fois à la police contre son ex-compagnon. Ce ne sont pas des dysfonctionnements isolés. Ce sont des problèmes de société.”

Aider les filles

Lola Mansour se dit “transformée” par la rencontre des parents de Laure via leur Fondation. “Ils ont une place très spéciale dans mon cœur. Ils m’ont permis de cheminer, c’est grâce à Laure et à ce que j’ai appris des violences faites aux femmes que j’ai lancé avec d’autres sportives le collectif Balance ton sport, qui lutte contre les violences faites aux femmes dans le milieu sportif, un milieu que je connais bien, développe-t-elle avant de conclure : Je pense qu’il faut apprendre à frapper à toutes les petites filles de 7 à 15 ans. Face aux violences qui persistent, il faut les initier aux sports de combat. Si cela a pu arriver à Laure, qui était tellement lumineuse, tellement entourée d’amour, cela peut arriver à nous toutes.”

© Fondation Laure Nobels

L’amour, c’est effectivement ce qui ressort du documentaire d’Yves Gervais. L’amour de ses parents pour Laure, mais aussi l’amour qu’Isabelle et Claude se portent l’un·e envers l’autre. “Aucun deuil ne se ressemble mais perdre son enfant d’une mort violente, c’est extrêmement difficile. Ce qui me hante, c’est qu’elle s’est débattue. Nous avons été présent·es pour Laure toute sa vie mais nous n’avons pas été avec elle à ce moment-là. J’ai beaucoup de stress post-traumatique, cela va m’handicaper le reste de ma vie. Nous nous soutenons mutuellement mais parfois nous sommes le paratonnerre de l’autre, quand la douleur est trop forte”, explique pudiquement Isabelle Blockmans. “Laure était une fille et j’ai adoré avoir une fille. Tout ce que je peux faire pour aider les filles aujourd’hui, je le ferai”, termine Claude Nobels.  Plus que jamais, Laure est toujours là.

Depuis le début de l’année 2022, la Belgique compte au moins dix victimes de féminicide. Elles étaient vingt-deux en 2021.

Laure est là, Yves Gervais, 89 minutes, avant-première ce 2 juin à l’Espace Magh, à 16 heures.