La directrice de l'asbl L'Ilot

Ariane Dierickx
Propos recueillis par Stéphanie Dambroise
© Chloé Thôme

En mai, notre invitée est Ariane Dierickx. Au quotidien, cette militante progressiste, féministe, se bat contre toutes les formes d’inégalité et d’exclusion. Avec espoir, force et conviction.

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1.

Qu’est-ce qui vous enthousiasme actuellement ?

La saine colère des jeunes, femmes et hommes, qui, depuis quelque temps déjà et face à des défis de société essentiels et ambitieux, ont décidé de se retrousser les manches et de s’engager à titre individuel pour dire « ça suffit, si vous ne le faites pas vous-mêmes, on s’en charge » : climat, accueil des réfugié·es, droits des femmes, ça avance de tous les côtés. Ils et elles ont compris qu’on était arrivé à la fin d’un modèle qui craque de tous les côtés : celui du patriarcat capitaliste et raciste, basé sur une logique d’exploitation maximale de toutes les ressources, humaines ou naturelles. Il y a pas mal de points communs entre ces différents combats qui, s’appuyant sur une même indignation, ont pour objectif de construire un monde plus juste, plus égalitaire et tourné vers un avenir meilleur. Aujourd’hui, c’est la jeunesse qui embarque les autres générations et pas l’inverse, c’est tellement porteur d’espoir… J’ai envie d’y croire.

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2.

Quelque chose à pointer du doigt dans votre métier ?

L’engagement incroyable dont font preuve les équipes présentes sur le terrain du social, que ce soit dans le secteur du sans-abrisme ou dans celui de la santé mentale, de l’aide à la jeunesse, etc. Cet engagement de chaque instant pour accompagner les situations les plus dures en matière d’exclusion se fait dans des conditions difficiles et avec des moyens dérisoires face à l’étendue des besoins. C’est la créativité et la combativité des métiers du social qui font que « ça tient le coup », mais on voit les choses se détériorer à vue d’œil. Avec les logiques de restrictions budgétaires et de détricotage des droits sociaux imposées par le gouvernement fédéral ces dernières années, des milliers de personnes qui étaient déjà à la limite de la précarité – parmi lesquelles une majorité de femmes – ont vu leur situation s’aggraver. Faute de moyens publics suffisants, nos secteurs censés servir de dernier filet de sécurité pour un nombre toujours croissant de personnes et de familles ne parviennent plus à travailler correctement, c’est-à-dire en garantissant le minimum de dignité auquel devrait avoir droit tout être humain.

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3.

Un moment d’indignation : envers qui, envers quoi ?

Une énorme colère à l’encontre de tous ceux et toutes celles qui ont permis qu’un Theo Francken puisse faire ce qu’on l’a autorisé à faire. Ce sont les mêmes qui considèrent que les pauvres profitent du système, sont incapables de se prendre en main, se complaisent dans l’assistanat. Ceux qui préfèrent faire la chasse aux pauvres plutôt qu’à la pauvreté, qui veulent interdire la mendicité et suppriment les bancs dans les parcs ou les métros. Ces politiques qui font tourner la fabrique de la pauvreté à coup de mesures d’austérité tout en assénant des « y a qu’à » à celles et ceux qui essaient tant bien que mal de garder la tête hors de l’eau.

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4.

Avec qui, avec quoi vous sentez-vous en lien ?

Définitivement avec les mouvements de femmes et par extension avec toutes les personnes qui s’inscrivent dans un projet de société véritablement progressiste, capable d’identifier, de nommer et de s’attaquer à tout type de rapport de domination ou d’exploitation. C’est le féminisme qui m’a le plus profondément (trans)formée, c’est là que j’ai affûté ma compréhension du monde. Après y avoir travaillé plus de quinze ans, j’ai évolué vers d’autres horizons professionnels, mais j’y reviens toujours car la grille de lecture que j’ai pu y développer est universelle. Elle permet de comprendre les rapports humains dans toutes les sphères de la société, du cercle privé au plus haut niveau de pouvoir d’une entreprise ou d’un gouvernement, quel que soit le domaine d’action.

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5.

Qu’est-ce qui titille votre curiosité ?

La capacité qu’ont les artistes à transcender le réel pour nous emmener dans un univers autre, le leur, celui qu’ils et elles redoutent ou rêvent. La Culture avec un grand « C » est ce qui est capable de nous relier au-delà de toutes nos divergences. Personnellement, j’ai l’impression que c’est ce qui me tient en vie. Après l’amour évidemment !

Image of Ariane Dierickx

© Chloé Thôme

Après des études en histoire à l’ULB, Ariane Dierickx travaille durant près de vingt ans dans le secteur féministe. La lutte contre les inégalités sociales et économiques est au cœur de son parcours professionnel et de ses engagements personnels. De 2000 à 2014, en tant que directrice de l’asbl Amazone, elle mène plusieurs projets aux niveaux belge, européen et international sur l’évolution des droits des femmes. Dès septembre 2014, elle prend la tête de L’Ilot, association active à Bruxelles et en Wallonie en matière de lutte contre le sans-abrisme. En juin 2018, aux côtés de deux autres associations, L’Ilot reçoit le Prix fédéral pour la lutte contre la pauvreté. Ariane Dierickx profite de cette tribune médiatique pour dénoncer, notamment dans Le Soir, les politiques d’austérité et d’exclusion générées par le gouvernement fédéral, celui-là même qui organise le prix…

Petit plus : voir l’interview d’Ariane Dierickx sur BX1 à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes qui, cette année en Belgique, a pris la forme d’une grève féministe.

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