La plasticienne

Elyse Galiano
Propos recueillis par Stéphanie Dambroise
© Elyse Galiano

En mars, la plasticienne Elyse Galiano dévoile pour axelle la trame de son travail créatif. De fil en aiguille, elle nous parle du statut des femmes dans la société, de l’importance du sensible, de son besoin de comprendre…

pouce
1.

Qu’est-ce qui vous enthousiasme actuellement ?

Après un certain temps, une certaine pensée, une certaine idée, fabriquer est nécessaire. C’est ce moment où l’idée rencontre la main pour créer une nouvelle image. La création m’enthousiasme ainsi que la pensée créatrice qui s’y associe. Elle est le regard qui me donne du sens. Elle est ce qui donne un regard actuel sur le passé, le présent et le futur de chaque société. Car on le sait, pourtant, les arts sont le berceau culturel si essentiel.

pouce
2.

Quelque chose à pointer du doigt dans votre métier ?

Mon métier de plasticienne me plaît particulièrement en raison de la diversité des activités et des rencontres (arts plastiques, créations textiles, scénographie et costumes de théâtre, ateliers de broderie pour enfants, adultes, familles). Ce qui anime mon travail personnel quand je suis dans mon atelier, c’est d’être une créatrice qui regarde l’humanité et notre histoire. Tout particulièrement l’histoire des femmes.

pouce
3.

Un moment d’indignation : envers qui, envers quoi ?

Ma réponse est la suite toute logique à la précédente. La femme et son statut à travers l’histoire, voilà ce qui m’intéresse tout particulièrement, avec ce que ce statut engendre comme questions et rapports humains. Il y a 12 ans, en faisant mes premières broderies sur le statut féminin à travers l’utilisation des anciens manuels de « savoir-vivre », ma pensée était : est-ce encore actuel de questionner la place de la femme, de la mère et de l’épouse dans notre société ? Aujourd’hui encore je réponds : oui et j’ajoute que cela demande aussi de questionner l’homme, la femme et l’enfant dans notre société actuelle ainsi que notre parcours patriarcal, loin de nos racines premières.

pouce
4.

Avec qui, avec quoi vous sentez-vous en lien ?

Je suis en lien avec ce qui est de l’ordre du sensible. C’est un sentiment qui naît de la rencontre, du partage et de l’échange. Mais aussi du regard et de la respiration d’un moment simple et juste. Ce sont des éléments qui me relient aux personnes chères mais aussi à la nature, à l’esthétique, dans un objet ou une parole par exemple. Il y a aussi cette phrase de Gaston Bachelard  :  « La maison est corps et âme ». Cette phrase guide mon travail de créatrice et ma conception de vie et d’espace-temps.

pouce
5.

Qu’est-ce qui titille votre curiosité ?

À peu près toute grande ou petite chose qui pourra m’apporter une émotion vraie ou titiller mes méconnaissances. J’aime. J’aime les grandes discutions humaines et philosophiques, j’aime regarder, longtemps, j’aime comprendre, connaître, et imaginer, j’aime les mots aussi et leur langage, leur trame comme j’aime celle du tissu. Mais j’aime également ne pas être curieuse et stopper un instant les possibles…

Image of Elyse Galiano

© Aurélie Choiral

Originaire de Strasbourg, Elyse Galiano vit et travaille à Bruxelles depuis une dizaine d’années. Après un baccalauréat en arts appliqués, elle complète son cursus : arts plastiques, céramique, scénographie ainsi que formation en couture. Dès 2007, elle commence à exposer son travail qu’elle peaufine, entre autres, lors de plusieurs résidences d’artiste. Son style, d’emblée singulier, se décline et s’affirme au fil des ans avec une grande cohérence. Dans ses œuvres ou ses ouvrages, comme elle les qualifie sur son site, elle brode des phrases extraites d’anciens manuels de bonnes manières. Une façon poétique de remettre en question le rôle d’épouse modèle et de mère parfaite que les femmes sont censées endosser depuis toujours. Les supports utilisés par la créatrice varient :  abat-jour, mouchoirs en tissu ou toiles blanches. Avec sa série Apolline, Constance et les autres, l’artiste remplace le fil de coton par des cheveux naturels. Un matériau qui se retrouve également dans des productions récentes comme De corps et d’espritNue  ou encore Conversation. En parallèle, Elyse Galiano réalise d’imposantes installations où un entrelacs de fils en laiton suggère la chevelure d’Ophélia ou de la Macrale (la sorcière, en wallon). Elle crée également des décors et costumes pour le théâtre et anime des ateliers à destination des enfants ou des adultes.

Son site :  www.elysegaliano.com

Actu :   Elyse Galiano participe aux côtés de trois autres plasticiennes à l’exposition Faire et Défaire visible du 7/03 au 5/04/19 au Centre culturel de Schaerbeek.

Share Button